Régionales : gauche et droite partent en rangs dispersés dans le Grand-Est

REGIONALES. Jean Rottner, président sortant (LR), sera opposé le 20 juin à la liste apparentée LREM menée par la ministre Brigitte Klinkert. Deux listes revendiquent le "rassemblement" à gauche, tandis que le RN a été donné en tête dans un sondage fin avril.

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Le siège du Conseil régional à Strasbourg.
Le siège du Conseil régional à Strasbourg. (Crédits : Olivier Mirguet)

Jean Rottner a longtemps laissé planer un (faux) doute sur sa candidature pour un second mandat à la présidence du Conseil régional du Grand-Est. Dans une région frappée tôt et fort par la crise sanitaire du Covid, l'ancien maire (LR) de Mulhouse, médecin urgentiste, expliquait toujours au mois d'avril que sa "seule campagne" était "celle de la vaccination". Il a attendu jusqu'au 3 mai, quelques jours après la déclaration de sa rivale de centre-droit Brigitte Klinkert, pour présenter sa candidature à la faveur d'un entretien accordé aux titres du groupe de presse régionale Ebra (groupe Crédit Mutuel). "Je souhaite faire de la région Grand-Est le quartier général du retour à la vie et de la relance", a proposé Jean Rottner. "Ma ligne politique, c'est celle de la décentralisation et de la proximité des territoires, (...) c'est la démonstration qu'à travers un mandat politique, on rend service aux gens. C'est celle du travail et de l'emploi, du développement durable, des mobilités, ces compétences qui simplifient la vie", a-t-il promis.

Le chef de file des Républicains entend tirer parti de sa gestion de la crise dans le Grand-Est. Au cours du mandat qui s'achève, Jean Rottner a effectué plusieurs retours, plus ou moins médiatisés, en tant que médecin au service des urgences de l'hôpital de Mulhouse et au SAMU. Elu à la présidence du Grand-Est en 2017, suite à la démission en début de mandat de Philippe Richert, il s'engage dans cette campagne entouré des poids lourds de son parti dans le Grand-Est, dont la députée européenne Anne Sander. Mais une autre élue européenne du PPE, Nadine Morano, dont les prises de positions sur des sujets de société (sécurité, immigration) ont ouvertement agacé Jean Rottner, a été fermement écartée.

Pas de drame entre LR et les marcheurs

Selon ses opposants dans le Grand-Est, Jean Rottner n'aurait basculé dans l'opposition face à Emmanuel Macron qu'au terme de plusieurs mois de gestion de la crise sanitaire. En janvier 2021, Jean Rottner a qualifié de "scandale d'Etat" la lenteur de la campagne de vaccination en cours. Mais à Strasbourg, le jeu du "Je t'aime, moi non plus" n'a pas pris le tournant excessif de l'affrontement LR-LREM en région Provence-Alpes-Côte-d'Azur. Le parti présidentiel n'a pas accordé son investiture officielle dans le Grand-Est à Brigitte Klinkert, ministre déléguée à l'Insertion. La Colmarienne arbore cependant une étiquette officieuse LREM, confirmée par la présence sur sa liste de cinq députés "marcheurs".

Ancienne présidente du Conseil départemental du Haut-Rhin, Brigitte Klinkert a soutenu la création en janvier 2021 de la Collectivité européenne d'Alsace, fusion des départements du Haut-Rhin et du Bas-Rhin. Elle revendique un "choc de décentralisation" pour la région et promet une réorganisation de la gouvernance du conseil régional, basée sur la nomination de trois vice-présidents exécutifs pour l'Alsace, la Lorraine et Champagne-Ardenne. "Nous n'allons pas remettre en cause la réforme territoriale et l'existence du Grand-Est, ce serait suicidaire en période de relance. Mais le plan de relance économique sera plus efficace si nous décidons de le gérer à l'échelle des territoires. Cette région a été gouvernée par Jean Rottner dans un esprit jacobin, centralisée à Strasbourg. Je suis une girondine", affirme Brigitte Klinkert. Son positionnement revendiqué au "centre droit" ouvre la porte à d'anciens socialistes, dont l'ex-vice-président de la région Lorraine Christophe Choserot. Brigitte Klinkert a figuré dans les rangs des Républicains jusqu'en 2020.

