C'est un concept unique au monde qui ouvre la voie à de véritables sites de production massive d'énergie verte en haute mer pour une livraison d'électricité, d'hydrogène ou de méthanol au plus proche de son usage. « L'idée de Farwind Energy, c'est d'amener une solution pour résoudre un problème pour accéder à un marché...», résume Arnaud Poitou, président de la startup, incubée par l'Ecole Centrale de Nantes (1), dont il fût directeur de 2012 à 2020. Le problème, c'est que les vents de meilleure qualité se situent très au large. « Et que nous n'avions pas les technos pour aller au-delà de cent kilomètres », dit-il. D'où l'idée des ingénieurs Jean-Christophe Gillotteaux et Aurélien Babarit, spécialisés en hydrodynamique et en énergie des océans, d'ouvrir une troisième voie, complémentaire à l'éolien terrestre et off-shore, avec un navire hydrolien, capable d'aller chercher et affronter des vents aux capacités infinies, de stocker l'énergie à bord sous la forme d'électricité, d'hydrogène ou, en y ajoutant du CO2, du méthanol.
Après des années de recherche, l'engin, à l'échelle du 1/14ème, conçu à partir d'une plateforme de catamaran Hobbie cat de 5,5 mètres, a été testé sur le Lac de Viorreau, à Joué-sur Erdre (44). Un lieu où les vagues d'un mètre sont représentatives des conditions affrontées par un navire de 80 mètres en pleine mer. « Toutes les techniques ont été qualifiées et le démonstrateur a validé l'ensemble des briques », se réjouit Aurélien Babarit. Pour cela, Farwind Energy s'est entourée de plusieurs savoir-faire. Le spécialiste de la propulsion EN Moteurs, réputé pour intervenir sur les systèmes de propulsion des sous-marins Français Barracuda est intervenu concevoir un hydrogénérateur. Fixé sous le navire, de la forme d'une grosse hélice, il permet de freiner le navire à l'image d'une dynamo de vélo pour accentuer la friction et optimiser la production d'électricité stockée dans des batteries ou à l'inverse d'être utilisé comme système de propulsion moyennant une consommation de 10% à 20% de sa production. Basée dans la région nantaise, la PME LoireTech, spécialisée dans la fabrication de pièces métalliques et composites complexes a réalisé les rotors Flettner, destiné à remplacer les voiles pour faire avancer le navire. Un cylindre motorisé, haut de 3 mètres, qui équivaut à 10 mètres de voiles souples sur le démonstrateur. A terme, ces rotors mesureront 50 mètres de de haut. Le navire sera autonome téléopéré par une vedette accompagnatrice d'où l'équipage pilotera un ou plusieurs bateaux pour trouver le bon couple et maximiser la production. La société nantaise Meltemus a, quant à elle, développé un logiciel de routage permettant de surveiller et d'intervenir sur la navigation des navires.