Tour Triangle : malgré l'opposition des Verts et des riverains, le chantier prêt à démarrer

Les derniers obstacles à la construction de la Tour Triangle, le premier gratte-ciel parisien depuis la Tour Montparnasse sont en train de sauter. Le chantier porté par Anne Hidalgo et Unibail-Rodamco-Westfield doit démarrer avant la fin de l'année, malgré l'opposition de la droite, des écologistes et des riverains. Il devrait être livré en 2026, deux ans après les JO.
César Armand

6 mn

(Crédits : Reuters)

A cinq mois de l'élection présidentielle, la maire de Paris et candidate du Parti socialiste à l'Elysée, Anne Hidalgo, veut montrer qu'elle n'a pas peur de concrétiser des grands projets symboliques malgré les contestations. Dernier en date : la réalisation de la tour Triangle, un projet de tour de 180 mètres de haut et de 92.000 mètres carrés, situé dans le parc des expositions de la porte de Versailles dans le XVème arrondissement de Paris à la frontière d'Issy-les-Moulineaux (Hauts-de-Seine). Tous les recours intentés jusqu'à présent ayant été rejetés, le chantier, soutenu financièrement par Axa, doit démarrer avant Noël.

Lancé en 2008, rejeté par le Conseil de Paris en novembre 2014 peu après l'élection d'Anne Hidalgo à l'Hôtel de Ville, avant d'être voté en 2015 malgré l'opposition - déjà - de la droite, des écologistes et des riverains, l'édifice de 42 étages, dessiné par les architectes Jacques Herzog et Pierre de Meuron, contiendra des bureaux, un espace de coworking, un centre culturel, un centre de conférence, un centre de santé, une crèche, des commerces en pied d'immeuble, un hôtel de 130 chambres et un restaurant panoramique.

Ralenti par une enquête préliminaire du Parquet national financier sur des soupçons de « favoritisme », la Ville avait laissé au bailleur Unibail-Rodamco-Westfield jusqu'à fin octobre 2021 pour signer le bail à construction. C'est chose faite : le 1er novembre dernier, le leader mondial des centres commerciaux a annoncé que le chantier démarrerait « d'ici à fin 2021 » avec le soutien d'Axa Investment Managers Alts pour une livraison en 2026.

« C'est une excellente nouvelle pour l'attractivité parisienne », a réagi, le 3 novembre, le premier adjoint (PS) d'Anne Hidalgo chargé de l'architecture, du Grand Paris, des relations avec les arrondissements et de l'urbanisme.

« C'est inconvenant d'annoncer cela le jour de la COP26 dans la lutte contre le dérèglement climatique », fustige, à l'inverse, le maire (LR) du XVème arrondissement, Philippe Goujon.

Les Verts verts de rage

Egalement piqué au vif, le groupe Europe Ecologie-Les Verts du Conseil de Paris a dénoncé un projet « anti-écologique et contraire aux engagements du plan climat de la Ville », « héritier de l'urbanisme des années 60 » et « économiquement anachronique et hors-sol ». Et ce, à un moment où « le développement du télétravail a bouleversé l'immobilier tertiaire » et où « plus de 4 millions de m² de bureaux sont vacants sur le territoire francilien ».

« Les écologistes ont le bénéfice de la constance, mais ils font une mauvaise analyse », a répliqué le premier adjoint à la maire de Paris. « D'une part, nous avons besoin de nouveaux bureaux pour accélérer la mutation d'un parc vieillissant des années 1970 ; de l'autre, ce ne seront pas que des bureaux et le bâtiment sera réversible dans ses usages », a poursuivi Emmanuel Grégoire.

Sans surprise, le porteur de projet réfute un bilan carbone « catastrophique » dans la construction et le fonctionnement de la tour. Interpellé par La Tribune, le directeur général projets mixtes Europe d'Unibail-Westfield-Rodamco, Vincent Jean-Pierre évoque ainsi des « performances écologiques approuvées et validées par des tiers ». Par exemple, le label français « Haute qualité environnementale » dite ''exceptionnelle'' ou encore la certification internationale « BRE Environmental Assessment Method / BREEAM ''Excellence'' ».

« De la même façon que nos consommations d'énergie seront trois fois inférieures à ce qui est imposé, nos émissions carbone seront deux fois inférieures. Il est donc difficile de dire que nous ne construisons pas une tour écologique », insiste le cadre dirigeant d'URW.

