En Île-de-France, "le conseil régional ne va pas résorber les inégalités" (Nathalie Arthaud)

RÉGIONALES-ENTRETIEN. "Travailleuses, travailleurs..." Le slogan de Lutte ouvrière est connu. Candidate trotskiste aux élections présidentielles de 2012 et de 2017, Nathalie Arthaud se présente, cette fois, aux élections des 20 et 27 juin prochain dans la région-capitale.
César Armand

5 mn

Je me suis rendue à Bezons pour soutenir les ouvrières et ouvriers de l'usine PPG, qui va fermer alors qu'elle compte 208 CDI et une centaine d'intérimaires et de sous-traitants. Que fait la région aujourd'hui ? Que fait madame Pécresse ? s'interroge la candidate de Lutte ouvrière aux élections régionales en Île-de-France, Nathalie Arthaud.
"Je me suis rendue à Bezons pour soutenir les ouvrières et ouvriers de l'usine PPG, qui va fermer alors qu'elle compte 208 CDI et une centaine d'intérimaires et de sous-traitants. Que fait la région aujourd'hui ? Que fait madame Pécresse ?" s'interroge la candidate de Lutte ouvrière aux élections régionales en Île-de-France, Nathalie Arthaud. (Crédits : REUTERS/Charles Platiau)

Je ne postule pas à la présidence de la région, mais j'appelle tous ceux qui ont payé le prix fort de cette épidémie, de ces confinements, et qui sont allés au front à défendre leurs intérêts.

Nathalie Arthaud, candidate Lutte Ouvrière

LA TRIBUNE : Les Français et les Franciliens vous connaissent comme candidate à l'élection présidentielle. Pourquoi êtes-vous candidate à la tête de la région d'Île-de-France ?

NATHALIE ARTHAUD : Les travailleurs et les travailleuses doivent se faire entendre par tous les moyens possibles. Nous nous présentons aux élections pour pouvoir nous exprimer.

Vous, présidente du conseil régional, quelle sera la première mesure économique que vous mettrez en place ?

Je ne vais pas jouer à ça. Je ne postule pas à la présidence de la région, mais j'appelle tous ceux qui ont payé le prix fort de cette épidémie, de ces confinements, et qui sont allés au front, à défendre leurs intérêts. Beaucoup se sont retrouvés sans salaire, en fin d'intérim, en fin de CDD ou sont sous la menace de licenciements. Aussi, j'appelle ce monde du travail à dire leurs besoins, à exprimer leur colère, leur écœurement dans cette période. Il y a encore une minorité qui a pu accumuler des millions au détriment de ce que j'appelle les essentiels à la vie économique et sociale. Ces derniers sont légitimes pour dire qu'il faut un emploi pour tous de la même manière qu'il faut augmenter les salaires, dont le SMIC. Ces travailleurs doivent avoir un droit de contrôle sur l'argent des entreprises, sans quoi le monde du travail sera encore et toujours sacrifié.

La région est la plus riche d'Europe et en même temps la plus inégalitaire, où le département le plus riche de France côtoie le plus pauvre. Que proposez-vous justement pour rééquilibrer la balance ?

Ce ne sont pas avec des promesses que les travailleurs vont pouvoir payer leurs loyers et remplir leurs frigidaires. Ce n'est pas le conseil régional non plus qui va résorber les inégalités ou empêcher la fermeture des entreprises. Le monde du travail doit imposer un rapport de force et contraindre le grand patronat de faire l'inverse d'aujourd'hui. Je me suis rendue à Bezons pour soutenir les ouvrières et ouvriers de l'usine PPG, qui va fermer alors qu'elle compte 208 CDI et une centaine d'intérimaires et de sous-traitants. Que fait la région aujourd'hui ? Que fait madame Pécresse ? Ce groupe américain a touché 1,5 million d'euros de CICE et 1,5 million d'euros de crédit impôt recherche. Il va mettre des personnes sur le carreau juste pour augmenter les dividendes.

Et lors du prochain mandat ?

La région ne fera rien non plus demain contre ces attaques. Ce sont les travailleurs qui se lèvent et qui se battent réellement. C'est pourquoi nos espoirs sont fondés sur cette capacité à dire : « Il faut que ça s'arrête ! ». Ces entreprises touchent d'un côté le chômage partiel et de l'autre elles imposent des cadences infernales à ceux qui travaillent. Il faut répartir le travail pour diminuer la charge de travail. Autrement dit, travailler moins mais travailler tous. C'est le combat de la classe ouvrière à l'échelle de l'Île-de-France comme à l'échelle nationale. La crise sanitaire a masqué la crise économique. Combien de petits commerces ne rouvriront pas ?

