... mes-nous prêts à (dé)construire ? », actuellement en kiosque).
Le chantier du Grand Paris Express va générer 45 millions de tonnes de terre ! Et si, plutôt que d'enfouir cette montagne de remblais, on la réutilisait pour produire des matériaux de construction ? C'est ce que propose la fabrique Cycle Terre à Sevran (93). Ce projet d'économie circulaire soutenu par la municipalité sevranaise a développé une chaîne de valeurs en trois étapes : récupérer, trier, valoriser.
Construire en terre crue est une technique très ancienne - des maisons en adobe (argile et paille) datant de 6 000 ans avant J.-C. ont été retrouvées au Turkménistan - et très répandue : on estime que plus d'un tiers de l'habitat humain est en terre crue. C'est le matériau écologique par excellence : pas de cuisson et des transports courts (la ressource est locale), donc très peu d'énergie grise, recyclable à 100 % et sans aucun produit chimique. Sans oublier une bonne inertie thermique et une régulation du taux d'humidité. Selon les Cahiers Techniques du Bâtiment, une brique de terre crue peut capter 3 % de son poids en vapeur d'eau, restituée ensuite dans la pièce lorsque l'humidité relative diminue. Un échange dynamique qui permet de maintenir une hygrométrie quasi constante. Néanmoins, il faut lui adjoindre un matériau isolant pour la protéger du gel et de l'eau, isolant qui peut être un biomatériau comme la paille ou le chanvre, et le coût de construction est plus élevé que pour le béton car peu d'entreprises possèdent le savoir-faire nécessaire. Enfin, la terre crue a moins de plasticité que le béton. La RE 2020, nouvelle réglementation qui vise à améliorer la performance énergétique des bâtiments, pourrait lui donner un nouvel élan. « Comment réintégrer ce matériau encore peu utilisé à l'architecture urbaine ? C'est le pari de Cycle Terre » explique Sylvia Escovici, urbaniste chargée du projet à la mairie de Sevran. Cycle Terre a construit une fabrique de 3 100 m2 qui comprend des espaces de fabrication, une zone de livraison et de préparation, une zone de production, un tunnel de séchage et une zone de stockage des produits finis. La fabrique produit ainsi des blocs de terre comprimée (BTC), des blocs de terre comprimée stabilisée (BTCS), des panneaux d'argile extrudée ainsi que des enduits et mortiers. « Pour l'instant, la construction en terre crue concerne des opérations exceptionnelles, comme l'école primaire Miriam Makeba à Nanterre (92), livrée par l'agence d'architectes TOA. Notre objectif est de changer d'échelle et de permettre à n'importe quel promoteur ou bailleur social de pouvoir utiliser facilement ce matériau » précise Sylvia Escovici. Selon l'urbaniste, une simple couche d'enduit en terre crue permet de faire baisser le niveau sonore, une propriété très appréciée dans les cantines scolaires... Peut-on réaliser des immeubles entiers de cette manière ? « Oui, mais ce n'est pas le plus intéressant. La filière n'est pas encore mûre pour des bâtiments 100 % terre. En revanche, on peut associer les différents matériaux biosourcés : du bois pour la structure, de la paille pour l'isolation thermique et la terre crue pour le remplissage. Chaque matériau complète l'autre. Dans l'idéal, tout bâtiment construit en Île-de-France devrait comporter un pourcentage de terre crue » estime Sylvia Escovici. Le carnet de commandes 2023/2024 de Cycle Terre commence à se remplir. La chargée de projet constate un fort engouement de la part des prescripteurs, bureaux d'études et architectes. Des visites de la fabrique sont organisées pour les professionnels et le grand public. Le facteur prix représente encore un blocage, mais Cycle Terre compte baisser les coûts en massifiant la production. « Si on prend en compte la totalité de la construction, le surcoût est minime » assure Sylvia Escovici. Les premiers immeubles de logement incorporant ce matériau devraient bientôt sortir de terre.