« L’eau est le miroir de nos sociétés » (Erik Orsenna)
Propos recueillis par Valérie Abrial et David Medioni
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Photo d'illustration
Denis Allard/Leextra pour La Tribune
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Académicien, Prix Goncourt, économiste, touche-à-tout brillant, Erik Orsenna est l'auteur de nombreux essais et romans, ainsi que le président d'« Initiatives pour l'avenir des grands fleuves ». Lorsqu'il nous reçoit chez lui, en toute simplicité et convivialité, on devine que l'homme ne s'encombre ni de titres, ni de parcours honorifiques, mais qu'il est animé par l'envie de transmettre et de partager sa passion. Un besoin tout naturel pour cet ancien prof qui manie l'art de conter les vies, les expériences et les savoirs comme personne.
Sa passion ce jour-là - car l'homme en a plusieurs - c'est l'eau ! Celle de sa Bretagne natale et de l'Atlantique sur lequel il aime tant naviguer, celle qu'il a tracée dans le monde entier pour son enquête sur L'Avenir de l'eau parue en 2009 (Fayard), celle qui viendra sans doute à manquer si l'on ne fait rien. Or, selon notre hôte, aborder la question de l'eau par le biais des fleuves facilite la recherche de solutions concrètes. Rencontre pour un entretien aussi vivifiant qu'inspirant.
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LA TRIBUNE- Vous êtes président d'Initiatives pour l'avenir des grands fleuves. Pourquoi avez-vous décidé de vous axer sur la défense des fleuves et de sensibiliser la population aux problématiques de l'eau à travers cette question ?
ERIK ORSENNA- Ce qui est très frappant c'est de voir les incohérences des choix du savoir. On a mis des moyens énormes sur l'espace, mais on ne connaît pas le fond des mers. C'est-à-dire à quelques kilomètres seulement... De même, avec l'avènement des COP, nous avons très vite réfléchi à la qualité de l'air, mais nous ne nous sommes pas intéressés aux océans, et encore moins aux fleuves, qui sont pourtant au cœur de la question de la dépollution. C'est pour cela que, il y a cinq ans, nous avons créé avec Laurence Borie-Bancel l'association pour l'avenir des grands fleuves. Nous comptons vingt savants venus de partout dans le monde qui réfléchissent à l'avenir des fleuves. Pourquoi les fleuves, demandez-vous ? Pour une raison simple : parce que l'eau est une matière, quand le fleuve est un personnage. Vous ne pouvez pas défendre une matière, en revanche il est facile de défendre, d'adopter, de respecter et d'aimer un personnage, un être vivant.
Propos recueillis par Valérie Abrial et David Medioni