Le contrat de relance entre l'Etat et le conseil régional de 13,8 milliards d'euros ne suffira pas pour résorber les inégalités ?

Ce plan de relance va se traduire en quelques milliers d'euros pour les petits commerces, les TPE et PME, mais en dizaines de millions d'euros pour les multinationales. C'est ça la réalité : l'assistanat à grande échelle des grandes entreprises. Je trouve scandaleux que l'argent public doive encore passer par les mains du grand patronat et de la bourgeoisie. Les 100 milliards d'euros de France Relance, c'est l'équivalent de 2,7 millions d'emplois payés 1.800 euros nets charges comprises. L'Etat a donc l'argent pour relancer l'emploi et pourrait le faire en direct. Je suis scandalisé par ces hôpitaux à l'os à l'entrée et à la sortie de la crise sanitaire de la même façon qu'il manque cruellement des emplois dans l'Education nationale. A chaque élection, l'on parle de logements sociaux et de logements indignes, mais d'année en année, le problème s'aggrave parce que les promoteurs immobiliers ne trouvent pas cela rentable.

Les promoteurs immobiliers construisent la moitié des logements sociaux de même qu'ils ont l'obligation de construire 30% de logements sociaux pour 70% de logements libres. Sans parler de la loi SRU qui fête ses 20 ans et qui impose aux communes des quotas...

Les communes n'ont toujours pas rempli leur quota et ne rattrapent pas leur retard. C'est en outre la pire année en termes de construction.

Les professionnels du logement neuf subissent une crise inédite entre la succession des années pré-électorales, la crise de la Covid-19 et les équipes municipales nouvellement élues...

Il y a toujours des raisons pour ne pas répondre aux besoins urgents des plus pauvres. Quand il s'agit de préparer les Jeux olympiques, on trouve de l'argent. L'argent du plan de relance n'aurait pas dû passer par les grands groupes. Une mesure salutaire serait que les travailleurs puissent contrôler à l'intérieur des entreprises à quoi sert cet argent. Il faut imposer un contrôle ouvrier dessus ! Des actionnaires multimilliardaires prospèrent alors que cet argent devrait servir à l'emploi et aux salaires. Les capitalistes ont tous les pouvoirs pour fermer une entreprise, lâcher une affaire et faire fructifier les capitaux dans le financement des dividendes. C'est une classe sociale parasitaire qui, pour investir dans la production, demande toujours la béquille de l'Etat. Ce dernier se substitue désormais à l'apport de capitaux. Les grands actionnaires ne le font plus. C'est le signe d'un capitalisme au bout du rouleau. Les capitaux s'accumulent et menacent de faire exploser des bulles spéculatives. Le dernier krach des bitcoins montre qu'on danse sur un volcan. En se battant pour leurs intérêts, les travailleurs peuvent remettre la société sur ses pieds.

César Armand

5 mn

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Commentaires 4
à écrit le 27/05/2021 à 20:30
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Si on obligeait les riches franciliens à partager avec ceux qu'ils font venir et loger, hé ben l'immigration baisserait gràve, normal de partager ce qu'on a avec ceux qu'on a fait venir. Visiblement ça ne partage pas non plus avec la région qui n'es...

à écrit le 27/05/2021 à 8:53
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Des paroles censées tandis que l'extrême droite hautement favorisée par les médias de masse va encore plus gagner de territoires sur le seul programme de lutte contre l'immigration tandis et de la sécurité que lesp ouvoirs régionaux n'ont absolument ...

à écrit le 27/05/2021 à 8:52
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Des paroles censées tandis que l'extrême droite hautement favorisée par les médias de masse va encore plus gagner de territoires sur le seul programme de lutte contre l'immigration tandis et de la sécurité que lesp ouvoirs régionaux n'ont absolument ...

à écrit le 27/05/2021 à 7:49
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il faut fabriquer plus de pauvres plus les gens sont pauvres, moins y a d'inegalites c'est ca la solution, et en plus c'est conforme a ce qu'ecrivait Lenine, alors ca va, c'est de gauche

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