Marlène Schiappa et Julien Bargeton : "Pécresse se contente de faire de la gestion"

RÉGIONALES - GRAND ENTRETIEN. Têtes de liste à Paris, la ministre de la Citoyenneté Marlène Schiappa et le sénateur Julien Bargeton dévoilent, à La Tribune, les propositions économiques et financières de la tête de liste "Envie d'Ile-de-France" portée par le marcheur Laurent Saint-Martin.
César Armand

9 mn

De gauche à droite: la ministre de la Citoyenneté Marlène Schiappa tête de liste Envie d'Ile-de-France à Paris, le chef de file Laurent Saint-Martin, et le sénateur de Paris Julien Bargeton co-tête de liste à Paris.
De gauche à droite: la ministre de la Citoyenneté Marlène Schiappa tête de liste "Envie d'Ile-de-France" à Paris, le chef de file Laurent Saint-Martin, et le sénateur de Paris Julien Bargeton co-tête de liste à Paris. (Crédits : DR)

Revenu d'urgence, "capital jeunes" de 5.000 euros, fonds d'investissement populaire, financement de la transition écologique et énergétique, orientation du contrat de relance État-région, lieux de repos pour les livreurs des plateformes... En compagnie de la ministre de la Citoyenneté Marlène Schiappa, le sénateur (LREM) de Paris Julien Bargeton, qui a rédigé ce volet du programme de Laurent Saint-Martin, précise les mesures économiques et financières du catalogue de 154 propositions du chef de file de la liste "Envie d'Ile-de-France". Celui qui a été l'adjoint aux Finances d'Anne Hidalgo de 2014 à 2017 et celle qui reste une "macroniste de la première heure" étant co-têtes de liste dans la capitale reviennent également sur leurs idées pour la ville-centre.

LA TRIBUNE : La jeunesse est érigée en « grande cause régionale » dans le programme de votre chef de file Laurent Saint-Martin. A rebours du gouvernement auquel vous appartenez qui s'oppose à un « RSA jeunes », vous souhaitez expérimenter la création d'un revenu d'urgence de 500 euros pour 40.000 jeunes en situation de précarité. Pourquoi ?

MARLÈNE SCHIAPPA : Je sors d'une cérémonie baptisée « Les prodiges de la République » où en tant que ministre chargée de la Citoyenneté, je viens de remettre un chèque de 500 euros à 800 jeunes engagés dans les associations. La jeunesse doit être notre priorité. Nous couvrons d'ailleurs toutes les jeunesses avec également le « capital jeune » de 5.000 euros pour 10.000 Franciliens de 18 à 30 ans souhaitant créer leurs entreprises pour exalter cet esprit créatif.

Souvenez-vous du président de la République Emmanuel Macron qui avait déclaré, en janvier 2015, « il faut des jeunes Français qui aient envie de devenir milliardaires ». C'est important que les jeunes aient envie de créer une startup de la même manière que c'est pour cela que nous défendons la création de pépinières d'entreprises dans les lycées. L'idée est que l'Ile-de-France soit fer de lance dans la relance. D'autres jeunes sont plus en grande difficulté et doivent être soutenus. Ce n'est pas non plus un « RSA jeunes » mais un revenu d'urgence limité dans le temps.

Pour combien de temps justement ?

M.S. : Pour une durée de quelques mois, le temps de trouver le premier job. Ce sera déterminé en fonction des besoins de chacun. Le temps de la reprise économique est prévu pour septembre, et Laurent Saint-Martin, rapporteur général du budget, y travaille fortement.

Vous proposez également la création d'un fonds d'épargne populaire de 600 millions d'euros pour soutenir le développement et la relocalisation des investissements et des emplois industriels. Comment les épargnants vont-ils récupérer leur mise au bout de cinq ans ?

