« L’activité régionale reste contrariée par les différentes crises » (Dominique Restino, CCI Paris Île-de-France)

GRAND ENTRETIEN. Élu en décembre 2021 pour une durée de cinq ans, le nouveau président de la Chambre de commerce et d'industrie Paris Île-de-France, Dominique Restino, a un agenda chargé: préparer les Jeux olympiques de 2024, accélérer les mutations environnementales des entreprises et bien sûr accompagner la relance et la reprise de l'activité économique.
César Armand

7 mn

Elu en 2004 à la Chambre de commerce et d'industrie de Paris (CCIP), Dominique Restino en devient le président en 2016, avant d'être élu président de la CCI Paris Île-de-France fin 2021.
Elu en 2004 à la Chambre de commerce et d'industrie de Paris (CCIP), Dominique Restino en devient le président en 2016, avant d'être élu président de la CCI Paris Île-de-France fin 2021. (Crédits : X. Renauld)

 Notre fonction consiste à accélérer la transformation et la mutation des sociétés.

Dominique Restino, président de la CCI Paris IDF

LA TRIBUNE - Après avoir été président de la Chambre de commerce et d'industrie (CCI) de Paris de 2016 à 2021, vous avez été élu, en décembre dernier, président de la CCI Paris Île-de-France. Après un quinquennat 2017-2022 marqué par la réforme des CCI, la grève dans les transports franciliens, la crise des « Gilets jaunes » et la Covid-19, quelle est votre feuille de route ?

DOMINIQUE RESTINO - Dès l'origine, la Chambre de commerce et d'industrie de Paris Île-de-France accompagne la création, le développement et la transmission des entreprises. Elle compte 12 écoles, avec 16 000 apprentis, 30.000 jeunes en formation continue et 39.000 jeunes en formation initiale. La CCI francilienne détient aussi une activité de congrès et de salons. En partenariat à 50/50 avec Unibail-Rodamco-Wesfield, la filiale Viparis détient le palais des Congrès, Villepinte ou la porte de Versailles, sans parler de Comexposium, troisième organisateur de salons au monde.

Organiser des congrès et des salons permet en effet d'aider les entreprises à se rencontrer en France et à l'international et donc à faire des affaires. La filière a énormément souffert mais les salons grand public ont enregistré de biens meilleur résultats au 1er trimestre 2022. Cela s'explique par le fait qu'ils bénéficient d'une clientèle beaucoup plus locale et nationale.

Les clients asiatiques ne sont pas encore revenus, mais les clients européens sont là. Avant la crise, cela représentait 6,5 milliards d'euros de retombées économiques annuelles en Île-de-France. C'est comme si nous gagnions les Jeux olympiques et paralympiques tous les ans.

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La Chambre des Hauts-de-Seine vient justement de monter un club JO. Qu'en est-il à l'échelle de la CCI régionale ?

Evidemment, la CCI régionale va coordonner ces actions globales en vue des JO. Après avoir rencontré le délégué interministériel (et ex-préfet de Paris, préfet d'Île-de-France, Ndlr) Michel Cadot, je vais animer un groupe de travail avec chacun des territoires franciliens.

Avant le jour J, l'événement demande un intense travail de préparation ; pendant, il offre de la visibilité pour les entreprises. Après, il apporte des opportunités, ne serait-ce que dans le sport, source de bien-être pour les populations, les salariés et bien sûr les entreprises. A cet égard, nous organisons des ateliers spécifiques dans les départements pour aider les entreprises à se positionner sur les marchés publics liés aux JO. En attendant, nous devons être au rendez-vous de la Coupe du monde de rugby à l'automne 2023.

Dans ce contexte, la reprise économique est-elle au rendez-vous en Île-de-France ?

En tant qu'établissement public sous tutelle de l'Etat animé par des chefs d'entreprise bénévoles, nous nous devons d'accompagner la relance et la reprise de l'activité économique, car notre fonction consiste à accélérer la transformation et la mutation des sociétés. Notre particularité : l'Île-de-France est une région extrêmement importante avec 31% du PIB et 23% des emplois. Les indicateurs économiques sont de mieux en mieux orientés mais l'activité régionale reste contrariée par les différentes crises qui se sont succédées.

De 330 millions d'euros au 1er janvier 2013, les dotations de l'Etat ont baissé  et représentent désormais 110 millions d'euros au 1er janvier 2022. Comment faites-vous autant avec moins ?

Dès 2013, nous avons commencé à créer cette CCI régionale avec cet ancrage local. De nombreux départs ont eu lieu à tel point que nous avons dû faire des choix d'organisation, par exemple en créant onze domaines d'activité stratégiques.

D'ailleurs, je ne connais pas d'autres organisations de la sphère publique qui ont réussi un tel travail, et ce malgré les manifestations des « Gilets jaunes », les grèves dans les transports et la crise sanitaire.

Pour autant, nous avons été un soutien essentiel pour les commerces et les entreprises dans le contexte de crise économique comme l'a d'ailleurs souligné le président de la République lors de l'assemblée générale de fin d'année de CCI France. Rien que pour la mise en œuvre du plan France Relance la CCI Paris IDF a sensibilisé 60.599 entreprises, réalisé 2.272 diagnostics et accompagné 6.424 entreprises en 2021.

A cet égard, quel rôle allez-vous jouer dans la planification écologique, priorité économique et territoriale du gouvernement Borne ?

Nous sommes l'acteur de proximité qui va permettre à l'Etat d'accélérer les mutations environnementales des entreprises. C'est un enjeu français et mondial.

Par ailleurs, nous conseillons les entreprises, et notamment les plus petites, sur leur responsabilité sociétale, et moi-même en tant que membre du comité d'orientation stratégique du groupement d'intérêt public (GIP) ''Les entreprises s'engagent''.

A la différence des grands groupes et des entreprises de taille intermédiaire (ETI) qui savent identifier ces sujets, nous accompagnons les TPE, PME, PMI, commerçants et indépendants avec des programmes spécifiques. Tout comme nous avons à développer l'entrepreneuriat dans les quartiers de la politique de la ville (QPV) ou des programmes entrepreneuriats au féminin.

Outre les quartiers politique de la ville, comment travaillez-vous avec les autres collectivités territoriales ?

Nous travaillons aussi bien avec l'Etat, le conseil régional qu'avec les départements, la métropole du Grand Paris et les intercommunalités qui soutiennent notre action. Et nous travaillons de manière très étroite avec la Chambre de Métiers et de l'Artisanat (CMA) Île-de-France. Nous voulons ainsi renforcer nos liens avec les organisations patronales et les fédérations professionnelles que nous avons réunies ici à la Chambre le 1er juin avec Bpifrance. Avec les présidents régionaux et départementaux de la Confédération des PME (CPME) et du Mouvement des entreprises de France (Medef), nous souhaitons mettre nos complémentarités au service de toutes les entreprises de notre territoire.

Ces derniers négocient actuellement avec le gouvernement en vue du projet de loi sur le pouvoir d'achat qui sera présenté en Conseil des ministres le 29 juin, au lendemain des élections législatives. Et vous ? Qu'en attendez-vous ?

C'est le rôle des organisations patronales et syndicales d'aborder cette question auprès des pouvoirs publics. Pour notre part, nous sommes naturellement attentifs aux décisions et aux répercussions pour les entreprises.

Y compris dans les villes moyennes ? CCI FRANCE et l'association d'élus Villes de France viennent de renouveler leur partenariat en vue de l'acte II du programme de revitalisation « Action Cœur de ville ».

Je me réjouis de cet accord qui concerne aussi des villes moyennes en IDF. Il faut évidemment les revitaliser.

Dominique Restino, le multi-entrepreneur du Grand Paris

Né en 1961, Dominique Restino, diplômé d'HEC, travaille d'abord cinq ans comme consultant en recrutement et RH puis comme ingénieur commercial et spécialiste produit, avant de créer sa première entreprise en 1986. Co-fondateur de Sogedis-Effectif, spécialisé dans l'ingénierie industrielle et informatique, il en est le Pdg jusqu'en 2006, avant de revendre cette société. Deux ans plus tard, il lance Executive Capital, suivi, en 2011, d'Expertive, cabinet de recrutement. Parallèlement, le chef d'entreprise est élu à la Chambre de commerce et d'industrie (CCI) Paris en 2004, dont il devient président en novembre 2016. Cinq ans s'écoulent et en décembre 2021, Dominique Restino succède à Didier Kling à la tête de la CCI Paris Île-de-France.

César Armand

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