En Corse, Macron joue la carte de la relance et de l'apaisement

En visite deux jours dans l'île, ce mercredi 9 et jeudi 10 où il a également présidé le sommet Med7, le chef de l'Etat a rétabli des relations "constructives" avec le président de l'exécutif local Gilles Simeoni et a réaffirmé vouloir soutenir l'économie dans la région la plus impactée par la crise sanitaire
(Crédits : Paul Ortoli)

La Corse nourrissait de grandes espérances, elle a dû se contenter d'annonces mais dans un climat politique aujourd'hui moins soumis à des tensions.

A l'issue de sa visite, ce mercredi 9 et ce jeudi 10 en Corse, le président de la République, qui foulait son sol pour la troisième fois depuis son élection, a voulu porter des messages forts au plan économique dans la région française la plus impactée par la crise sanitaire. Colonne vertébrale de son allocution ce jeudi 10, à Ajaccio, la pérennisation des outils économiques et la prise en compte de la spécificité insulaire.

"Nous mettrons en place des mécanismes spécifiques à la fois pour les prêts garantis de l'Etat, pour la poursuite du chômage partiel, pour les crédits d'impôt, pour accélérer la liquidation de ces derniers, également pour accompagner les secteurs les plus touchés par la poursuite du virus, tourisme, hôtellerie, restauration, agroalimentaire", a déclaré le chef de l'Etat en préfecture d'Ajaccio, soulignant sa volonté de mener " un accompagnement très pragmatique" afin  d'"éviter les défaillances d'entreprises".

"1,4 milliard € déjà investi par l'Etat"

Il revendique déjà d'avoir à ce jour injecté 1,4 milliard pour soutenir une économie bâtie sur une saisonnalité forte (d'avril à septembre) où le tourisme est prégnant (33% du PIB -avec le transport-, contre 7,4% au plan national) et ruisselle dans d'autres secteurs, tels que le BTP, le nautisme ou l'agro-alimentaire et l'agriculture.

Dès l'été, la chambre de commerce et d'industrie avait soumis au gouvernement une contribution à l'élaboration du plan de redémarrage de l'économie corse. Dans quelque 70 mesures, la chambre consulaire estimait qu'un budget de 2,5 milliards d'euros sur cinq ans était nécessaire à moyen et long terme pour le redémarrage de l'économie.

"Le président de la République a fait des annonces fortes en lien avec la question et j'ai pour ma part mis l'accent dans nos échanges sur le soutien de la filière agroalimentaire qui a souffert de la crise" a précisé le maire (DVD) d'Ajaccio, le macro-compatible Laurent Marcangeli qui s'est félicité de cette "prise en compte de la spécificité corse". Et qui pourrait déclarer sa candidature aux élections territoriales au mois d'octobre, selon son entourage, pour mener une liste qui marque le réveil d'une droite d'ouverture où la relance économique serait centrale et en rupture avec la gouvernance actuelle.

Tourisme: "scénario catastrophe évité", mais -50%

A l'heure d'un premier bilan, Marie-Antoinette Maupertuis, la présidente de l'agence du tourisme de la Corse (ATC), estime pour sa part que "le scénario catastrophe a été évité", mais la saison 2020 accuse une baisse de 50% des nuitées. L'aérien a chuté fortement en juillet (-31%), mais a limité la casse en août (-8%), tout comme le maritime (-34% en juillet en -21% le mois suivant). Mais la perspective d'une arrière-saison inexistante, compte tenu de la reprise des cas de Covid et le classement de la Corse en rouge, ternissent le tableau.

Cette forte dépendance du territoire au secteur avait motivé la tenue jeudi à Bonifacio d'une réunion sur ce thème sous l'égide du chef de l'Etat et du secrétaire d'Etat Jean-Baptiste Lemoyne, regroupant élus et socioprofessionnels dans l'idée de bâtir "une feuille de route territoriale spécifique à la Corse". En ce sens, l'adaptation des huit propositions soumises par l'ATC vont être le canevas de l'action gouvernementale qui tend à orchestrer le soutien l'investissement et l'accompagnement des PME et TPE ou l'idée d'une "foncière tourisme" par la banque des territoires et la caisse de développement de la Corse.

En marge de cette visite nationale, sur la rive sud du golfe d'Ajaccio, Emmanuel Macron a également présidé également le sommet européen Med7 où il a plaidé pour une "pax mediterranea" dans le cadre de la crise gréco-turque.

"En politique, le fond et la forme sont importants : non seulement le président de la République a fait de la Corse l'épicentre de la Méditerranée en Europe, mais le message qu'il a eu avec le président de l'exécutif semble bon j'espère que l'on est sorti de l'impasse", a commenté Jean-Charles Orsucci, conseiller territorial et chef de file de la Macronie locale qui revendique être un artisan du rapprochement et des "bonnes relations entre Ajaccio et Paris".

Un plan global annoncé fin novembre

Les deux précédentes visites du président de la République s'étaient jouées sur une partition tendue : son allocution lors de la commémoration du vingtième anniversaire de l'assassinat du préfet Erignac en 2018 à Ajaccio avait été accueillie comme un affront par les nationalistes qui avaient boycotté le grand débat organisé l'année suivante avec les maires.

Ce récent dégel est concédé par le président de l'exécutif, l'autonomiste Gilles Simeoni qui a noté "un échange apaisé" avec le président de la République et une "écoute réciproque sur la forme, même si les points politiques n'ont pas été purgés sur le fond". Pour le chef de l'exécutif insulaire, à six mois des échéances territoriales, l'urgence est "économique et sociale".

"J'ai alerté l'Etat qui n'a pas pris la mesure du maelström pour la Corse si des mesures fortes de sauvetage des entreprises et de l'emploi n'étaient pas prises", a-t-il rappelé, citant le différé des remboursements des prêts garantis par l'Etat (PGE), le report et l'exonération partielle des charges ou la généralisation du chômage partiel.

Gilles Simeoni a annoncé préparer un "plan territorial global, politique, économique et social dans le sens du chemin de la Corse" qui doit être validé en concertation avec Paris et mis en oeuvre "fin novembre afin de fonctionner dès le 1er janvier".

Reste la séquence politique. Les divisions internes au sein de la majorité nationaliste qui pourrait partir en ordre dispersée et affronter une droite plus structurée, cessent un temps quand il s'agit d'évoquer les fondamentaux idéologiques: la co-officialité de la langue corse, le statut d'autonomie, la question du rapprochement des prisonniers dits politiques.

"Est-ce la première pierre d'une nouvelle ère inaugurant une autre relation ou une éclaircie sans lendemain?" questionne Gilles Simeoni, "Les décisions prises les prochaines semaines le diront", conclut-il.

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Commentaires 2
à écrit le 13/09/2020 à 12:39
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Il ne faut pas se leurrer, il ne joue que la carte du "temps qui passe" afin de tout prendre et de ne rien donner qui ne rapporte!

à écrit le 13/09/2020 à 12:01
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Rappel : La Corse a été la région la moins impacté par le virus lors de la première vague , région qui a fermé ses portes lors de la première vague. Après , il serait urgent de trouver une parade pour la reprise du travail dans tous les secteurs en...

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