Standard & Poor's maintient la note de la Ville de Paris, l'opposition tance Hidalgo

L'agence de notation vient d'annoncer le maintien de la note « AA » avec perspective stable de la capitale. Si la nouvelle réjouit la maire (PS) Anne Hidalgo et son adjoint (PS) aux Finances Paul Simondon, la présidente (LR) de la commission des Finances Marie-Claire Carrère-Gée et son collègue David Alphand demandent à l'exécutif de réaliser un audit de gestion. D'autant qu'en 2023, l'agence américaine s'attend à une année « sous pression budgétaire ». Explications.
César Armand
(Crédits : Philippe Wojazer)

C'était le 8 octobre 2021, Standard & Poor's modifiait la perspective de la notation de la ville de Paris. Après l'avoir passée, en plein confinement du printemps 2020, de « AA » avec perspective stable à « AA » avec perspective négative, l'agence de notation américaine changeait de braquet et revenait au « AA » avec perspective stable.

Le 7 octobre 2022, S&P Global Ratings a annoncé le maintien de cette note pour la capitale. « Depuis, la Ville a mis en place des mesures d'ajustement budgétaire, comme le plan de stationnement ou le plan d'économies, qui lui ont permis de créer une dynamique sur ses recettes de fonctionnement et de contenir ses dépenses », explique, à La Tribune, la directrice du secteur public France, Stéphanie Mery.

« Bonne nouvelle ! Il s'agit de la meilleure notation possible pour une collectivité locale française, témoignant de notre bonne et saine gestion financière », se félicite, sur Twitter, la maire (PS) de Paris, Anne Hidalgo.

« Comme d'habitude, Anne Hidalgo confond tout ! Une note d'agence qui évalue la situation économique à Paris et le potentiel fiscal de ses habitants n'est en aucun cas un brevet de bonne gestion », s'agace, auprès de La Tribune, son opposante Marie-Claire Carrère-Gée, présidente (LR) de la commission des Finances de la Ville.

L'opposition demande un audit de gestion

Pour l'agence de notation américaine, en revanche, il s'agit d'une « une année favorable pour la capitale entre une croissance pour la France à 2,4% et une inflation à 6,1% qui a bénéficié à ses recettes fiscales », souligne Stéphanie Méry, directrice secteur public France en référence au transfert de TVA, à la taxe foncière et à la cotisation foncière des entreprises. Cet impôt local dû par toute entreprise et personne exerçant une activité professionnelle non salariée, rappelle Bercy.

Malgré tout, le groupe Changer Paris, présidée par la maire (LR) du VIIe arrondissement Rachida Dati, réitère sa demande - continue depuis l'élection de Bertrand Delanoë en 2001 - d'un audit de gestion. « Anne Hidalgo croit qu'on note sa gestion, mais ça n'a rien à voir. A la question "Paris pourra-t-elle rembourser sa dette de 10 milliards d'euros ?", on se fonde sur le potentiel fiscal c'est-à-dire sur les impôts que peuvent supporter les Parisiens », estime l'élu David Alphand (LR), membre de la commission des Finances.

« A chaque fois qu'un observateur extérieur comme le certificateur des comptes ou une agence de notation donne un avis, l'opposition ne sait plus quoi inventer et essaie de faire vivre des mythes comme la mise sous tutelle - une accusation très grave -, mais tous les ans, le compte administratif et le compte de gestion passent au contrôle de légalité de la préfecture », contre-attaque l'adjoint (PS) aux Finances, Paul Simondon.

 Une année 2023 « sous pression budgétaire »

« La situation de la Ville est d'autant plus dégradée que le surcoût de l'énergie est beaucoup plus élevé qu'initialement prévu. De 35 millions d'euros de surcoûts, nous sommes passés à 70 millions pour 2022 et à au moins 100 millions pour 2023 », tance le Républicain David Alphand. « Il n'y a rien de nouveau. Dès le vote du budget supplémentaire en juillet dernier, nous avons rajouté 60 millions d'euros pour faire face », souligne le socialiste Paul Simondon, qui confirme les chiffres de son opposant.

« Pour 2023, nous nous attendons à une année sous pression budgétaire entre la revalorisation du salaire des fonctionnaires et la crise énergétique. Nous prévoyons par exemple une baisse de l'épargne brute de 5,2% en 2022 à 5% en 2023, du fait de la stagnation attendue de la croissance réelle du PIB à 0,2% et de la décélération de l'inflation », affirme la directrice du secteur public France de S&P, Stéphanie Mery.

 Il n'empêche, la droite persiste et signe: « faire payer les habitants, les entreprises et les touristes, ce n'est pas cela que nous attendons d'une maire de Paris », s'époumone la présidente (LR) de la commission des Finances Marie-Claire Carrère-Gée. « Quand est-ce que l'opposition va proposer des choix budgétaires différents des nôtres ? Ils ne proposent rien et ne nous soutiennent pas dans nos demandes vis-à-vis de l'Etat », répond, à gauche, l'adjoint d'Anne Hidalgo Paul Simondon.

 En quête de 250 millions d'euros d'économie

Ce dernier propose par exemple que le gouvernement augmente la taxe de séjour, aujourd'hui plafonnée à 5 euros quel que soit le montant de la chambre d'hôtel, et d'accroître la taxe d'habitation sur les résidences secondaires au regard de la crise du logement. « S&P se réjouit, elle, que la mairie va prélever 220 millions de plus sur les Parisiens, notamment pour le stationnement. C'est le monde à l'envers ! », s'exclame encore Marie-Claire Carrère-Gée, présidente (LR) de la commission des Finances.

 En réalité, la Ville serait en quête de 250 millions d'euros d'économie. « C'est l'ordre de  grandeur de la marge de manœuvre dont nous avons besoin pour investir dans des bonnes conditions », corrobore Paul Simondon, l'adjoint (PS) aux Finances. Cette démarche est nécessaire pour maintenir l'autofinancement de la collectivité, justifie-t-il. Le cas échéant, Paris ne pourra plus continuer à investir dans la solidarité, le logement, la transition écologique et la transformation de la ville, les quatre piliers de la capitale.

En attendant, Standard & Poor's se projette déjà en 2024, année des Jeux olympiques et paralympiques.  « A ce stade, le budget de fonctionnement des JOP est anticipé en léger déficit mais les dépenses supplémentaires comme la police municipale seront principalement non-récurrentes et largement compensées par les taxes de séjour des visiteurs et les recettes en termes de concessions et de redevance pour les sites olympiques », conclut Stéphanie Mery, directrice du secteur public France de S&P.

César Armand

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