Deux listes revendiquent l'union de la gauche

A gauche, les listes "Il est temps" et "L'appel inédit" ne sont pas parvenues à un accord à la sortie de l'hiver, au terme d'un psychodrame alimenté par des petites déclarations. Deux listes séparées ont été déposées le 11 et le 12 mai à la préfecture de Strasbourg. La première est dirigée par l'écologiste Eliane Romani, ancienne conseillère municipale à Thionville (Moselle). Elle revendique le "rassemblement de gauche" sous les étiquettes EELV, PS et PC. La seconde, emmenée par l'ex-ministre de la Culture Aurélie Filippetti, affiche les soutiens des Insoumis, de Génération.s et des Radicaux de gauche. Aurélie Filippetti emporte dans son projet la première secrétaire du PS dans le Bas-Rhin, Pernelle Richardot, élue sortante à la région. Divisés en 2016, les écologistes étaient absents de l'assemblée sortante. "Le rassemblement de tous les écologistes et de la gauche constitue une première dans le Grand-Est", note Eliane Romani, qui entend "allier l'écologie et la justice sociale", offrir aux jeunes des bourses mensuelles de 1.000 euros pour "sécuriser leurs parcours et financer leurs projets d'avenir", et donner la gratuité des transports aux moins de 25 ans.

Dans l'équipe d'Aurélie Filippetti, les mobilités constituent un enjeu majeur du scrutin. "Le Grand-Est est un territoire hétérogène avec des poches enclavées dans les Vosges, la Meuse ou en Haute-Marne. On a perdu un mandat déterminant avec Jean Rottner dans l'organisation des mobilités", regrette Pernelle Richardot. Ancienne assistante parlementaire de Catherine Trautmann, en position non éligible sur la liste de "L'Appel Inédit", Pernelle Richardot entend proposer une inflexion des politiques sociales et de mobilité et aller progressivement, comme les écologistes, vers la gratuité dans les TER. "Jean Rottner a mené une politique segmentée, sans se rendre compte que les mobilités ne se résument pas au ferroviaire et sans mener de réflexion sur le transport de fret. Eviter les délocalisations d'entreprises, faire du développement économique, c'est aussi faire de la logistique", souligne Pernelle Richardot.

Un "retour aux frontières administratives"

Laurent Jacobelli, tête de liste du Rassemblement National, promet en cas de victoire un "retour aux frontières administratives des trois anciennes régions" (Alsace, Lorraine, Champagne-Ardenne). "En attendant de bouger l'appareil législatif, nous commencerons par allouer un budget spécifique à chacun de ces territoires, avec des vice-présidents délégués", explique l'ancien porte-parole de Debout la France. Laurent Jacobelli propose de "doubler le budget de l'action économique du conseil régional" : la collectivité pourrait "se porter garante des prêts accordés aux entreprises en sortie de crise", voire "prendre des parts de manière transitoire" au capital de ces entreprises pour les accompagner en phase de redressement économique. Toutes les aides régionales seraient conditionnés à une "interdiction contractuelle d'employer des travailleurs détachés ou d'effectuer des délocalisations".

Dans le Grand-Est, un sondage Harris Interactive dévoilé fin avril par les Verts plaçait le RN en tête au premier tour avec 28 % des voix devant la liste LR (24 %), LREM (18 %), EELV (16 %) et l'"Appel inédit" d'union de gauche à 10 %.

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Commentaire 1
à écrit le 19/05/2021 à 19:13
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Vive le régionalisme ou le chacun pour sa goule... gauche ou droite, peu importe le flacon pourvu qu'il y ait du pognon!

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