Sans attendre le 1er janvier 2022 et l'entrée en vigueur du décret tertiaire, qui impose la réduction des consommations d'énergies de 40%, 50% voire 60% à horizon 2050, ou de la réglementation environnementale des bâtiments neufs dite « RE2020 » qui stipule l'usage de matériaux durables, Vincent Jean-Pierre liste aussi les « innovations techniques » au rendez-vous : construction d'une façade double peau qui protège du froid et du chaleur, utilisation de la géothermie, installation de 1.000 m² de panneaux photovoltaïques, ou encore le recours à 50% de béton bas-carbone et à 50% d'aluminium recyclé.

Le maire du XVème vent debout

Outre l'impact environnemental, le co-fondateur du collectif contre la tour Triangle, Olivier Rigaud, sollicité par La Tribune, s'étonne, pour sa part, du coût « déraisonnable » de cette tour, estimé à 700 millions d'euros contre 530 millions d'euros en 2014. « Elle coûtera 4 à 5 fois plus cher qu'un bâtiment basse consommation », estime-t-il.

Contacté par La Tribune, le maire (LR) du XVème arrondissement de Paris, ne dit pas autre chose et dénonce, lui, « une opération de spéculation immobilière ». « Au départ, il s'agissait de renforcer la compétitivité du parc des expositions avec un centre des congrès et des salons. Cela s'est transformé en une tour de bureaux en blanc », s'agace Philippe Goujon.

A l'inverse, le maire-adjoint (UDI) à l'urbanisme d'Issy-les-Moulineaux (Hauts-de-Seine), Philippe Knussmann, refuse de « donner un avis particulier sur un projet qui se situe intégralement sur le territoire de la ville de Paris ». « André Santini lui-même aurait du mal à apprécier qu'un maire voisin porte un jugement », conclut-il.

Pour autant, le maire du XVème arrondissement va continuer de « demander l'abandon du projet ». En ce sens, il compte déposer un vœu au conseil d'arrondissement la semaine prochaine et un autre au Conseil de Paris dans deux semaines. Objectif : obtenir « un sursis à construire » dans l'attente du plan local d'urbanisme bioclimatique. « Cela n'a rien de contraignant, mais j'espère qu'il sera adopté à la majorité », dit encore le Républicain Philippe Goujon.

« Nous sommes en train de nous renseigner pour voir dans quelle mesure nous pouvons bloquer le lancement du chantier. Nous piochons actuellement dans le code de l'urbanisme et dans le code de l'environnement avec nos conseillers juridiques », affirme encore Olivier Rigaud, co-fondateur du collectif contre la tour Triangle.

Il n'empêche : outre la tour Triangle, les tours Duo ainsi que la tour - en bois - de Bruneseau sont sur le point d'être livrées dans le XIIIème arrondissement. Sans oublier, dans le XIIème, les tours de Bercy-Charenton, là encore contestées par la droite et le groupe Ecologie-Les Verts, ainsi que celles de Total baptisées « The Link » à La Défense.

César Armand

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Commentaires 7
à écrit le 12/11/2021 à 8:31
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Les parisiens font le choix, même si le chantage au chômage relativise fortement ce choix c'est sûr et certain, d'habiter dans une ville tellement grosse qu'elle ne peut que muter et donc chercher à conserver son petit confort, ses petites habitudes ...

à écrit le 05/11/2021 à 14:57
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C'est sûr que Paris avait besoin d'une nouvelle tour de bureaux : il y a 400 000 mètres carrés inoccupés à la Défense. Et ça ne risque pas de s'améliorer...

à écrit le 04/11/2021 à 18:57
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Sur le plan écologique, ce genre d'immeuble est un non-sens

à écrit le 04/11/2021 à 18:41
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Pour une fois, je soutiens Hidalgo. Il est temps que le chantier démarre. Si on avait écouté les fâcheux, la tour Eiffel n'aurait jamais été construite.

le 05/11/2021 à 6:22
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@ jkl. Vous racontez n'importe quoi. La tour Eiffel a ete construite pour l'exposition universelle de Paris et devait etre demontee comme le reste a la fin de l"evenement. Les livres d'histoire vous le confirmeront.

le 05/11/2021 à 11:08
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Et la Tour Montparnasse non plus, et les barres d'immeubles en banlieue que l'on détruit aujourd'hui non plus, et le périphérique non plus, et la pyramide du Louvre non plus, la TGB, la Grande Arche, etc. Contrairement à ce que vous suggérez, il ne ...

à écrit le 04/11/2021 à 18:12
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Apparemment le petit peuple du 15ième est contre, mais Mme Hidalgo n'en a cure. C'est normal : c'est une socialiste.

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