Creasynth vulgarise la réalité virtuelle pour les PME

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Le projet AVR-TED de Creasynth a reçu un « EPIC Megagrants » décerné par le studio américain, Epic Games, spécialiste du jeu vidéo, pour la modularité et la prise en main par des non techniciens 3D de sa solution.
Le projet AVR-TED de Creasynth a reçu un « EPIC Megagrants » décerné par le studio américain, Epic Games, spécialiste du jeu vidéo, pour la modularité et la prise en main par des non techniciens 3D de sa solution. (Crédits : Creasynth)
Creasynth veut accélérer la prise en main de la réalité virtuelle dans les PME. La start-up nazairienne vient de mettre au point une solution simplifiée, customisable pour que le premier venu, ou presque, puisse apprivoiser la 3D en temps réel pour ses prototypages.

« C'est un outil capable de concevoir et de visualiser des objets dans un environnement, un outil qui simule le fonctionnement d'une usine ou d'un site industriel ou mesure le comportement et les réactions d'une personne face à une situation complexe... Tout cela en 3D temps réel et paramétrable dans tous les sens », explique David Cragné, fondateur de Creasynth à Saint-Nazaire, qui vient de finaliser la solution AVR-TED, un outil simplifié intégrant des modules de simulation, des automatismes industriels, des applications de réalité virtuelle et augmenté... greffés sur la plateforme ouverte Unreal Engine 4, conçue pour gérer ces différentes technologies et accessible gratuitement. «Toutes ces technologies existent sur le marché mais sont souvent peu compatibles entre elles et relativement complexes d'utilisation pour un non spécialiste. Alors, nous avons développé un flux homogène facilement utilisable par un non initié ». C'est tout le pari de Creasynth qui entend démocratiser la réalité virtuelle et la 3 D en temps réel auprès des PME, où selon,  Olivier Dario, Délégué général du Symop (Syndicat des Machines et des Outils de Production)« seules 10% d'entre elles ont, à ce jour, intégré des technologies du futur.»

Des machines et des hommes

 « Il ne s'agit pas d'acquérir un outil de réalité virtuelle et de se demander ce que l'on peut faire avec. On s'adresse plutôt à des gens qui sont face à une problématique et comment la réalité virtuelle va pouvoir les aider à la résoudre. Ce n'est pas la PME qui s'adapte à l'outil mais l'outil qui s'adapte aux usages de la PME », argumente David Cragné venu du monde de l'ingénierie mécanique, de la production audiovisuelle et des effets spéciaux avant de se casser les dents sur un business plan autour de la restitution en 3D en temps réel en 2010. « A l'époque, le marché et les technologies n'étaient pas mûrs. La gestion de la lumière impose d'importantes rapidité de calcul. Ce qui prenait quatre jours se fait aujourd'hui en dix minutes », dit-il.

En 2016, il fonde Creasynth. Et créé des environnements virtuels pour les architectes. « Pour qu'ils montrent qu'il est possible de se balader, de bouger, de déplacer des meubles dans une maison ou un immeuble à l'échelle 1, faire varier la lumière... », indique David Cragné. Très vite, l'ingénieur veut y ajouter de l'humain et s'intéresse à la gestion des flux. « 50% des projets pédagogiques sur lesquels nous intervenons s'intéressent à l'empathie, aux émotions, aux réactions des gens. Quand on immerge des opérateurs dans un environnement industriel, il ne s'agit pas uniquement de mesurer leurs compétences techniques mais aussi d'appréhender l'aspect humain. Leur comportement varie selon leur caractère », observe David Cragné qui a trouvé dans l'industrie un environnement propice à ce développement.

Ce fût le cas avec l'Union des Industries et des Métiers de la Métallurgie (UIMM) de Bretagne, à Saint-Nicolas-de-Redon (56) où Creasynth a modélisé un simulateur de lignes industrielles, avec ses machines-outils, ses cuves, ses automates, ses capteurs de niveaux... le tout paramétrable à loisir. Hyperréaliste, l'ensemble permet de faire oublier la technique et de faire émerger les comportements des opérateurs. Au point que lors d'une formation, la peur d'un incendie subitement déclaré, a incité le stagiaire à faire évacuer les avatars par les issues de secours comme s'il était dans la vraie vie...

Multiplier les scénarios et réduire les déchets

« La 3D temps réel ne génère pas d'argent proprement dit mais va résoudre des problèmes qui peuvent coûter dix fois plus chers que l'investissement. Tout le ROI est là. Utilisable dans diverses applications comme la conception d'objets dont on peut faire varier les couleurs, les matières... la 3D temps réel permet de multiplier les scénarios, d'éviter de construire de multiples et couteux prototypes, de réduire les déchets et limiter les déplacements pour valider un projet», assure David Cragné. De quelques milliers d'euros pour la version la plus simple,  le prix de la solution peut atteindre jusqu'à 100.000 euros pour les projets plus sophistiqués, selon le type de modules utilisés et le temps de développement.

« Depuis un an, nous avons eu recours à cette technologie pour des présentations marketing pour tous les projets de navires civils et militaires», témoigne Frédéric Savarin, chef de projet et architecte naval au Chantier de l'Atlantique dont l'équipe testait la solution beta d'AVR-TED. « Il s'opère une véritable révolution dans les outils immersifs et, en interne, nous cherchions une solution multisupports capable d'afficher des rendus de présentation de grande qualité et de lire en temps réels des fichiers de données importants. Une maquette qui ne soit pas un cul de sac et d'où l'on puisse extraire différents supports de tout ou partie des navires comme des films, des vidéos 360°, des exécutables... avec toujours le même grade qualité». Sur un marché de « l'immersif » en pleine évolution, entre l'offre contraignante des éditeurs de logiciels (Autodesk...) et les produits grand public, les solutions intermédiaires, faute de pouvoir être suffisamment paramétrables, ne rentraient pas dans le cahier des charges. « La solution AVR-TED nous permet de nous affranchir des grands éditeurs de logiciels qui nous imposent des mises à jour avec le risque de perdre nos données, nos bibliothèques... » égratigne Frédéric Savarin, dont les équipes se sont jetés à l'eau après huit jours de formation. Outre une présentation de l'ensemble du navire en 3D, le système permet aux armateurs du jauger de diverses ambiances dans les futures salles de restaurants,  de spectacle... de simuler la synchronisation d'équipements comme les ascenseurs ou des embarcations de sauvetage. Comme dans une maquette à l'échelle 1. « En plus de l'aspect expressif, cet outil nous permet d'optimiser les coûts de production et de gagner du temps dans la conception d'un navire. Notre métier n'est pas de faire de l'imagerie», dit-il, convaincu que cette solution s'adresse aux grandes comme aux petites entreprises.

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