Patrick Martin : "Je veux remettre un patron à la tête du Medef"

Denis Lafay

Patrick Martin
Laurent Cerino/ADE

Denis Lafay

Patrick Martin
Laurent Cerino/ADE
"Oxygéner le Medef ". Voilà à quoi Patrick Martin veut s'employer s'il est élu. Oxygéner, mais aussi, en filigrane, extraire l'organisation des vicissitudes qui à ses yeux depuis plusieurs années altèrent sa crédibilité et sa réputation. Citons pêle-mêle un assujettissement au "tout dialogue social", des turpitudes internes et des pratiques opaques dont la fameuse réunion du 11 décembre scellant la mise à l'écart de Jean-Dominique Senard fut une "énième" démonstration, une dichotomie industrie services toujours vivace et "insupportable", l'incapacité "de la tête" de s'imposer et de "trancher", déléguant aux permanents des responsabilités inappropriées...
Bref, le président de Martin Belaysoud Expansion veut mettre fin aux "flottements" inhérents à la présidence Gattaz - auquel il reconnaît toutefois la malchance d'avoir dû composer avec un environnement politique "longtemps hostile aux entreprises » - et restaurer un leadership "durement éprouvé".
L'actuel et ancien [de 2007 à 2011] président du Medef Auvergne-Rhône-Alpes, âgé de 57 ans, a longuement mûri son projet de candidature, qui a éclos au printemps 2017. Fruit d'une "frustration partagée avec des homologues territoriaux", elle a pris place au moment où son groupe connaît une organisation managériale et des performances inédites.
En 2018, une fois Anjac CSI intégralement absorbé, le groupe bressan de négoce et de distribution "B to B" dans l'industrie et le bâtiment devrait atteindre 710 millions d'euros de recettes et "tripler ses résultats". En trente ans, la société familiale aura vu son chiffre d'affaires multiplié par 13 et les effectifs décuplés. Et c'est en premier lieu sur le succès de cette ETI [entreprise de taille intermédiaire, Ndlr] désormais déployée sur l'ensemble du territoire national que l'ex-président du Medef de l'Ain fonde "la légitimité" de sa candidature.
Le patron-d'entreprise-qui-veut-remettre-un-patron-aux-commandes-du-Medef égraine d'autres arguments : sa "sensibilité pour l'engagement collectif", un ego "largement contenu, comme le démontrent par le passé mes distances d'avec les opportunités de carrière institutionnelle", un "sens de l'ouverture et du pragmatisme qui régénérera le Medef" et un tempérament entier et déterminé qu'il veut exprimer pour désarmer les séides et profiteurs "du conservatisme et du système". Mais peut-on bien "désembourgeoiser" et même dépecer un système dont on est soi-même issu ? "J'y crois", affirme-t-il malicieusement en référence à la trajectoire d'Emmanuel Macron.
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Ses adversaires déclarés (voir encadré) ou en préparation supposée de candidature ? Ce "Senard-compatible" affirme n'en craindre aucun. Ses appuis ? En premier lieu les présidents de Medef territoriaux (Paca, Île-de-France, Bretagne, Normandie, Corse, Grand Est). Son "public" ? "Ceux qui veulent échapper aux compromissions et au diktat de certaines fédérations toutes puissantes, c'est-à-dire les "petits et sans-grade", ainsi considérés par l'establishment et que je suis fier de représenter". Son leitmotiv : une culture de l'interprofessionnalité et de l'oecuménisme qu'il oppose aux logiques, "sectorielles et partisanes", auxquelles peuvent se soumettre naturellement les candidats issus des branches.

Une grande partie de son avenir se jouera en mars. À ce moment en effet seront constituées les nouvelles compositions du conseil exécutif d'une part, d'autre part de l'assemblée générale, deux instances au sein desquelles ses appuis et son influence sont aujourd'hui et devraient être demain significativement limités. Or, traditionnellement, les préconisations du conseil exécutif après audition des candidats conditionnent fortement voire dictent l'issue de l'élection.
Cette objective "zone de risque", ce fin tacticien ne l'élude pas, mais se refuse pour autant à la considérer comme rédhibitoire. "Faire la démonstration que l'on est étranger aux "petits arrangements" de l'appareil peut se révéler une force, plaide-t-il. Tout est ouvert". Verdict en mai.
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Patrick Martin, ses dates clefs :

Denis Lafay