À contre-courant de la baisse de fréquentation des salles obscures en France, les cinémas de quartier nantais retrouvent progressivement la santé et retroussent leurs manches. Deux projets d’investissement sont en cours, l’un privé, l’autre public pour accompagner l’engouement du public pour les cinémas d’art et essai de proximité, plus en phase avec l’évolution de la société vers les transitions écologiques. Au grand dam des multiplexes, devenus le symbole d’un autre temps.Les cinémas de quartier redeviennent tendance... À Nantes, après avoir fermé les unes après les autres (le Bretagne, l'Olympic, l'Apollo, le Colisée...) au profit des multiplexes (UGC, Pathé, Ciné Pôle Sud...) venus s'implanter pour la plupart en périphérie depuis le début des années 1990, les « petites salles » classées Art et Essai connaissent un regain d'intérêt aux yeux d'un public devenu plus sensible aux questions écologiques, et donc plus attentif à ses déplacements.
En témoigne, les deux projets d'agrandissement portés par le Concorde et le Cinématographe, à saturation depuis une dizaine d'années, où les taux de remplissage dépassaient les 30%, contre 17% pour la moyenne nationale et 10% pour les seuls multiplexes.
L'agrandissement du Concorde, parce que « les envies ont évolué »
Sylvain Clochard, propriétaire du Concorde, cinéma indépendant centenaire qui revendique 115.000 à 125.000 entrées par an, dont moins d'un tiers provient du quartier même, situé dans la partie ouest du centre-ville de Nantes, explique son projet par la nécessité de mieux accompagner l'évolution sociétale de sa clientèle.
« C'est une logique proche de celle de la grande distribution qui réinvestit les centres-villes après avoir implanté des mastodontes en périphérie. L'époque a changé. Le Covid a été un accélérateur de tendances. Les envies ont évolué. Au début des années 2000, les gens prenaient leur voiture pour aller chez Ikea faire leurs courses dans une grande surface et se faire une séance dans un complexe cinématographique. Aujourd'hui, à l'heure des mobilités douces, ils préfèrent prendre leur vélo pour venir voir un film ou débattre à côté de chez eux », explique-t-il.
C'est en tout cas à cet emplacement-là, après avoir étudié moult possibilités de transfert, que devrait avoir lieu l'agrandissement de cette figure nantaise.
Devenir un lieu de vie
Longtemps bloqué par les habitations mitoyennes, le projet d'extension du cinéma indépendant a vu son horizon s'éclaircir quand, à partir de 2010, les acquisitions foncières voisines sont devenues possibles. Désormais sur les rails, le projet vise aujourd'hui la construction de six nouvelles salles, et la transformation des quatre existantes en un espace convivial et commercial amovible, doté d'un gradin escamotable où seront organisés des expositions, des débats, des projections de diffusions alternatives, de court-métrages de scolaires et d'écoles de cinéma nantaises, de contenus audiovisuels, des contes, de spectacles vivants. Le site pourrait aussi devenir un lieu de tournage et de diffusion de clips musicaux...