ENTRETIEN. Lilla Merabet, vice-présidente (MoDem) du Conseil régional du Grand-Est en charge de la compétitivité, de l'innovation et du numérique, détaille pour La Tribune la stratégie de développement industriel de la collectivité. Les réinvestissements annoncés (Ineos, Hager) côtoient des projets de créations d'activités ex nihilo : Huawei est attendu avec son usine d'équipements pour la 5G dans le Bas-Rhin.LA TRIBUNE - Quel est l'impact actuel de la crise sur l'activité économique dans la région Grand-Est ?
Lilla Merabet - La situation est paradoxale et inconfortable. On ne sait pas encore mesurer l'incidence de la crise sur l'emploi, qui est une préoccupation majeure. Le commerce de détail et le tourisme vont subir un choc important. Dans le même temps, les grands projets d'investissements sont nombreux.
Comment allez-vous orienter votre action de soutien à l'économie ?
La difficulté n'est pas d'avoir des outils de pilotage, mais d'avoir un propos politique qui puisse correspondre à la situation. Les investisseurs prennent des risques actuellement. Le propos anxiogène ne leur convient pas, mais un discours trop encourageant et optimiste serait totalement à l'opposé des intérimaires qui perdent leur travail, des petits commerçants qui ne vont pas pouvoir tenir. La réalité des différents secteurs économiques est diverse et complexe. Des suppressions d'emplois ont été annoncées chez des sous-traitants de l'automobile et dans l'agro-alimentaire. Le groupe Mars Wrigley France a annoncé son PSE, une quarantaine de postes sont concernés en Alsace. Mais ce que nous craignons le plus, ce sont les pertes d'emplois diffuses, avec des commerçants et des petits hôtels qui ferment. Ces pertes d'emplois silencieuses vont être majeures.
Le Grand-Est est un région agricole et viticole. Ces marchés sont devenus incertains. Quels sont les dangers qui pèsent sur ces filières ?
Les brasseurs présents dans le Grand-Est bénéficient de marchés internationaux et ils ont fait un travail sur leurs stocks. La situation de la viticulture m'inquiète davantage. La viticulture alsacienne sait produire des bons vins. Elle pourrait améliorer ses circuits de distribution. La route des vins d'Alsace représente un atout œnotouristique, mais les circuits de commercialisation n'ont pas été définis comme prioritaires. A l'inverse, le champagne se vend magnifiquement bien en France et à l'international mais n'a jamais capitalisé sur son tourisme oenologique. Ces deux vignobles ont beaucoup à apprendre l'un de l'autre. La difficulté tient aussi à la fragilité des trésoreries. Les niveaux d'endettement en lien avec le PGE font que les investissements à venir vont être difficiles à financer.
Olivier Mirguet à Strasbourg