JULIEN BARGETON : Ce n'est ni un placement bancaire, ni un plan d'épargne en action ou une assurance-vie. L'idée est que pour chaque euro versé par une Francilienne ou Francilien, dans la limite de 300 euros, la région double la mise afin de financer la transition énergétique des agriculteurs, la transition numérique des PME-TPE... L'effort du conseil régional donne un effet de levier et au bout du compte, vous récupérez l'argent dans la limite de ce que vous avez donné à l'origine. La crise économique et sanitaire a révélé l'importance du local.

Permettez-moi par ailleurs de mettre la lumière sur la gestion des fonds européens. La Cour des Comptes a classé la région au rang 4. C'est l'un des taux de consommation des fonds européens parmi les plus faibles. Nous créerons des équipes dédiées à la recherche de financements pour ne pas gaspiller l'argent de l'Union européenne.

Quel choc de simplification préconisez-vous ? Depuis que les régions ont la compétence des fonds européens, elles doivent les programmer, les flécher sur les porteurs de projet, procéder à des contrôles pour certifier les dépenses pré-engagées par les entreprises, envoyer les informations à la direction régionale des finances publiques qui les vérifie à son tour, donne son aval et enfin autorise l'appel de fonds de l'UE...

J.B. : Il faut que l'administration publique de la région s'appuie sur tous les talents, y compris privés, et apprenne à incuber des experts qui apportent leur savoir-faire. Si quelqu'un l'a fait pour une région espagnole, nous l'embaucherons. Nous voulons mettre en place une administration plateforme, une administration réseau, une administration agile.

M.S : La région Ile-de-France est la porte d'entrée de l'Europe. Ce point illustre la politique de Valérie Pécresse qui se contente de faire de la gestion. Elle remaquille les budgets en faisant une politique de distributeur automatique de billets sans aller chercher l'argent là où il est. Regardez les graphiques de Strasbourg et de Bruxelles, le conseil régional est en tout petit. La région n'a pas de vision ni de diplomatie.

Dans un autre registre, l'Ile-de-France semble devenir une terre d'exode urbain. Que proposez-vous pour contrer ces départs ?

J.B. :
 Nous lancerons un grand appel à projet pour soutenir des tiers-lieux innovants dans une logique de redynamisation des villes de la petite et grande couronne, car aujourd'hui, qui anticipe qui va travailler et qui va télétravailler ? Nous mènerons tout un travail de diagnostic avec les entreprises pour savoir où mettre les tiers-lieux. Travailler comme télétravailler peut être stressant. Ces questions demandent donc d'embarquer tout le monde, en créant le réflexe régional chez les entreprises.

Comment financerez-vous la transition écologique et énergétique, priorité de France Relance et première préoccupation des Franciliens ? 

J.B. :
 Il ne s'agira pas de saupoudrer à des amis et à quelques maires, mais d'avoir une vision globale de la transition écologique et énergétique la plus utile possible. Quand nous nous fixons l'objectif de 100% de qualité dans l'assiette des lycéens avec un doublement de la part local et/ou bio, il ne s'agit pas pour autant d'importer du bio ou de faire du 100% local, toute la production ne pouvant pas être localisée en Ile-de-France. Et ce pour 40 voire 50 centimes en plus par assiette, ce qui est accessible d'un de point de vue budgétaire.

Plus généralement, les collectivités ont plein de projets en matière de transition écologique et énergétique. Nous partirons de leurs propositions quelle que soit leur couleur politique. Nous ne ferons pas de droite ou de gauche et nous inverserons la logique actuelle.

Est-ce à dire que vous réorienterez le contrat de relance de 13,8 milliards d'euros signé par l'État et la région ?

M.S.
 : Avec Laurent Saint-Martin, nous voulons que la région travaille avec tout le monde, y compris avec l'État. Elle a trop joué le rôle de guichet alors qu'elle devrait travailler avec l'ensemble des villes. Paris est trop absente des projets.

N'est-ce pas en raison de l'animosité entre Anne Hidalgo et Valérie Pécresse ?

