« Comme architecte, on compose avec le réel, parfois on "ré-architecture" l’existant » (Sophie Denissof)
Propos recueillis par Laurent-David Samama
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Votre itinéraire d'architecte commence avec Roland Castro et cette initiative nommée Banlieue 89 soucieuse d'améliorer l'urbanisme en banlieue. Pourriez-vous nous en dire quelques mots ?
SOPHIE DENISSOF- J'ai commencé à travailler il y a quarante ans maintenant avec Roland Castro. C'était au début des années 1980. Il était mon enseignant à l'école de Paris La Villette et, au même titre qu'Antoine Grumbach et Michel Vernes, il y avait toute une génération de profs qui incarnait la tendance du retour à la ville. Cette génération portait un regard critique sur l'héritage du mouvement moderne dans la fabrication des villes, héritage qui a laissé des traces violentes sur l'urbain et les territoires. Une génération qui avait également révolutionné l'enseignement des beaux-arts, s'était engagée politiquement. Son idée était de replacer l'habitat au cœur des préoccupations des architectes. Et puis, c'est évidemment l'arrivée de Mitterrand et de la gauche au pouvoir. Un moment d'enthousiasme et d'espoir, une période très riche.
Cet enthousiasme-là, ce mouvement politique qui voulait changer la vie, ont-ils eu une influence directe sur votre vision de l'architecture ?
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S.D. C'était un environnement extrêmement stimulant intellectuellement et dans la pratique. L'agence était emportée par le militantisme citoyen de Roland Castro (ce dernier fut d'abord maoïste, puis socialiste avant de soutenir, plus récemment, Emmanuel Macron, N.D.L.R.). La mission Banlieue 89 que portaient Roland Castro et Michel Cantal-Dupart était un changement de regard sur la banlieue, à l'opposé de l'urbanisme traditionnel : c'était précurseur. Elle visait à l'émancipation des villes de banlieue en incitant les maires à se saisir de la fabrication urbaine, en appelant les architectes à jouer un nouveau rôle moteur en se plaçant en amont des projets et des acteurs politiques et économiques, sans laisser ce champ aux seuls ingénieurs des Ponts. Cette démarche était à la fois incitative et prospective. Elle a débouché sur plus de 120 projets dans toute la France et la fabrication du premier plan du Grand Paris.
Propos recueillis par Laurent-David Samama