Pourquoi EuropaCity fait débat
César Armand
César Armand
Le 12 décembre dernier, la députée (FI) de la cinquième circonscription de Seine-Saint-Denis, a priori pas ou peu concernée par le projet de zone commerciale géante Europacity, sur la route de l'aéroport Roissy-CDG, interpelle Nicolas Hulot à l'Assemblée nationale.
Dans la continuité d'une tribune publiée dans Libération quelques jours plutôt, la représentante de Sevran, Tremblay-en-France et Villepinte dénonce « une empreinte carbone équivalente à 170 hypermarchés » sur 300 hectares, alors que l'Île-de-France perd, selon elle, chaque année 1 400 hectares de terres agricoles. Clémentine Autain - puisque c'est elle dont il s'agit - fustige l'inadéquation d'Europacity avec le plan Climat et défend le projet Carma : le groupement de Coopération pour une ambition rurale et métropolitaine agricole.
C'est de la jalousie et une forme d'hypocrisie. Qu'elle fasse ce projet dans sa circonscription, et non dans celle des autres ! » s'agace David Lebon, directeur du développement Europacity qui rappelle que la ZAC appartient à l'État.
Au Palais Bourbon, c'est Élisabeth Borne, ministre déléguée aux Transports auprès du ministre de la Transition écologique et solidaire, qui réplique à Clémentine Autain :
Elle annonce que Nicolas Hulot souhaite qu'« une réflexion soit conduite pour préciser la position sur le projet et sur les conditions d'un aménagement durable et équilibré du territoire, en lien avec l'ensemble des collectivités concernées ».
Le maire (PS) de Gonesse, Jean-Paul Blazy, ne prend pas de gants :
De fait, 250.000 mètres carrés de commerces sont prévus au programme mais certains restent encore à définir. Blazy les presse :
L'élu local préfère mettre l'accent sur la « culture » car des partenariats, pour 50.000 m2, ont notamment été signés avec le Grand Palais :
Élisabeth Borne, toujours au Parlement, confirme :
La députée (LRM) de la circonscription, Zivka Park défend la même logique :
En revanche, Bruno Beschizza, d'Aulnay-sous-Bois, a voté contre un arrêt de la gare à Europacity :
Le représentant d'Europacity, David Lebon semble las de ces querelles de chapelle :
Le gouvernement, en même temps reproche au projet de s'en prendre aux commerces de proximité, à l'heure où Bercy entend reprendre la main sur la revitalisation des centres-villes. David Lebon balaie cela d'un revers de main :
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La présidente (LR) du conseil départemental du Val-d'Oise, Marie-Christine Cavecchi, défend mordicus Europacity :
Et de lister les constructions prévues : des espaces de congrès, de séminaires, une ferme urbaine (« Les enfants n'ont plus l'habitude de voir les animaux ») et surtout des hôtels (« On en manque dans le coin ! »). Le département étant chargé de compétences sociales comme le RSA, la chef de file du 95 argumente :
Évidemment, la ligne 17 sera indispensable à la concrétisation d'un tel projet. Selon nos calculs, les entreprises du Val-d'Oise contribuent à 7% au montant total du métro. Sauf que, sans métro, les actionnaires d'Europacity risquent de quitter le navire. Sans parler de ce corridor qui va jusqu'à l'aéroport Charles-de-Gaulle, lequel comptabilise déjà plus de 10 milliards d'euros d'investissement et donc des centaines d'emplois localisés entre le terminal 4, ce centre commercial, et Villepinte. Les cadres du parc des expositions restent d'ailleurs fébriles. Sollicités, ils n'ont pas répondu à nos demandes d'entretien.
César Armand