Régionales : le scrutin s'annonce très ouvert en Bretagne

En Bretagne, la bataille des Régionales s’annonce plus serrée que d’habitude voire plus ouverte. Treize listes sont enregistrées en préfecture. Rien n’est acquis pour le président sortant Loïg Chesnais-Girard (PS), ex-dauphin de Jean-Yves Le Drian, dont l’héritage est aujourd’hui revendiqué par le dissident du PS Thierry Burlot, adoubé par LREM. Les candidates LR et écologiste, Isabelle Le Callenec et Claire Desmares-Poirier, sont en embuscade. Le second tour pourrait se jouer sur une intéressante partie d’alliances.

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De gauche à droite, Loïg Chesnais-Girard (PS), Thierry Burlot (LREM), Claire Desmares-Poirier (écologiste) et Isabelle Le Callenec (LR).
De gauche à droite, Loïg Chesnais-Girard (PS), Thierry Burlot (LREM), Claire Desmares-Poirier (écologiste) et Isabelle Le Callenec (LR). (Crédits : DR)

Ils ne seront pas onze mais peut-être treize. Lundi, au soir de la date officielle de dépôt des candidatures, la préfecture a signalé l'émergence de deux nouveaux noms. Les listes définitives restent encore à valider, et pas sûr que « Tous unis contre l'islamophobie, agir pour ne pas subir », portée par Kamel Elahiar (Union des démocrates musulmans français) et « Un autre monde » avec pour tête de liste Christophe Daviet, pèseront beaucoup.

Ex-dauphin de Jean-Yves Le Drian

Néanmoins, les élections régionales en Bretagne s'annoncent plus disputées, voire plus ouvertes, que jamais et pourraient, selon les résultats, aussi s'affranchir du poids de l'héritage de Jean-Yves Le Drian, actuel ministre de l'Europe et des Affaires étrangères et longtemps président de la Région.

Son ex-dauphin, Loïg-Chesnais Girard, président sortant, qui affiche à son actif sa forte mobilisation depuis le début de la crise sanitaire, est attaqué par le nouvel héritier auto-proclamé Thierry Burlot.

Vice-président à l'environnement du Conseil régional, démis de ses fonctions par Loïg Chesnais-Girard, le candidat a été adoubé par LREM, le Modem et l'UDI.

Selon un premier sondage, réalisé par Odoxa pour Le Télégramme, le paysage politique breton apparaît éclaté avec quatre candidats dans un mouchoir de poche au premier tour : Thierry Burlot est crédité de 18 %, suivi d'Isabelle Le Callenec, la tête de liste LR, à 17 %. Malgré sa notoriété d'élu sortant et un bilan jugé plutôt positif, Loïg Chesnais-Girard se situe plutôt bas à 14 %, faisant jeu égal avec le RN de Gilles Pennelle. Les écologistes Claire Desmares-Poirier (EELV) et Daniel Cueff (sans étiquette) suivent à 11 %.

Une situation inédite sur un territoire traditionnellement ancré à gauche. En 2015, Jean-Yves Le Drian avait rassemblé 35 % des voix dès le premier tour. Pour le second tour, toutes les combinaisons sont possibles. La victoire pourrait passer par une coalition.

Un PS divisé au profit de LREM

Longtemps et officiellement en discussions dans l'optique d'une éventuelle alliance de rassemblement, les deux candidats issus du sérail PS ont donc entériné un divorce qui les met jusqu'au premier tour en confrontation directe. Depuis mars, Thierry Burlot sillonne la région, défendant entre autres les propositions émises par le Breizh Lab des Progressistes bretons, mouvement instauré par Jean-Yves Le Drian.

Rassemblées dans une contribution intitulée « 20 jalons pour la Bretagne », ces réflexions collectives ont été portées par plusieurs colistiers de « Nous la Bretagne ».

Thierry Burlot, dont la campagne est pilotée par le rennais Olivier Dulucq, conseiller municipal LREM et ex-conseiller en charge des questions territoriales et agricoles du président de l'Assemblée nationale Richard Ferrand, se pose en rassembleur du centre droit, du centre gauche et d'acteurs de la société civile, face à un président de région social-démocrate, à la majorité fissurée et accusé de diviser.

Entreprises, écologie, jeunesse

Le candidat se déclare au service des transitions, économiques, sociales ou environnementales (accessibilité, développement économique, innovation) et des solidarités. Jugeant que la Bretagne fonctionne à deux vitesses, il milite pour un territoire plus décentralisé, pas seulement rennais, et qui prendra mieux en compte le centre Bretagne, les équilibres entre Ouest et Est ou les investissements des collectivités locales. « Concilier économie et environnement sera une nécessité absolue », déclare Thierry Burlot qui souhaite aussi proposer une nouvelle fiscalité environnementale sans stigmatiser et repenser le modèle agricole breton.

Face à lui, Loïg Chesnais-Girard, désigné chef de file du Parti socialiste en octobre 2020, a lancé sa campagne un peu plus tard, le 4 mai. Successeur de Jean-Yves Le Drian en 2017 et plus jeune président de région de France, il mise sur son côté fédérateur, fidèle et met en avant l'urgence « d'offrir des perspectives d'avenir en prônant la solidarité, l'écologie et l'innovation ».