M.S :
 Paris est effectivement prise en otage entre les ambitions de la maire et de la présidente du conseil régional. Anne Hidalgo ne veut pas travailler avec Valérie Pécresse et vice-versa. Au gouvernement, je me rends compte que la préfecture de Paris Ile-de-France est parfois prise en étau dans des injonctions contradictoires. Nous, nous prônons le dépassement des clivages. Nous rénoverons ainsi en urgence les lycées Rabelais, Jean-Baptiste Say et Fénelon, car ils sont prioritaires dans l'ordre des dégradations.

Pour la capitale, vous proposez aussi de créer des lieux de repos pour les livreurs des plateformes. Qui va payer ? La région ? La ville ? Les plateformes ?

M.S :
 Pendant le confinement, nous avons vu des livreurs en première ligne aller livrer aux domiciles des Parisiens. Quand ils ne travaillent pas, certains s'endorment sur leur vélo ou leur scooter. Hier encore, j'ai vu aux Halles des livreurs qui mangeaient sur le pouce et sous la pluie, se protégeant sous les arbres. De la même manière qu'à Saint-Maur-des-Fossés, dans le Val-de-Marne, un collectif de riverains se plaint du bruit, la nuit, d'une trentaine à quarante livreurs. C'est pour toutes ces raisons que nous préférerions qu'ils aient des locaux. Les plateformes, les syndicats de restaurateurs et les maires se disent intéressés pour mettre des salles à disposition, et les livreurs que je croise me remercient déjà. La région doit jouer le rôle de leader et mettre en lien toutes ces parties prenantes pour répondre à la spécificité de chaque territoire.

Faut-il par ailleurs un plan de relance 100% parisien, comme le demande par exemple le président du Medef Paris Charles Znaty ?

J.B. : 
Chiche ! Il faut effectivement sortir de l'affrontement stérile entre la capitale, la petite et la grande couronne. Si le Medef bute actuellement, c'est significatif, encore une fois, de l'opposition entre Anne Hidalgo et Valérie Pécresse. Nous, nous voulons faire du gagnant-gagnant. Nous avons une maire de Paris et une présidente de région qui ont l'esprit ailleurs tournées vers l'élection présidentielle.

Les TPE-PME sont les premières victimes de la crise économique, dans la capitale et dans la région. Comment les accompagnerez-vous dans la reprise ?

J.B. : 
Nous les déchargerons de toutes les contraintes d'ordre administratif. Nous ne pouvons pas supprimer la bureaucratie, mais nous les aiderons à supprimer leurs soucis. Ce sera une révolution. Nous partirons de leurs besoins en nous mettant en empathie avec eux.

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César Armand

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Commentaires 6
à écrit le 29/05/2021 à 11:48
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CONSTERNANT cette attitude des politiques qui privilégient la critique des autres a leurs propositions ! Dupont -Florilège , Schiappa , Macron , et tant d'autres annoncez VOS solutions au lieu de baver sur les autres !!!

à écrit le 28/05/2021 à 15:48
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Les élections la surenchère des promesses vite oubliees ou impossible apres les élections Un ex financier de la mairie de Paris n est pas un exemple en gestion. Pour ce qui est de la secrétaire d'état en dehors de gesticulations verbales pas grand ...

à écrit le 28/05/2021 à 15:37
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"Envie d'Ile-de-France" Entre multiples autres appellations visiblement les noms officiels des partis politiques font désormais office de repoussoir sauf le RN qui bénéficie du fait de n'avoir jamais gouverné, tandis qu'il est partout présent un ...

le 28/05/2021 à 17:17
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Marlene la danseuse n'est pas vraiment tres creatrice, et garde ses vieux demons de gauches tres proches d'elle

le 28/05/2021 à 17:17
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Marlene la danseuse n'est pas vraiment tres creatrice, et garde ses vieux demons de gauche tres proche d'elle

le 29/05/2021 à 10:20
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Elle est autant de gauche que moi bonne soeur tout en étant pas vraiment de droite et si je peux pas écrire ça et-c...

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