Airbus Nantes et son écosystème s’engagent dans la co-fabrication des réservoirs à hydrogène de l’avion du futur

Annoncée par Airbus, la création de deux centres de développement Zéro-Emission à Nantes et à Brême, en Allemagne, destinés à mettre au point les futurs réservoirs à hydrogène de l’avion du futur doit mettre à profit les savoir-faire de l’écosystème ligérien et les synergies avec le site Airbus de Brême.

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Le site d’Airbus à Nantes a été sélectionné pour la création d'un centre de développement des réservoirs cryogéniques de l'avion du futur  en raison de ses compétences approfondies en matière d’intégration de structures métalliques liées au caisson central de voilure, ce dernier servant parfois de réservoir central.
Le site d’Airbus à Nantes a été sélectionné pour la création d'un centre de développement des réservoirs cryogéniques de l'avion du futur en raison de ses compétences approfondies en matière d’intégration de structures métalliques liées au caisson central de voilure, ce dernier servant parfois de réservoir central. (Crédits : Frederic Thual)

C'est à la fois un soutien institutionnel, financier et des réseaux locaux qu'Airbus est venu chercher dans les Pays de la Loire pour construire l'un des deux Centres de Développement Zéro-Emission (ZEDC) destiné à produire des réservoirs cryogéniques à un coût compétitif » pour équiper l'avion à hydrogène ZEROe dont les premiers essais en vol sont programmés pour 2025. Au-delà de l'écosystème, l'appui est d'abord institutionnel et financier. Auteur d'une feuille de route Hydrogène dotée d'un budget de 100 millions d'euros en juillet 2020 en vue de constituer une filière, le Conseil régional était tout ouïe quand, il y a six mois, Airbus lui a exposé l'ambitieux projet. Depuis les réunions hebdomadaires se sont enchaînées jusqu'à l'annonce du soutien de la région à hauteur de 3,3 millions d'euros. Et surtout, la collectivité s'est engagée à peser de tout son poids pour décrocher des fonds complémentaires auprès de l'Ademe (l'agence de la transition écologique), dont l'intervention pourrait s'élever entre 3 et 4 millions d'euros et du CORAC (Conseil pour la Recherche Aéronautique Civile), pour décrocher des fonds européens. En compétition avec plusieurs sites français, dont l'Occitanie, la région des Pays de la Loire veut croire à « l'effet feuille de route hydrogène » pour expliquer l'investissement prévu dans la région nantaise.

« En tous cas, ils -l'Occitanie- n'y sont plus », constate-t-on à la région des Pays de la Loire, où l'on entend bien saisir cette opportunité pour s'afficher comme le territoire de l'hydrogène qui verra à l'automne prochain le lancement du premier site de production d'hydrogène vert français (Lhyfe) à Bouin, sur la côte vendéenne.

Toute une histoire à écrire

A Nantes, ce sont « les compétences approfondies en matière d'intégration de structures métalliques liées au caisson central de voilure, utilisé parfois comme réservoir central, pour la sécurité des avions commerciaux et son expérience en co-design sur les entrées d'air de nacelles, les radômes et les ensembles structuraux complexes du fuselage central », qui auraient été déterminantes dans le choix du lieu d'implantation, selon Airbus.

Et François Paynot, directeur du site Airbus de Nantes, d'ajouter : «C'est d'abord un sujet de fierté pour le site de Nantes et une reconnaissance des compétences acquises à travers les technologies métalliques, composites et d'intégration pour développer, cette fois, la structure d'un réservoir en mode cryogénique.C'est un projet complexe. Il s'agit de mettre dans un avion, un réservoir qui contiendra de l'hydrogène liquide à -250°,  sera en mesure d'être rechargé pour revoler, et qui doit fonctionner toute la durée de vie de l'avion », résume François Paynot.«Or, on part vraiment d'une feuille blanche, et il s'agit maintenant d'écrire l'histoire », dit-il .  Une aventure industrielle où devraient se greffer l'Institut de Recherche Technologique (IRT) Jules Vernes, le pôle de compétitivité EMC2, les Technocampus Composites et Océan, les écoles d'ingénieurs nantaises (Centrale, IMT atlantique...) déjà habitués à travailler avec Airbus sur divers programmes de recherche.

 La somme des collaborations

Si le site de Nantes, toujours affecté par des diminutions de cadences de 30% à 40%, ne peut encore pas parler de bouffée d'oxygène, ce projet d'avion décarboné lui ouvre des perspectives intéressantes à moyen terme. « On ne parle pas encore de production. L'objectif est d'être en mesure de travailler avec des entreprises autour de chez nous, de développer la supply chain (chaîne des fournisseurs) autour de ces nouveaux produits. Airbus ne va pas tout faire », indique François Paynot.

Dans tous les cas, pour être au rendez-vous du premier essai en vol prévu pour 2025, il faudra être prêt pour 2023. « C'est une affaire de collaboration. Et c'est la somme des écosystèmes nantais et bremois qui va permettre d'avancer sur un domaine à découvrir », dit-il.

Selon Airbus, le site de Brême a été choisi en raison de sa longue expérience en matière d'hydrogène liquide (LH2) au sein de Defence and Space et d'Ariane Group, et se concentrera dans un premier temps sur l'installation système ainsi que sur l'ensemble des tests cryogéniques des réservoirs. A l'invitation du conseil régional, une délégation de Brême est d'ailleurs attendue le 5 juillet prochain sur les bords de la Loire.

Dans un premier temps, le site d'Airbus à Nantes devrait mobiliser une dizaine de personnes pour la R&D. « Puis vraisemblablement trente à cinquante personnes », estime un acteur du projet, qui table sur un investissement de plus de 60 millions d'euros sur les sites de Nantes et de Brême.

Du métallique au composite

L'écosystème ligérien va être mis à contribution. S'il n'est pas officiellement sollicité, l'IRT Jules Verne, déjà mobilisé sur des questions de mobilité (terrestre, fluviale et maritime) et de conversion est d'ores et déjà embarqué aux côtés des IRT M2P et Saint-Exupéry et au CEA pour construire un programme de R&D dédié à la thématique du stockage embarqué de l'hydrogène liquide (réservoirs). L'approche associe à la fois la filière aéronautique, la filière transports terrestres et la filière navale. Selon, l'IRT Jules Verne qui pilote le projet, le ferroviaire pourrait également rejoindre le consortium, permettant ainsi de partager les expériences antérieures et de mutualiser les développements. Démarré en 2021, ce programme de R&D vise à apporter sur le marché des technologies de rupture favorisant l'essor de l'économie de l'hydrogène avec le lancement de premiers projets dès l'été. Car, « si dans un premier temps, les réservoirs à hydrogène destinés à l'aviation commerciale seront métalliques. Une évolution vers des structures composites carbone est envisageable à plus long terme », esquisse Airbus. Les briques s'assemblent.

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