Initiateur de la Breizh Cop, défenseur de l'agro-écologie mais proche des cercles d'entrepreneurs, il s'agite pour rattraper le retard dans le dossier Bretagne très haut débit (THD) et défend l'installation d'industrie emblématiques pourvoyeuses d'emploi. A Liffré (35), l'installation d'une usine Bridor qu'il soutient suscite pourtant l'ire des écologistes.

La crise sanitaire lui a permis de réaffirmer son engagement en faveur de la jeunesse et des étudiants et sa vision de la régionalisation, par exemple à travers son projet de « laboratoire du déconfinement ».

Parmi les acteurs de la société civile qui l'ont rejoint figurent Béatrice Macé, cofondatrice et directrice des Transmusicales à Rennes, Loïc Henaff, patron de l'entreprise agroalimentaire éponyme, Jérôme Tre-Hardy, membre de la French Tech Rennes Saint-Malo, Olivier David, président de l'Université Rennes 2, ou encore Olivier Le Bras, ancien leader syndical de Gad.

Transitions et « dossiers chauds »

« Je veux plus d'emploi et moins de carbone », martèle l'actuel président de région. Effectivement, les thématiques de l'emploi, de l'industrie et la relocalisation, de l'agriculture ainsi que celle de l'environnement sont au cœur de cette élection.

Le duel annoncé entre Thierry Burlot et Loïg Chesnais-Girard sera arbitré par les autres candidats, qui font leurs les quelques dossiers chauds qui émaillent l'actualité bretonne : la grève à la Fonderie de Bretagne (Renault), les suppressions de postes chez Hop ! à Morlaix et Sabena Technics à Dinard, les pertes de Brittany Ferries, la situation des pêcheurs et de la ressource halieutique en lien avec le Brexit et l'éolien en mer.

La liste « Hissons la Bretagne » d'Isabelle Le Callenec (LR), maire de Vitré, affiche une priorité pour le développement économique. Sur des dossiers sensibles comme ceux de Jersey ou du parc éolien de la baie de Saint-Brieuc, la candidate dénonce par exemple « l'échec de la méthode du Conseil régional » et le peu d'écoute dont bénéficient les pêcheurs. Sa liste vient d'en accueillir deux : Alain Coudray, président du comité des pêches des Côtes d'Armor et fervent opposant du projet Ailes Marines en baie de Saint-Brieuc, et Pascal Lecler, président du comité des pêches d'Ille-et-Vilaine.

Concilier l'économie, la cohésion sociale avec la protection de l'environnement forment aussi les piliers du projet fédéraliste de la liste de Claire Desmares-Poirrier, « Bretagne d'Avenir ». Cheffe de file de l'alliance EELV-UDB-Ensemble sur nos territoires, cette néo-rurale de 37 ans, à la tête d'un café-librairie et d'une ferme de production de plantes bio, défend plusieurs mesures phares : la création d'une convention citoyenne bretonne pour le climat, la réduction des gaz à effet de serre de 60 % en 10 ans, la réorientation du modèle agricole. En matière de logement et d'immobilier, elle promeut la rénovation énergétique de 50.000 logements par an et un statut de résident en Bretagne.

Sur la question écologique, la candidature indépendante de l'ex-maire anti-pesticides de Langouët, Daniel Cueff, pourrait aussi créer la surprise.

Régionalisme contre enjeux nationaux ?

La problématique régionale avec, pour plusieurs candidats comme Joannic Martin du Parti breton, l'argument de la réunification de la Bretagne à cinq, devrait dominer le choix des électeurs. Le « pôle régionaliste » de Loïg Chesnais-Girard vient d'accueillir deux figures connues : le député du Morbihan Paul Molac, nouveau héraut des langues régionales, et Christian Troadec, maire de Carhaix, président de Poher Communauté et ancien chef de file des Bonnets rouges.

Pour autant, des thématiques plus nationales, liées à la sécurité, l'immigration ou la santé pourraient aussi séduire et favoriser le programme du candidat frontiste, sur une terre jusqu'à présent peu réceptive. En 2015, Gilles Pennelle était arrivé troisième avec 18,87 % des voix.

Le nombre de listes et l'éparpillement des voix n'excluent pas des accords surprise au soir du premier tour, notamment à gauche. Les extrapolations du sondage du Télégramme montrent un fort potentiel de report des voix possible des écologistes, des insoumis (Marie-Madeleine Doré-Lucas et Pierre-Yves Cadalen) et des électeurs de Daniel Cueff, si une liste de rassemblement de la gauche conduite par Loïg Chesnais-Girard émergeait au second tour.

L'adversaire inconnu reste l'abstention. En 2015, elle s'est établie à 48,42 % au premier tour.

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Commentaires 3
à écrit le 02/06/2021 à 18:55
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Trop de candidature Voix éparpillées

à écrit le 21/05/2021 à 0:33
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Le sujet important c'est de récupérer notre 5ème département pour enfin être une région cohérente culturellement, intellectuellement et économiquement. Donc attendons les dires des uns et des autres. Nous attendons un président fort digne de plus d...

à écrit le 19/05/2021 à 21:32
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Chut ! Pas trop de bruit, vous allez réveiller Papy Drian.

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