Frédéric Motte, le Nordiste du Medef

 |   |  1052  mots
Frédéric Motte, président du Medef Hauts-de-France, se présente comme « candidat des territoires » pour succéder à Pierre Gattaz.
Frédéric Motte, président du Medef Hauts-de-France, se présente comme « candidat des territoires » pour succéder à Pierre Gattaz. (Crédits : DR)
À 53 ans, Frédéric Motte, président du Medef Hauts-de-France, se présente comme « candidat des territoires » pour succéder à Pierre Gattaz, en juin. S'il est élu, ce serait une première dans l'histoire du Medef.

À53 ans, Frédéric Motte est l'homme de beaucoup de réseaux : ceux du campus patronal d'Entreprises & Cités, à Marcq-en-Baroeul, dont il a été président pendant deux ans (il est encore administrateur du fonds de dotation), ceux du Ceser, le Conseil économique social et environnemental régional, qu'il a également dirigé durant deux mandats de trois ans et ceux du Medef régional qu'il préside depuis 2013.

Frédéric Motte a aussi dans son jeu une carte de visite politique, comme ancien maire du petit village de Beaucamp-Ligny dans la métropole lilloise mais aussi et surtout comme ex-vice-président centriste de l'ancienne communauté urbaine de Lille.

Dans la région, Motte est un nom qui a marqué le paysage de la métropole lilloise. Frédéric est issu d'une famille tentaculaire d'entrepreneurs spécialisés dans le textile. Il est le petit-fils de René Motte, fondateur des Brasseurs de la Lys. Une marque tellement omniprésente que c'était un demi de « bière Motte-Cordonnier » qu'on commandait dans les cafés !

Face à l'arrivée de la grande distribution au début des années 1980, Motte-Cordonnier fusionne avec les brasseries Artois avant d'être racheté par le groupe Interbrew, devenu InBev. C'est peut-être de ce ressort de l'histoire que lui vient son goût de la défense des petites et moyennes entreprises.

« Passons aux actes en faveur d'un rapprochement efficace entre les TPE, les PME, les ETI et les grands groupes », plaide-t-il dans son manifeste pour sa candidature nationale. « Le Medef doit se défaire de cette image d'entreprises du CAC 40. Le Medef fédère toutes les entreprises, des plus grandes aux plus petites. »

Sorti d'une « modeste » école de commerce, de son propre aveu, après avoir travaillé un an pour un sénateur maire, il intègre le secteur bancaire en ouvrant l'agence lilloise de la Banque du Louvre (famille Taittinger). Il est ensuite appelé à diriger le département privé de la belge Kredietbank dans le Nord.

Partage des tâches

C'est dans son bureau de Wasquehal que sa fibre entrepreneuriale se réactive.

« Gilles Willot, que je n'avais jamais vu de ma vie, m'avait d'abord proposé un premier dossier à financer, que j'avais refusé. Il est ensuite revenu quinze jours après pour me proposer de reprendre ensemble une entreprise qui était à vendre. »

À l'époque, Frédéric Motte est déjà le plus jeune maire de France mais qu'importe : il quitte alors son fauteuil de conseiller bancaire, hypothèque sa maison et démarre l'aventure de Cèdres Industries en août 1996.

Aujourd'hui, le groupe pèse 60 millions d'euros de chiffre d'affaires : il sous-traite la fabrication d'équipements pour les grands donneurs d'ordre industriels au sein d'une vingtaine de PME régionales comptant près de 500 salariés.

« Sans vouloir me vanter, nous avons racheté des entreprises saines qui, sans nous, auraient fini par fermer : toutes étaient confrontées à des départs en retraite des dirigeants », résume Frédéric Motte, qui déclare n'avoir jamais distribué de dividendes et toujours maintenu le savoir-faire en place.

Quant au succès de l'improbable alliance avec Gilles Willot, elle se fonde sur « le partage des tâches entre lui pour la finance, moi pour le management et l'embauche d'un directeur général pour piloter l'opérationnel au quotidien ».

Pour une meilleure représentation des territoires

C'est d'ailleurs à travers son adhésion à l'IUMM pour Cèdres Industries que Frédéric Motte fera ses premiers pas au Medef. Sa présidence est marquée par le projet « Génération Medef », qui vise à attirer les jeunes et à féminiser les mandats. Ses talents de manager en entreprise lui ont appris à trouver le consensus. C'est ainsi qu'il réussit à se faire désigner en 2015 à l'échelon national du Medef responsable de la très stratégique animation des territoires. Son cheval de bataille : que les territoires soient mieux représentés dans les organes nationaux de décision.

