Totalement arrêté en avril dernier en raison de la propagation de la grippe aviaire dans les Pays de la Loire, le producteur de foie gras vendéen Ernest Soulard revient sur un marché où la hausse des matières premières et de l’énergie risquent une nouvelle fois de faire grimper des cours, qui l’an dernier ont déjà pris 30%. La période des fêtes de fin d’années va être déterminante.« On est content de revoir du monde sur le parking ! En 85 ans d'existence, c'est la première fois que nous ayons dû arrêter totalement l'activité », explique Magali Panau-Soulard, présidente de l'entreprise familiale Ernest Soulard, spécialiste du canard et producteur de foie gras, aux Essarts en Bocage, en Vendée, où l'activité vient d'être relancée après six mois d'interruption. « En raison du manque de canetons, on redémarre à 40% et on espère retrouver les 100% fin décembre et avoir des volumes normaux en début d'année prochaine », estime-t-elle. Tout dépendra de la montée en puissance des accouveurs Orvia et Grimaud, qui fournissent 72% des canetons utilisés par la filière foie gras en France.
811 foyers d'influenza aviaire en Pays de la Loire
Jusque-là épargnée en raison de l'enfermement des canards et la mise en œuvre de mesures de biosécurité, la région des Pays de la Loire n'est, cette fois, pas passée entre les gouttes du quatrième épisode de l'influenza aviaire. « Les scientifiques expliquent cette diffusion de plusieurs manières ; la migration d'oiseaux sauvages à l'intérieur des terres, proche des élevages en raison de la sécheresse, de la force des vents et des tempêtes, de l'épandage, des transports, de la mutation du virus ... », précise Magali Panau-Soulard.
Sur les seize millions de volailles abattues en France, onze millions se trouvaient en Vendée. En juin dernier, soit quatre mois après la découverte du premier foyer, les Pays de la Loire auraient, selon les services de la préfecture, traité 811 foyers d'influenza aviaire hautement pathogène (IAHP) en élevage en Vendée, dans le Maine et Loire et la Loire-Atlantique. Avant d'engager un repeuplement progressif et contrôlé à partir de l'été dernier.
Pour Soulard, spécialisé dans les métiers du frais, qui collabore avec 250 éleveurs dans un rayon de 80 km, la sanction est sévère. « Nous avons perdu 1,2 million de canards, soit 75% de notre cheptel », mentionne la cheffe d'entreprise, qui a rapidement dû fermer son propre couvoir à Remouillé (44) et la Cuisine de Constance, un outil industriel de 7.000 m², lancé en 2020 pour élaborer foies gras et confits de canard, innover, inventer des nouvelles recettes, diversifier les activités.... « Nous sommes mono-produits, mais il y a énormément de façon de valoriser le canard », reconnait la présidente d'Ernest Soulard, dont 45% de la production est vendu à la restauration, 20% à la grande distribution, et le reste vers l'industrie et les particuliers, via sa propre boutique et un réseau de vente à la ferme. Autant de secteur déjà impactés par le Covid.