La course à l’innovation de la dernière forge d’Ile-de-France

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Toutes les pièces qui sortent des presses sont travaillées par un homme et uniques
Toutes les pièces qui sortent des presses sont travaillées par un homme et uniques (Crédits : DR)
La dernière forge d’Ile-de-France, coopérative ouvrière depuis 1912, lance un plan de développement dont le montant est presque équivalent à son chiffre d’affaires. La Région va subventionner, tant les innovations développées par cette entreprise sont attendues par les grands de l’aérospatiale ou du pétrole.

Ils y sont tous passés. D'Aldebaran à Visimmo 3D, en passant par Comuto (devenu Blablacar) Criteo ou Multiposting, les sociétés innovantes ont eu, un jour ou l'autre, affaire avec PM'up. Un jour ou l'autre, ils ont reçu 100.000, 200.000 ou 250.000 euros de la région Ile-de-France. Blablacar avait 6 salariés lorsqu'elle a sollicité PM'up, en 2011 ; elle en avait 120 en 2013 à la fin de son plan de subvention de trois ans avec PM'up, et 260 aujourd'hui.

Le dispositif, qui existe depuis 2008, est une aide financière pour le projet de développement d'une PME ou d'une PMI. Mais la 1.000e entreprise à en bénéficier est un cas à part : une coopérative ouvrière, fondée en 1912, et qui, depuis plus d'un siècle, au fin fond de l'Essonne, se développe en pur autofinancement.

L'Union des forgerons est, comme son nom l'indique, une forge. Il y a plus d'un siècle, elle faisait des fers à cheval; aujourd'hui, elle bigorne et lamine pour Ariane 6, pour le bouchon au fond du Golfe du Mexique ou pour que Total fore. Et elle a beau travailler avec des presses de 1.000 tonnes, c'est de l'artisanat, c'est toujours l'homme qui, d'une manière ou d'une autre, va donner la forme définitive à une pièce d'acier chauffé à blanc de 150 kilos ou plus.

Suivre Total et la Snecma dans les avancées technologiques

"Sauf que, explique Michel Discour, son Pdg élu et multi réélu depuis 1994, nous avons des problèmes d'approvisionnement d'acier de qualité alors que nos clients nous demandent des produits de plus en plus sophistiqués. Aujourd'hui, on fore par exemple à 700 ou 800 mètres, mais les pétroliers veulent passer à 2.000 mètres. La pièce que nous leur livrons aujourd'hui pèse 700 kilos, et nous allons devoir bientôt leur en livrer qui pèsent 3 tonnes. On est obligé de faire, nous n'avons pas le choix, on suit le client, Total comme la Snecma. Nous avons donc besoin de produits de plus en plus compacts et donc d'une machine encore plus performante."

Les presses actuelles sont des presses à forger de 1.000 tonnes et elles réalisent des pièces de 2 tonnes. La prochaine sera une presse de 2.500 tonnes réalisant des pièces de 5 tonnes. Personne n'est capable de faire une telle presse en France. Seul un Allemand peut réaliser ce monstre, et il lui faudra un an pour y arriver. La presse valant à peu près 6 millions d'euros et le laminoir 7,5 millions, la dernière forge d'Ile-de-France va devoir investir 28 millions pour un chiffre d'affaires de 35 millions.

Ariane 6 en a besoin

L'aide de la Région est donc essentielle. Son montant n'est que de de 250.000 euros, mais, explique Jean Paul Huchon, c'est "non remboursable, sans intérêt ni conditions d'embauche, c'est une subvention qui est uniquement fondée sur le potentiel de l'entreprise, c'est un dispositif très peu contraignant et c'est, franchement, le dispositif le plus intelligent que l'on puisse mettre au service des PME".

Mais, surtout, la Région entraîne la BPI (40% des investissements de Bpifrance sont en Ile-de-France), une série d'autres aides (à l'exportation, par exemple, car l'Union des Forgerons a une très forte envie d'attaquer les marchés norvégien ou brésilien), et sa présence rassure les banques qui ont peu l'habitude de voir une entreprise avoir un projet de développement quasi équivalent à son chiffre d'affaires en ayant comme objectif d'en réaliser le plus important, les nouvelles presses, d'ici à la fin 2016 début 2017.

Autrement, Ariane 6 sera obligée d'aller se fournir ailleurs qu'en France...

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Commentaires
a écrit le 13/04/2015 à 13:47 :
Ben oui, le secteur de fabrication de machines-outils, tout aussi performante voire meilleure que les Allemands quand on voit la demande de machines d'occasion de ces époques, a disparu entre 1975 et 1990, bien obligés d'acheter Allemand, très très cher, pièces détachées hors de prix et fiabilité pas forcément au top.
Personnellement je pense que la décision de détruire l'apprentissage en usine des années 60 n'y est pas pour rien.
Réponse de le 13/04/2015 à 17:42 :
C'est clair. Mais ce n'est pas uniquement l'apprentissage : il n'existe quasiment plus de bons mécanos.

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