Son programme pour sa candidature ? Accompagner l'innovation et notamment la transformation digitale ; replacer l'homme au coeur de l'entreprise ; se battre pour un marché unique équitable, en accompagnant les entreprises à l'international. « Ce n'est qu'une ébauche, car nous avons recueilli quelque 300 contributions des territoires que nous allons étudier : je suis le partisan du « bottom up », de la co-construction du projet avec les territoires », conclut-il. Avant de concéder que sa candidature pâtit quand même d'un « déficit de notoriété certain à l'échelle nationale avec une fonction d'animation des territoires au Medef peu médiatisée ». Le début d'un nouveau marathon national pour ce Nordiste.

Par Gaëtane Deljurie,
correspondante des Hauts-de-France pour La Tribune

___

ENCADRÉ 1/2

Qui sera le patron des patrons ?

La bataille pour la succession de Pierre Gattaz à la présidence du Medef est lancée. Après l'élimination de la candidature du patron de Michelin, Jean-Dominique Senard, empêché par la limite d'âge [65 ans au moment de l'élection le 3 juillet prochain, ndlr], les postulants commencent à se faire connaître. Jean-Charles Simon, ancien DG de l'organisation patronale à l'époque de Laurence Parisot et proche de Denis Kessler, avec qui il a travaillé à la FFSA et chez Scor, vient de se déclarer. On attend désormais l'entrée en lice des deux favoris : Geoffroy Roux de Bézieux, déjà candidat en 2013 et actuel vice-président délégué chargé de l'économie, et Alexandre Saubot, le président de l'UIMM, le puissant syndicat de la métallurgie, qui occupe le devant de la scène des négociations sociales. Mais on aurait tort d'oublier les candidats des territoires. Deux d'entre eux se sont lancés : Patrick Martin, patron du Medef Auvergne-Rhône-Alpes, et Frédéric Motte, président de l'organisation patronale dans les Hauts-de-France. La Tribune commence avec lui les portraits des candidats à la présidence du Medef.

___

ENCADRÉ 2/2 :

Minibio

  • 1964 Naissance à Armentières.
  • 1989-1992 Conseiller municipal d'opposition à Armentières.
  • 1991 Banque du Louvre (famille Taittinger) puis Kredietbank.
  • 1995-2014 Maire de Beaucamps-Ligny.
  • 1996 Cofonde le groupe Cèdres Industries.
  • 2001-2008 Élu, puis vice-président de l'agglomération de Lille.
  • 2004 Rejoint le Ceser au titre du Medef.
  • 2007 Formation des jeunes leaders politiques Aspen.
  • 2014-2016 Président d'Entreprises & Cités.
  • 2016 Président du Medef régional.
  • 2017 Candidature à la présidence nationale du Medef.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 25/01/2018 à 8:52 :
"Le Medef doit se défaire de cette image d'entreprises du CAC 40"

EN effet que ce soit Gattaz ou Parisot il est évident que leurs discours médiatiques n'en avaient que pour les grandes entreprises maintenant si le MEDEF a autant de temps de parole médiatique c'est parce que les actionnaires milliardaires le soutiennent en mettant leurs médias de masse à leur disposition.

Si c'est pour défendre les petits et moyens ils auront beaucoup moins de supports médiatiques. Ça m'étonnerait que le medef bien trop habitué à avoir tous les micros ouverts devant lui lâche ce privilège pour défendre des petits un jour.
a écrit le 25/01/2018 à 8:52 :
"Le Medef doit se défaire de cette image d'entreprises du CAC 40"

EN effet que ce soit Gattaz ou Parisot il est évident que leurs discours médiatiques n'en avaient que pour les grandes entreprises maintenant si le MEDEF a autant de temps de parole médiatique c'est parce que les actionnaires milliardaires le soutiennent en mettant leurs médias de masse à leur disposition.

Si c'est pour défendre les petits et moyens ils auront beaucoup moins de supports médiatiques. Ça m'étonnerait que le medef bien trop habitué à avoir tous les micros ouverts devant lui lâche ce privilège pour défendre des petits un jour.

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :