Grand Paris Express, une priorité nationale ?

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(Crédits : DR)
Alors que le chef de l'État a confirmé la ligne 16 du super-métro, il n'est pas encore certain que la ligne 17 (Roissy), la ligne 18 (Saclay) et le CDG Express ne seront pas ralentis par les contraintes budgétaires.

Interrogez Valérie Pécresse sur le Grand Paris Express et la présidente (LR) de la Région Île-de-France vous répondra d'abord sur son séjour à Londres auprès des investisseurs britanniques, le 14 novembre, avec son vice-président, chargé de l'Attractivité, Geoffroy Didier : « Un sujet qui est revenu, c'est la propreté aux abords de la gare du Nord. Le quartier est très dégradé pour accueillir tous ces professionnels. Nous devons faire un gros effort. Je vais aussi saisir le ministre de l'Intérieur sur la police de l'air et des frontières à Orly. L'attente est un facteur très bloquant. »

Douze ans après le début des émeutes de l'automne 2005, Emmanuel Macron avait, lui, choisi symboliquement Clichy-sous-Bois comme première étape de sa séquence « 40e anniversaire de la politique de la ville » le 13 novembre. Le chef de l'État y a fait une annonce forte, la confirmation de « l'objectif de 2024 et des engagements de l'État pour la gare » de la ligne 16, menacée par les contraintes budgétaires du financement du futur grand métro circulaire du Grand Paris.

« Nous soutenons la réalisation de toutes les lignes, lui a répondu Valérie Pécresse. Chaque ligne est indispensable, notamment pour la desserte de la grande couronne. Il nous faut une Île-de-France polycentrique. Le président de la République est allé à Clichy, très bien. La demande, c'est de l'emploi. Qu'on en finisse avec cette région des déplacements pendulaires ». Interrogé par La Tribune le 6 octobre dernier, le président du directoire de la Société du Grand Paris (SGP), Philippe Yvin, tentait déjà de rassurer élus locaux et exécutif : « Le Grand Paris Express coûtera entre 28 et 35 milliards d'euros [...]. Le calendrier, tel qu'il est prévu aujourd'hui, est le plus optimal ».

Saclay : la fronde des maires

Il n'empêche, Valérie Pécresse insiste : « Nous devons faire du développement économique. La ligne 17 est la seule qui desservira le Val d'Oise, et notamment le triangle de Gonesse. Quant à la ligne 18, c'est le futur phare technologique avec le plateau de Saclay. » La présidente d'Île-de-France Mobilités aurait-elle oublié la fronde qui agite les riverains du campus universitaire ? Quatre maires du 91 et du 78 plaident, depuis le début, pour l'enfouissement du super-métro, refusant, pour des questions environnementales et sonores, la construction du viaduc de 13 kilomètres qui devrait surplomber le plateau de Saclay.

Jean-Noël Barrot, député (MoDem) de la 2e circonscription des Yvelines, qui, avec le maire de Versailles, sera reçu à Matignon cette semaine à propos de ces recours, appelle à « respecter les équilibres territoriaux » : « Avec les parlementaires de la majorité, on échange avec ces communes pour trouver une solution ensemble. On défend l'enfouissement de la ligne, car cela pose question aux agriculteurs, par exemple, et même s'il y a des contraintes budgétaires. Toujours est-il qu'il faut que la ligne arrive à Versailles le plus rapidement possible pour accueillir les JO et l'Exposition universelle ». Son collègue Cédric Villani, député (LREM) de la 5e circonscription de l'Essonne, a, lui, organisé un débat, samedi 18 novembre, sur la question des transports. Pendant ce temps, la SGP continue à creuser son sillon. En plus du premier emprunt souscrit à la Banque européenne d'investissement, elle s'est vue accorder un second prêt, d'un milliard d'euros le 16 octobre. Deux jours après, lors des résultats du concours « Inventons la métropole », Philippe Yvin poursuit le service avant-vente et vante le Grand Paris Express comme « un point décisif pour la concrétisation d'une métropole attractive et durable » pour « transformer ces projets en chantier et contribuer à améliorer la vie de nos concitoyens », avec 600 000 mètres carrés de projets immobiliers au total.

Le 25 octobre dernier, la SGP a rassuré en annonçant l'arrivée du premier tunnelier début 2018 dans le Val-de-Marne, le jour même du lancement du Vélib' métropolitain par le président (LR) de la MGP Patrick Ollier et la maire (PS) de Paris Anne Hidalgo : « C'est un élément d'attractivité et de développement économique qui démontre que la métropole lutte contre la pollution », assure Patrick Ollier.

Alors que la mobilité est un facteur clef du développement du territoire, les entreprises franciliennes sont de leur côté très impatientes, à l'image de la CCI Paris Île-de-France et de son directeur général Étienne Guyot (ex-patron de la SGP) : « On est sur un projet qui nous emmènera jusqu'en 2030 avec, au fur et à mesure, un effet d'entraînement, un effet domino sur toute l'attractivité. Par exemple, l'installation du très haut débit dans les infrastructures du Grand Paris Express est une obligation fixée par la loi et va permettre de développer le très haut débit sur tout le territoire et de faciliter la vie de milliers de PME. »

L'État s'engage

Du côté du CDG Express, qui doit relier à partir de 2023 l'aéroport de Roissy à la gare de l'Est en vingt minutes, l'horizon s'éclaircit. Alors qu'il devait faire l'objet d'un prêt bancaire de 1,7 milliard d'euros, l'État va prêter cette somme à partir de 2019 au concessionnaire de la construction, a annoncé le 16 novembre le ministre de l'Économie, Bruno Le Maire, à l'Assemblée. « Il est indispensable d'accélérer la réalisation de cette infrastructure dans la perspective des Jeux olympiques de 2024 et de sécuriser son financement », a-t-il expliqué. « Ce financement sera moins coûteux et plus rapide pour construire le CDG Express » qu'en passant par les banques. L'enjeu, à l'approche des JO, est clair : il s'agit d'accélérer et de faire de l'achèvement des lignes prévues une priorité nationale. Alors que des millions de touristes vont vouloir venir à Paris, la capitale ne peut plus rester à deux heures de ses grands aéroports.

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