Deep Data valide le stockage des données dans les souterrains du saumurois

Frédéric Thual, à Nantes

Frédéric Thual, à Nantes
Si l'offre commerciale et les problématiques cadastrales ne sont pour l'heure pas finalisées, le consortium d'entreprises (Céleste, Sigma, Critical Building, Eliot, Enia Architectes, Caisse des Dépôts et Consignation), réuni autour du projet de data center souterrain Deep Data dans les galeries à champignons du saumurois, se réjouit des premiers résultats livrés par le démonstrateur Star DC, installé dix mètres sous terre en juillet dernier. Mis au point par l'entreprise Céleste, ce box d'une quinzaine de mètres carrés, d'une capacité de 3.200 To (téraoctects), peut héberger les données d'une dizaine de grosses PME. En toute sécurité. Et en toute confidentialité. En premier lieu, ce démonstrateur, suivi 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, a surtout permis de valider les modélisations du fonctionnement thermique et les expérimentations techniques échafaudées depuis trois ans pour utiliser la régularité d'une température ambiante maintenue naturellement entre 11°C et 12°C grâce à la forte hygrométrie du tuffeau. Et ce, quelle que soit la saison. Les ingénieurs ont ainsi écarté l'idée d'un refroidissement par air, plus coûteux... et qui aurait asséché les pierres de tuffeau. Le démonstrateur est, en fait, refroidi par une eau circulant dans des dizaines de kilomètres de tuyaux en forme de marguerite parcourant les grottes.
Sans optimisation supplémentaire, le Deep Data offre un niveau de performance énergétique - dans le jargon, on parle de PUE (pour Power Usage Effectiveness)- selon la norme habituellement utilisée, de 1,1 quand, à l'exception des installations de Google, les moyennes se situeraient plutôt autour de 1,30 à 1.35.
L'impact est loin d'être négligeable. Et pour cause, le poste de climatisation représente la plus grosse partie de la facture d'un data center. « Un appareil de 10.000 m² dépenserait autant d'électricité qu'une ville de 50.000 habitants. Le seul refroidissement des serveurs compte pour 40% de la consommation annuelle d'électricité », étaye le consortium. Ici, grâce à la dissipation thermique, l'expérimentation menée sur ce module de 20 kilowatt a montré qu'il consommait seulement 0,17 Kw pour fabriquer du froid quand un data center classique nécessite entre 5 et 15 kilowatts.
Un argument de compétitivité qui sera largement revendiqué.
Econome, écologique, modulaire et sécurisé, le concept de ce Deep Data et les milliers de kilomètres de galeries situées entre 5 et 25 mètres sous terre, délaissées par les champignonnières et les carrières, laissent augurer de jolies perspectives économiques et territoriales. Même si un certain nombre de problématiques cadastrales sont à résoudre pour exploiter des sous-sols détenus par des propriétaires indépendants, des coopératives, etc., qui ont pu ou non concéder l'exploitation de leur galerie. «On réfléchit à un système de location ou d'acquisition, ou sous une formule mixte. Toutes les galeries ne sont toutefois pas exploitables. Et, certaines peuvent aussi être partagées entre plusieurs propriétaires en surface », reconnaît Christian Herrmann, directeur du pôle Infogerance de Sigma, membre du consortium Deep Data, qui vient d'accueillir la Caisse des Dépôts et Consignation, prête à accompagner l'industrialisation de ce concept. Un recensement des troglodytes est en cours pour déterminer les endroits où pourraient être déployés de nouveaux modules. Car, les acteurs du projet voudraient bien concevoir une nouvelle forme de zone d'activités à usage informatique. Un lieu accessible en véhicule, doté d'un accueil, de bureaux, de toilettes, d'une cafétéria pour le personnel technique et les clients. A terme, les acteurs du consortium imaginent aussi de pouvoir réutiliser l'eau montée en température par le data center pour réchauffer de l'habitat, en surface.
La campagne de mesures lancée en juillet dernier va se poursuivre jusqu'en mars prochain. De manière à pouvoir bâtir et lancer des offres commerciales pour les PME et les industriels au second semestre 2017.
L’actualité qui compte pour vous, chaque jour dans votre boîte mail.

À lire également
Lancé il y a trois ans par la Région des Pays de la Loire dans la cadre d'une Plateforme Régionale d'Innovation voulue pour revaloriser le sous-sol et le patrimoine local, le projet est désormais entièrement piloté par le consortium Deep Data. « La reprise de ce projet par des partenaires privés -que nous continuerons à accompagner- va dans le sens de l'action économique que nous voulons mener. La Région a vocation à guider les entreprises sans se substituer à leur action », indique Paul Jeanneteau, vice-président de la région, en charge du développement économique et de l'innovation. En quatre ans, 500.000 euros ont été investis dans cette opération, dont 150.000 euros par les entreprises du consortium. Le reste émane de la région, principalement, du département du Maine-et-Loire et de la communauté d'agglomération Saumur Loire Développement. Ces investissements et cette nouvelle vocation ont finalement rassuré les édiles des communes qui s'inquiétaient de la fermeture des galeries et de leur abandon.
Par Frédéric Thual,
correspondant de La Tribune pour les Pays de la Loire
(Reportage photos : Frédéric Thual)
Frédéric Thual, à Nantes
« Le Grand Paris peine à répondre aux objectifs qui lui ont été assignés » : le Plan pousse au big bang fiscal et politique
Après un mois de grève, les salariés de Dumarey exhortent l'État à trouver un repreneur
Choose France : Boehringer Ingelheim investira un demi-milliard d'euros dans l'Hexagone
Défense : les industriels du Nord-Franche-Comté plaident pour accélérer le réarmement français