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RégionsPays de la Loire

Transfert, le projet nantais pour expérimenter la ville de demain

Photo de Les correspondants de La Tribune

Frédéric Thual, à Nantes

Publié le 21 septembre 2018 à 06:30 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 00:31

La police evacue un camp de 400 migrants a nantes

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À Rezé, sur les friches d'un ancien abattoir, artistes, architectes, designers, associations, startups et universitaires... sont invités à s'emparer du site pour penser et fabriquer la ville autrement. Ou comment l'art et la culture contribuent au développement de la « smart city » nantaise.

C'était une friche à l'abandon depuis une quinzaine d'années. En bordure de Loire, à deux pas du centre commercial E. Leclerc Atout Sud, de la route Nantes-Pornic, à proximité du gigantesque chantier du futur CHU. Un lieu improbable d'une quinzaine d'hectares promis pour accueillir les nouveaux habitants attendus sur la métropole nantaise d'ici à 2030, au sein du futur quartier de la Zac Pirmil-Les Isles, avec ses 4 000 nouveaux logements et ses 2 000 emplois... Mais entre-temps, depuis le 1er juillet, une nouvelle page est en train de s'écrire au sud de Nantes. Comme un intercalaire.

« Lorsque l'on a rencontré la présidente de la métropole, Johanna Rolland, on lui a présenté une expérimentation urbaine et culturelle qui ne voulait pas écrire son histoire avant de l'avoir vécue. Et cela nécessitait un budget très conséquent. Elle a dit "banco". Et ça a été la même chose avec les entreprises. Négocier de tels budgets en disant qu'on ne sait pas exactement où on va et que tu vois que ça pétille dans leurs yeux, c'est bien la preuve que même le monde de l'entreprise aujourd'hui a besoin d'utopie. De gens qui réfléchissent autrement parce que sinon, ce monde va finir par tourner en rond. La créativité, c'est ce qui va sauver le monde », raconte Nicolas Reverdito, patron de la société Pick-up Production, connue pour avoir lancé le festival nantais Hip Opsession en 2007, et cofondateur du projet Transfert, où ici, à la périphérie sud de Nantes, sur le site des anciens abattoirs de la ville, ont émergé un remorqueur, exacteur des nuits nantaises, des constructions éphémères, hétéroclites, modulaires, un chapiteau, un manège, un bâtiment de 80 m2... « Une base vie de trois hectares pour boire un verre, se restaurer, échanger... et un laboratoire d'une douzaine d'hectares, gratuit et ouvert à tous où doivent émerger des propositions culturelles, artistiques, architecturales, urbaines et sociales », résume Nicolas Reverdito, associé, pour ce challenge peu ordinaire, à la scénographe Carmen Beillevaire et au réalisateur Sébastien Marqué. Avec une ambition : créer et faire évoluer « une zone libre d'art et de culture » pour penser la ville autrement.

FAIRE SE CROISER LES EXPERTS ET LES « VRAIS » GENS

Le trio s'était déjà exprimé sur la transition d'un lieu et de vies avec l'organisation de l'exposition Entrez libre installée dans le greffe de l'ancienne maison d'arrêt de Nantes en 2017 avant le passage des tractopelles. Une dizaine d'artistes étaient invités à évoquer l'enfermement carcéral, psychologique et social. Le trio, qui a alimenté durant plusieurs années les oeuvres du Voyage à Nantes, est alors très vite reparti en quête d'un nouveau lieu de transition. « On a visité des bâtiments de ville jusqu'à tomber sur cette friche. Vierge. Alors on a monté ce projet urbain. À savoir comment ce lieu pouvait animer et influencer le futur quartier de la Zac Pirmil-Les Isles », résume le cofondateur de Transfert. Une convention d'occupation temporaire a été signée avec Nantes Métropole Aménagement jusqu'en décembre 2022.

Concentré sur l'aménagement et l'animation de la base vie pour cette première saison, le projet éphémère devrait progressivement s'ancrer sur le territoire avec la mise en oeuvre de projets collaboratifs.

« C'est une parenthèse urbaine dans le temps et l'espace, qui nourrit la fabrique à imaginaire et nous oblige à nous (ré) interroger collectivement sur quel type de ville nous souhaitons dans sa verticalité, sa densité, dans une période post-carbone. Une utopie urbaine qui montre aussi comment à Nantes, on cherche à sensibiliser tous les publics à la fabrique de la ville et du monde de demain », soutient Francky Trichet, adjoint au numérique à Nantes. Pendant les deux mois d'été, cette parenthèse urbaine a attiré 140 000 visiteurs pour des concerts, des ateliers radiophoniques pour enfants, le tournage d'un documentaire... des animations et des échanges autour du paysage, de l'artisanat d'art... Un premier succès d'estime pour ce qui, pour certains, a pu ressembler à une coûteuse fête foraine. Doté d'un budget de

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4 millions d'euros pour son année de lancement, financé 50 % par des fonds publics (Nantes Métropole pour 2,60 millions d'euros, Rezé pour 30 000 euros) et presque autant par des privés (Cogedim, Crédit Agricole Atlantique Vendée), le projet a fait tousser l'opposition rezéenne qui a refusé de voter la subvention. Un budget qui, selon Nicolas Reverdito, devrait être ramené à 2,5 ou 3 millions d'euros au cours des prochaines années. D'ici là, et d'ici mai prochain surtout (date de la réouverture du site, fermé le 8 septembre), Transfert veut mobiliser artistes, architectes, urbanistes, sociologues, designers, artisans, paysagistes, maraîchers, universitaires, associations, collectifs ou startuppeurs... « L'enjeu, c'est de faire travailler ensemble des experts et de vrais gens autour de projets participatifs », insiste Nicolas Reverdito.

UN MODÈLE ÉCONOMIQUE À EXPÉRIMENTER

Aménagé sur un ancien lit de la Loire, le laboratoire de ce parc urbain devrait, par exemple, amener des aménageurs et spécialistes des plantes à étudier quelles espèces végétales pourront être utilisées pour concevoir des oeuvres artistiques en fonction du sous-sol. Séparé de la ville de Rezé par une route à 2x2 voies, Transfert va réfléchir, avec l'Auran, l'agence d'urbanisme nantaise, à la construction d'un franchissement, à l'horizon 2020, pour faciliter les allées et venues des Rezéens. Dépourvu de parking, le site étudierait, avec l'école de design et le centre commercial voisin, un fléchage particulier pour l'utilisation du parking de l'hypermarché sans déstabiliser l'activité commerciale. « En trois mois, nous avons eu beaucoup de sollicitations, assure Nicolas Reverdito, comme ces maraîchers qui veulent expérimenter, ici, une nouvelle façon de faire du maraîchage, et d'autres autour du vivre ensemble, du circuit court, des loisirs pour enfants, de l'économie collaborative... » L'équipe d'une dizaine de personnes doit mettre à profit l'hiver pour faire émerger les projets et bâtir un modèle économique pérenne pour que l'utopie s'autofinance. « Ça fait partie de l'expérimentation », souligne le patron de Transfert, dont l'impact sur le territoire sera évalué par le Pôle des arts urbains (Polau). « On ne tire pas de plans sur la comète. En 2022, soit 90 % des projets seront portés par d'autres acteurs et l'on disparaîtra d'un coup, soit les habitants se seront approprié l'ambiance culturelle, soit le projet infusera dans le quartier, soit ce site de transition sera adapté... On ne se fixe aucun objectif, sans quoi pour l'atteindre on se détourne de l'essence même des expérimentations », rappelle Nicolas Reverdito.

Frédéric Thual, à Nantes

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