Gare du Nord : la commission d'enquête donne un avis favorable, et maintenant ?

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(Crédits : Décideurs en région)
Les trois enquêteurs mandatés par l'Etat formulent "à l'unanimité" un avis favorable à la délivrance du permis de construire. Le préfet de région doit recevoir ce jeudi l'adjoint d'Anne Hidalgo.

"Nous formulons à l'unanimité un avis favorable à la délivrance du permis de construire". C'est ce qui ressort des conclusions de la commission d'enquête publique mandatée par la préfecture de Paris-Île-de-France (PRIF) sur le permis de construire portant sur la transformation de la gare du Nord. Dans ce document, que La Tribune a récupéré, Sylviane Dubail, Jean-François Lavillonnière et Daniel Tournette écrivent, noir sur blanc, que cette transformation est "indispensable pour lui permettre de faire face aux enjeux d'augmentation du nombre de voyageurs et ainsi la faire apparaître comme une gare moderne pour accueillir les participants et visiteurs lors des prochains événements sportifs internationaux de 2023 et 2024".

61.500 mètres carrés supplémentaires

D'ici à la Coupe du monde de rugby et aux Jeux olympiques et paralympiques, la gare du Nord devrait en effet comporter 61.500 mètres carrés de surfaces supplémentaires. Outre la création de 10.375 m² d'espaces de loisirs, culturels et sportifs, toutes les autres typologies vont s'agrandir: de 35.200 à 57.600 m² pour les espaces voyageurs, de 25.200 à 32.900 m² pour les bureaux et de 5.450 à 18.900 m² pour les commerces et de 5.250 à 12.825 m² pour la restauration.

Ces réaménagements ont déjà fait l'objet d'un appel d'offres public, de deux concertations auprès des usagers et des riverains - une obligatoire en 2017, une autre entre mars et mai 2019 - et d'une validation du volet commercial par la Commission nationale d'aménagement commercial (CNAC) mi-octobre. Cela ne suffisait pas pour la mairie de Paris, initialement favorable au projet, qui avait lancé, fin 2019, sa propre commission. Début janvier 2020, les quatre experts mandatés par la capitale avaient préconisé "un phasage en deux temps" et "la mise en place d'une véritable réflexion partenariale entre la Ville, la Région, la SNCF et les autres acteurs des transports".

Les urbanistes Jean-Louis Sulibeau et Pierre Veltz, qui avaient paraphé en septembre une tribune dans Le Monde pour dénoncer un projet "inacceptable" et "pharaonique", ainsi que les architectes Anne Mie Depuydt et Caroline Poulin, avaient en outre souligné que le projet était orienté vers les voyageurs "grandes lignes" et que certains problèmes de saturation des espaces n'étaient pas résolus ou pourraient être aggravés. Sur ces points, la commission d'enquête publique  déclare que le projet, "dont l'insertion urbaine nécessite le développement de projets complémentaires", "nécessite des compléments pour les voyageurs du quotidien". Dans le même temps, elle estime qu'il place "le fonctionnement" de la gare "au niveau des grandes gares européennes" et qu'il permet de "faire face à l'augmentation du nombre de voyageurs".

Pas de réduction de la surface commerciale

Les enquêteurs mandatés par l'Etat récusent, en revanche, la proposition de la Ville de réduire la surface commerciale. "Cela reviendrait à modifier le permis de construire et à remettre en cause l'ensemble des avis favorables obtenus sur le projet", soulignent Sylviane Dubail, Jean-François Lavillonnière et Daniel Tournette. "Nous considérons que ces nouveaux services et activités sont un élément essentiel du projet", insistent-ils, tout en appelant à poursuivre "le travail partenarial avec la Ville et la mairie du 10ème" pour "l'ouvrir davantage sur le quartier."

Dès hier, Jean-Louis Missika, adjoint d'Anne Hidalgo et président de la plateforme de soutien "Paris en commun", et Alexandra Cordebard, maire-candidate (PS) du 10ème, ont d'ailleurs adressé une opinion à La Tribune. Ils considèrent que "le gouvernement s'apprête à passer en force et à délivrer le permis de construire de manière imminente". A l'inverse, le candidat (LR) à la mairie du 10ème, Bertil Fort, salue "une bonne nouvelle". "C'est un beau projet qui va moderniser et mettre aux normes la gare de même qu'il va bénéficier à tout le quartier", dit-il à La Tribune.

"Globalement vertueux" sur le plan environnemental

La commission d'enquête publique s'est en outre penchée sur les effets sur l'environnement. "La création d'une terrasse plantée d'arbres et d'espaces verts est un point positif du projet", affirme-t-elle, le jugeant "globalement vertueux sur le plan du développement durable". Un sujet que les deux urbanistes et les deux architectes mandatés par la mairie n'avaient pas "trop peu abordé"Cela n'avait pourtant pas empêché Alexandra Cordebard de se féliciter d'un diagnostic qui "confirm[ait] en partie [ses] craintes", et notamment son "caractère anti-écologique".

Les quatre experts de la Ville avaient par ailleurs relevé que l'achèvement global du projet pour 2024 était "non-indispensable" et "d'ores et déjà fortement compromis". Ils préconisaient ainsi de définir "ce qui est vraiment nécessaire pour les JO" et de se donner "le temps de remettre calmement sur le métier le reste du projet".

Les enquêteurs de la préfecture appellent, eux, à "optimiser" le planning du fait du "délai contraint" par la Coupe du monde de rugby de 2023 et les JO de 2024. Pour autant, "l'ensemble des dispositions prises (...) sont à la mesure d'un chantier de cette envergure", nuancent-ils.

Rendez-vous entre l'Etat et la Ville le 12 mars

Enfin, la commission mandatée par la Préfecture recommande cinq pistes: poursuivre le dialogue avec la ville, les réflexions engagées pour un dispositif 1% social et solidaire, la "dynamique" pour mettre en place un dispositif d'aide aux plus démunis, les "actions" avec la Poste ainsi que le "travail partenarial" avec la RATP, l'autorité organisatrice IDF Mobilités et SNCF Gares & Connexions pour le "calage fin des circulations de voyageurs".

Selon nos informations, le "mémoire en réponse" de la coentreprise StatioNord, composée de Ceetrus, filiale immobilière du groupe Auchan, et Gares & Connexions, branche de la SNCF, sera directement adjoint à la publication officielle de la commission d'enquête publique, prévue pour la mi-mars. C'est ensuite le préfet de région qui délivrera, ou non, le permis de construire. Toujours est-il qu'au regard de son agenda public, Michel Cadot recevra, dès jeudi à 10h30, Jean-Louis Missika, adjoint à la maire de Paris chargé de l'urbanisme, de l'architecture, des projets du Grand Paris, du développement économique et de l'attractivité. Un rendez-vous à deux jours du premier tour des élections municipales.

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Commentaires
a écrit le 10/03/2020 à 19:47 :
Et maintenant ? On applaudit pour ce beau projet de gare - Auchan, via sa filiale immobilière Ceetrus. J'ai bon ? Très bon article hier sur ce sujet d' Alexandra Cordebard et Jean-Louis Missika .
a écrit le 10/03/2020 à 14:21 :
On est en pleine singerie administrative, la seule chose qui compte c'est de savoir qui tient le fouet, et il semble que ce soit l'Etat, fermez le ban, Missika peut prendre sa pelle et son seau et aller jouer.
a écrit le 10/03/2020 à 13:02 :
SI c'est juste pour les JO... Mais bon déjà qu'on leur a enlevé le bon gros gâteau d'Europacity il paraissait compliqué de leur refuser celui-là aussi.

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