Immobilier : à Prades-le-Lez, l’habitat participatif séduit de plus en plus

Actuellement en construction, le projet Casalez, doté d’espaces partagés, comptera 11 appartements, dont 9 logements sociaux. Ils ont déjà presque tous été réservés. L’ambition est à la fois écologique, sociale et sociétale. (Cet article est issu de T La Revue n°11 - « Habitat : Sommes-nous prêts à (dé)construire ? », actuellement en kiosque).
(Crédits : DR)

Bientôt, une belle construction viendra égayer l'entrée, quelque peu délaissée, de Prades-le-Lez, une petite ville de 6 000 habitants à 10 kilomètres au nord de Montpellier. L'idée de lancer un projet de nouvel habitat est venue à Bruno Chichignoud en 2014, à l'occasion d'une réflexion sur l'usage d'une grande villa et d'un terrain qui lui appartenaient. Qu'en faire lorsque les enfants grandiront ? Ne faudrait-il pas transformer le lieu, ne serait-ce que pour lutter contre l'étalement urbain, alors que les logements manquent dans la région et que des promoteurs raflent des terrains autour du bourg ? Et pourquoi ne pas changer aussi la façon d'y habiter et de partager ? Le projet Casalez a progressivement pris forme, sous-tendu par ces questionnements, sans oublier l'aspect social, puisque dans sa vie professionnelle, Bruno Chichignoud est directeur d'une maison pour adolescents en perte de repères, ni la visée écologique - la sienne, celle de la mairie et de plus en plus de citoyens.

De 4 logements au départ, le projet, qui implique une reconstruction, en bois et paille, - sachant que la deuxième partie du bâtiment sera isolée en béton végétal -, en comptera finalement 11, dont 9 logements sociaux. Et surtout, ils seront assortis d'espaces partagés : buanderie, bibliothèque/bureau/salle de réception, chambres d'amis et même piscine naturelle... « Les logements sont déjà tous réservés, sauf un, indique Bruno Chichignoud, devenu président d'éCOhabitons, une association qui promeut l'habitat participatif dans l'Hérault. Nous avons aussi cherché un équilibre entre les profils des habitants. »

Coopérative d'habitants

Dès qu'en 2017 des personnes intéressées par le projet se sont regroupées dans Lez'Coop, une coopérative, Angélique Bonnal s'y est inscrite. D'ailleurs, elle a d'une certaine façon déjà expérimenté Casalez, puisqu'elle a habité dans un studio au sein de la villa existante avant le début des travaux. Dans quelques mois, elle occupera un appartement avec son fils de 7 ans, juste à côté de celui de Noëlle, 86 ans.

« L'intergénérationnel et le relationnel en général est important pour moi, sans doute du fait que je suis thérapeute, spécialisée en accompagnement périnatal, dit-elle. Ce sont aussi des valeurs que je veux transmettre à mon fils. » Après s'être séparée du père de son enfant, elle cherchait à vivre avec d'autres personnes, pour la convivialité et l'entraide, mais tout en gardant un chez elle. « Et compte tenu de ma situation, les banques ne me prêtaient pas d'argent pour acheter un appartement », ajoute-t-elle. Aujourd'hui, grâce à l'achat de parts sociales par chacun des membres, c'est la coopérative, désormais propriétaire du terrain, qui emprunte en leur nom pour mener à bien les travaux. « Tous les participants n'ont pas eu le même apport, cela dépend de leurs moyens, indique Bruno Chichignoud. Il y a donc une solidarité entre les membres de la coopérative. »

En outre, ce projet social et écologique permet également à des personnes ou des structures extérieures d'y constituer une épargne, en devenant elles aussi propriétaires de parts sociales. Cette démarche solidaire offre ainsi à la coopérative une possibilité supplémentaire de financer la construction tout en assurant aux épargnants un placement vertueux, rémunéré annuellement à hauteur de 2 %.

Cathy Gesang est elle aussi membre de Lez'Coop. Pour l'heure, elle habite à 10 minutes de Prades-le-Lez et attend avec impatience de s'installer avec ses deux filles dans un F4, à côté de la salle commune. « Je n'avais jamais entendu parler de l'habitat participatif, mais, après une séparation, je m'intéressais à l'idée d'intégrer une collocation avec d'autres personnes dans ma situation, pour que nous puissions nous entraider. J'ai aussi, depuis toujours, une forte sensibilité pour l'écologie », dit-elle. Elle entend parler du projet et s'informe. Casalez répond à tous ses critères. « C'est pour moi un projet de vie », ajoute-t-elle. Depuis le début, non seulement elle participe aux réunions et à certains travaux de préparation ou de réalisation, comme ceux de la piscine, transformée en bassin naturel, mais en plus, cette nouvelle dynamique - « qui m'a permis de mieux me connaître », dit-elle - l'a aussi incitée à s'engager dans une démarche de transition professionnelle. De chargée d'études marketing pour la grande distribution elle est devenue, après un master, spécialiste de l'économie sociale et solidaire. Elle compte bien en faire sa profession, en se centrant sur l'accompagnement à la transition énergétique et la préservation de la biodiversité. « Je m'intéressais à ces problématiques depuis longtemps, mais seule, je n'avais ni le temps ni l'énergie pour agir et j'en étais très frustrée. La solidarité du groupe m'a permis de passer à l'action », sourit-elle.

Cette solidarité se poursuivra dans la vie quotidienne. Car le président d'éCOhabitons rêve déjà de partager, en plus des salles communes, des voitures électriques ou des vélos. Sans oublier de menus services - élaboration de repas ou garde d'enfants -, que les habitants pourront se rendre entre eux. Des ateliers, couture ou cuisine, par exemple, permettront aussi à certains, en particulier les personnes âgées, de transmettre leur savoir-faire. « Il n'y a pas d'obligations, nous ne sommes pas une bande d'amis, et d'ailleurs, nous ne sommes pas toujours d'accord, mais nos discussions sont placées sous le signe de la bienveillance et chacun d'entre nous veut faire en sorte de faciliter la vie des cohabitants de Casalez », résume Bruno Chichignoud.

Médaille d'or

Le projet de Prades-le-Lez, sociétal, avec une nouvelle façon de vivre ensemble, écologique, en ce qui concerne la rénovation, la construction et la vie de tous les jours, et économique, puisqu'il offre à certains de se loger sans grands frais et à des personnes âgées de vivre dans un lieu plus plaisant qu'une coûteuse maison de retraite, est également vertueux en matière d'aménagement du territoire, car il s'appuie sur des fondations existantes. En 2019, il s'est vu décerner le titre de bâtiment durable Occitanie. « Nous avons donné une médaille d'or au projet pour la conception du bâtiment, précise Sandrine Castanié, chef de performance projets pour Envirobat Occitanie, une association de professionnels du secteur de la construction durable qui joue le rôle de centre de ressources pour la région. Nous avons aussi évalué l'aspect participatif. Dans nos critères, nous le valorisons en donnant des points en plus. » La raison de ce bonus ? « Nous notons que lorsque le projet est participatif, les futurs habitants se l'approprient mieux et qu'il est plus performant par rapport à une réalisation classique, à l'issue de laquelle les futurs habitants reçoivent simplement les clés », répond-elle.

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Commentaire 1
à écrit le 13/11/2022 à 8:40
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Vu la spéculation outrancière immobilière il faut trouver d'autres solutions que le marché classique devenu prohibitif et le partage vient de suite à l'esprit. Des auberges espagnoles partout afin que les jeunes puissent s'y épanouir.

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