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Renault embarque sur le cargo à voiles de Neoline pour réduire son empreinte carbone

Frédéric Thual, à Nantes

Publié le 30 novembre 2018 à 04:28 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 00:14

Neoline, Renault, cargos à voiles,

Neoline, Renault, cargos à voiles,

Mauric/Neoline-Renault

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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Le constructeur automobile Renault l'a annoncé à l'occasion des Assises de la Mer, à Brest. A partir de 2020 ou 2021, il utilisera les cargos à voiles imaginés par la start-up nantaise Neoline pour transporter des véhicules entre Saint-Nazaire et Saint-Pierre et Miquelon. Objectif affiché : réduire l'empreinte écologique de chaque véhicule tout au long de son cycle de vie.

Joli coup de filet pour la startup nantaise Neoline. A l'occasion des dernières Assises de la Mer qui se sont tenues à Brest les 27 et 28 novembre, le constructeur automobile Renault a annoncé la signature d'un partenariat de trois ans avec Neoline, jeune entreprise nantaise qui a imaginé la construction de deux cargos, de type roulier, de 136 mètres de long, propulsés à la voile pour traverser l'Atlantique et relancer le fret à la voile.

« L'ambition du Groupe Renault est de réduire l'empreinte écologique de chaque véhicule tout au long de son cycle de vie, depuis l'acheminement des pièces de fabrication jusqu'à la livraison et le traitement en fin de vie. La solution imaginée par Neoline contribue à l'exploration de nouvelles solutions de mobilité durable et à soutenir la trajectoire de réduction de notre empreinte carbone»,a indiqué Jean-Philippe Hermine, directeur stratégie et plan environnement groupe Renault.

Le constructeur automobile s'est fixé l'objectif de réduire son empreinte carbone de 25% entre 2010 et 2022, dont 6% grâce aux interventions menées sur la supply chain. Déjà, 60% des pièces et véhicules produites par le groupe transitent par voie maritime. La solution offerte par Neoline permettrait au groupe Renault de gagner une semaine sur ses temps de transport, les pièces et véhicules étant jusque-là obligés de transiter par Halifax.

La promesse de réduire de 90% les émissions de CO2

« Depuis près de 10 ans, nous travaillons à identifier des solutions plus respectueuses de l'environnement comme par exemple : l'optimisation du taux de remplissage des conteneurs et des camions, l'éco-conception de nos emballages et le recours au multimodal. Nous développons aussi d'autres initiatives telles que le transport au gaz naturel entre fournisseurs de pièces et sites de production, l'évaluation des performances environnementales des transporteurs, la modernisation des flottes de camions, ou encore l'optimisation de nos flux pour réduire le nombre de kilomètres parcourus et supprimer les trajets à vide », précise Jean-François Salles, directeur programmation industrielle de l'Alliance Renault-Nissan-Mitsubishi, dont le partenariat crédibilise le pari fait par Neoline. A savoir concevoir un démonstrateur commercial capable de réduire jusqu'à 90% des émissions de CO2, comparé à un cargo traditionnel sur un trajet équivalent.

Plutôt un trafic de niches

La startup ambitionne de lancer une ligne-pilote transatlantique dès 2020.  « On veut offrir aux chargeurs la possibilité de transporter du fret (notamment roulant, hors normes, colis lourds et 286 conteneurs) entièrement protégé en cale et garage vers des secteurs jusque-là peu desservis et sans rupture de charge », explique Jean Zanuttini, l'un des fondateurs de Neoline, qui réunit des professionnels du transport maritime. Grâce à un ensemble de ponts mobiles, les capacités de transport sont optimisées pour charger à la fois des frets légers, mais aussi des colis hors gabarit pouvant atteindre jusqu'à 9,8 m de haut et peser 200 tonnes, sans avoir recours à des appareils de levage. De type Roro, le Neoliner dispose d'une capacité de 1.500 mètres linéaires pour embarquer 500 voitures, ou 280 conteneurs (EVP) ou 5.000 tonnes de fret conventionnel. Un dimensionnement pensé pour éviter la concurrence des lignes principales qui bénéficient d'un fort effet d'échelle. Neoline choisit plutôt un trafic de niches.

Financement et construction en chantier

Pour Neoline, il s'agit d'effectuer une boucle entre Saint-Nazaire, Bilbao, Charleston, Baltimore, Saint-Pierre et Miquelon, et Saint-Nazaire. Le trajet devrait durer entre 11 et 13,5 jours. Pour Renault, les navires devraient embarquer 50 à 100 véhicules par an au gré de deux rotations mensuelles à destination de Saint-Pierre et Miquelon. Une participation modeste « mais qui a valeur d'expérimentation. Elle montre que notre positionnement est bon et préfigure la mise en place d'un ligne plus massifiée », estime Jean Zanuttini.

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L'implication du constructeur automobile dans ce projet « d'armateurs », labellisé par le pôle Mer Bretagne et le pôle de compétitivité EMC2, devrait aussi permettre de travailler sur la question des batteries. Doté de 4.200 m² de voiles et d'un moteur diesel électrique de 4.000 Kw, nécessaire aux manœuvres, les navires devraient atteindre une vitesse moyenne de 11 nœuds.  « Alors que le fret maritime traditionnel représente près de 3% des émissions de CO2 en Europe*, NEOLINE a vocation à constituer une réponse française innovante à un défi environnemental universel tout en restant dans un cadre industriel et compétitif », souligne le co-fondateur de Neoline.  L'enjeu est là.

[Cargo à voile de Neoline. Crédit : Mauric. Cliquez sur l'image de synthèse pour l'agrandir.]

Pour rester compétitif, Neoline va devoir multiplier les contrats pour fiabiliser une ligne principalement conçue pour accueillir du fret hors gabarit. « Nous avons rencontré une quinzaine d'acteurs et identifié suffisamment de fret pour rentabiliser la ligne. Mais, ce sont des projets qui prennent du temps. Il faut assembler les pièces du puzzle », observe Jean Zanuttini.

Lancés l'été dernier, les appels d'offres pour la construction des deux navires pourraient intervenir d'ici la fin de l'année ou en début d'année prochaine. Si les propositions se sont avérées très convaincantes pour la partie innovante des Neoliners, notamment les gréements sur lesquels des entreprises de Pays de la Loire se sont habilement positionnées, en revanche, pour la construction de la coque, les offres sont apparues un peu « décevantes ».

Une dizaine de chantiers navals auraient à ce jour répondu. « On pourrait s'orienter vers une fabrication de la coque à l'étranger et des gréements en France, avec un assemblage à Saint-Nazaire piloté par le cluster Neopolia. Mais rien n'est arrêté », se projette Jean-Zanuttini.  Rien non plus du côté du financement des navires (35 millions d'euros l'unité) pour lesquels les tours de table se poursuivent. L'arrivée de Renault devrait donc donner un coup d'accélérateur au projet qui, au-delà de ces deux premiers navires, vise des tailles plus importantes et d'autres secteurs du shipping...

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Par Frédéric Thual,
correspondant de La Tribune pour les Pays de la Loire

Frédéric Thual, à Nantes

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