Yper, de la livraison collaborative au sur-mesure du dernière kilomètre

A Roubaix, Yper s'est lancé sur le créneau de la livraison « collaborative » : concrètement, il s'agit de se faire livrer ses courses par une personne qui n'habite pas loin de chez soi, moyennant quelques euros de défraiement. La start-up a hybridé depuis différents modèles de livraison pour pouvoir se déployer partout et proposer du sur-mesure.

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Jacques Staquet (à gauche) et Cédric Tumminello, fondateurs d'Yper.
Jacques Staquet (à gauche) et Cédric Tumminello, fondateurs d'Yper. (Crédits : Yper)

« J'ai travaillé dans la grande distribution pendant plus de 15 ans, notamment chez Auchan, où j'ai accompagné les premiers pas de Chronodrive », raconte Jacques Staquet, fondateur d'Yper en 2016, qui s'est ensuite associé à Cédric Tuminello pour son savoir-faire informatique. « J'ai quitté cet univers fin 2014, au moment où les drives se multipliaient, où la licorne française Blablacar faisait son apparition et où Uber arrivait à Paris", rappelle-t-il. L'idée, c'était donc de « faire un Blablacar derrière un drive, proposant une livraison collaborative des courses alimentaires ».

En 2016, l'application mobile qui sort permet le choix entre être livreur ou être client. « La première année a enregistré 200 livraisons. Le business a mis un peu de temps à décoller car nous étions certainement arrivés trop tôt dans l'aventure », admet Jacques Staquet. Le concept n'avait pas au départ complètement convaincu la grande distribution. Les supermarchés Match, siégeant à La Madeleine dans le Nord, ont cru au projet, rapidement rejoints par Auchan Drive, Chronodrive, Cora, E.Leclerc, Intermarché et dernièrement Système U. Le business model ? Le point de vente s'abonne au service et paie une commission en fonction de la distance à parcourir. Même le logisticien géant DHL a signé un partenariat avec Yper pour 15 agglomérations françaises, aux côtés de deux autres spécialistes de la livraison collaborative, TousFacteurs et Urb-It.

Distribution et commerces de proximité

Avant que ces acteurs ne s'intéressent à Yper, l'entreprise nordiste s'était également orientée vers les commerces de proximité, à commencer par le monde de la fleur, pour travailler aujourd'hui avec Monceau Fleurs ou Le Jardin des Fleurs. « Les grandes plates-formes reçoivent les commandes et les télétransmettent aux commerçants, qui doivent se débrouiller eux-mêmes ensuite pour la livraison : Yper a été une aide précieuse pour les fleuristes », explique Jacques Staquet.

Grande distribution, diversification mais aussi croissance externe. En 2019, Yper s'est rapproché de You2You, son concurrent direct en matière de livraison collaborative, qui a grandi, lui, dans le giron de l'incubateur Via-ID. « You2You ne couvrait que le secteur de Paris et de l'Ile-de-France, alors que nous l'avions plutôt évité. Il ne s'était pas, contrairement à nous, attaqué au retail mais avait commencé le deuxième métier de la livraison par coursier, pour des tournées de petits colis : l'expérience est complètement différente de la foodtech comme UberEats ou Deliveroo car à chaque sac chaque récupéré, le gain est connu d'avance », précise Jacques Staquet.

Rachat de son concurrent

L'année dernière, Yper a racheté la totalité des parts de son concurrent, avec les activités de livraison collaborative et par coursier. « Le collaboratif repose sur la capacité du véhicule du particulier mais la limite reste assez haute. Son avantage est de pouvoir être déployé dans de nombreuses villes, et notamment les plus petites, là où d'autres services n'existent pas. La livraison via un coursier professionnel nécessite, elle, une ville avec une taille critique », souligne Jacques Staquet, qui revendique une communauté de 150.000 livreurs particuliers.

Encore très confidentiel lors de son lancement en 2016 (avec 200 livraisons collaboratives), Yper a ainsi vu sa courbe d'activité grimper à 4.000 livraisons en 2017, 40.000 en 2019, pour arriver à un boom de 260.000 livraisons en 2020, dû à l'apport des livraisons « professionnelles » et aussi aux confinements. « Nous sommes tous finalement devenus des personnes à mobilité réduite : la livraison collaborative ne concernait plus seulement les personnes âgées achetant en ligne, les CSP+ en quête de gain de temps et les personnes isolées ou en situation de handicap », remarque le patron de la start-up. L'entreprise nordiste, qui compte 45 collaborateurs entre Paris et Roubaix, vise les 400.000 livraisons cette année mais ne communique pas sur son chiffre d'affaires.

 Porté par l'essor du e-commerce

Même si elle explore d'autres pistes de livraison plus traditionnelles avec les transporteurs de marchandises, Yper reste aujourd'hui un acteur de la livraison dernier kilomètre, plus précisément entre 0 et 10 kilomètres : « Le collaboratif repose sur beaucoup de bon sens et, surtout, cela ne doit pas devenir une activité professionnelle à part entière : nous restons sur la logique du défraiement, nous mettons volontairement des freins, avec une limite de 400 euros par mois et par personne », ajoute Jacques Staquet.

Aujourd'hui, Yper compte dans son chiffre d'affaires moitié de livraisons professionnelles, moitié de collaboratives. « Nous sommes indéniablement portés par l'essor de l'e-commerce : une partie de nos livraisons sont sous-traitées, une partie est gérée en interne par des hubs que nous exploitons en direct », précise le co-fondateur d'Yper.

 Hybridation des solutions

« Notre plate-forme technique propose désormais des applis mobiles assurant une traçabilité des livraisons, tout en simplifiant le geste au maximum, résume Yves Staquet. Notre force aujourd'hui, c'est que nous pouvons nous déployer à peu près partout avec la livraison collaborative mais aussi assurer une livraison professionnelle pour un réseau de 200 points de vente par exemple."

L'hybridation des solutions proposées doit ainsi permettre de fournir du sur-mesure. Yper a bien conscience des défis qui l'attendent, à savoir maintenir un très haut niveau de croissance sur un marché ultra-dynamique, accompagner le boom du e-commerce et du ship-from-store mais aussi anticiper le développement de la cyclo-logistique. Yper est d'ailleurs en train de tester des livraisons en vélo-cargos.

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Commentaire 1
à écrit le 10/01/2021 à 9:52
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le deliveroo de la course au particulier on en rigole d'avance de voir tous ces clients demander a ce qu'un cycliste a sac vert leur livre les 8 packs d'eau au 7eme sanas ascenceur... va y avoir des surprises!

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