Francky Trichet, l'hyperactif polymorphe

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(Crédits : DR)
À 45 ans, appelé par la Maire de Nantes Johanna Rolland à rejoindre son équipe, l'enseignant-chercheur est devenu l'homme du numérique et de l'innovation de la Métropole nantaise, un univers où il se sent comme un poisson dans l'eau.

« Et si, là, maintenant, tu étais maire de Nantes, ce serait quoi ta vision du numérique ? », enchaîne-t-elle, entre la poire et le fromage.

Ni une ni deux, l'enseignantchercheur en intelligence artificielle sollicite son réseau, organise des ateliers avec des pros... « des gens qui pensent deux trois coups d'avance » et compile les idées.

« J'en ai pondu vingt pages ! ».

La moitié sera reprise dans le programme électoral. Non encarté au PS, mais partageant « des valeurs de gauche », le vice-président de l'université de Nantes chargé du numérique, accepte d'être sur la liste et fait campagne. Sa mission n'aura, elle, rien d'artificiel.

« Être élu, ça s'apprend. On respecte le programme, ensuite la politique dépend de ce que les élus en font. Alors, à toi d'y mettre ta patte », prévient Johanna Rolland.

Ainsi, l'adjoint au Numérique et à l'innovation va imprimer sa marque afin d'accélérer la transition numérique de la sixième métropole française.

« Nantes est un terrain de jeux formidable. C'est le bon périmètre pour entreprendre », estime l'universitaire qui conserve des heures de cours pour rester en contact avec le terrain.

« Ce qui m'anime ? C'est de transmettre l'envie de cocréer afin d'imaginer les solutions de demain. Quand je donne un cours de deux heures, je finis dans le même état qu'après une partie de squash de trente minutes », s'amuse-t-il. Francky est un hyperactif. Dans la vie réelle comme sur les réseaux sociaux.

« Hyperactif polymorphe, comme on dit. Ça me va bien », reconnaît cet enthousiaste, qui, juché sur son vélo, traverse la ville en long, en large et en travers pour enquiller les inaugurations, les conférences de presse, les rencontres avec les acteurs de l'économie, les concours de startups... ou les nuits électro de la scène nantaise Scopitone.

« Là, ce n'est même plus du travail : j'adore ! » , lance ce fan des Prodigy, Chemical Brothers, Vitalic ou de l'intemporel Étienne Daho, à ses yeux « au-dessus de tous ! » Bien sûr, à trente-cinq heures par semaine, c'est compliqué.

« Mais à 80, ça le fait ! Et puis j'ai une super "team" de DG et dircab avec laquelle je suis en contact en permanence par SMS », dit-il, se préservant les week-ends en famille. Quand il s'isole, c'est aussi à 100 %. Seule la maire de Nantes bénéficie d'un fil permanent.

Volonté de faire bouger les lignes

Deux ans plus tard, la métropole est labellisée French Tech, et a récemment intégré cinq réseaux thématiques. L'écosystème est devenu attractif et visible sur le plan national, et surtout le numérique a créé 2.800 emplois « Plus de la moitié des 5 000 promis pour 2020 », se réjouit-il. Sa bonne humeur, son relationnel, ses compétences... lui ont permis de fédérer des acteurs qui ne voulaient pas collaborer.

« Il a l'énergie, la créativité, et la capacité à entraîner une équipe », observe Johanna Rolland.

Et Francky apprend vite. Si le mandat a fait la part belle à de nouveaux entrants, il a fallu composer avec les plus anciens.

« Car l'innovation c'est aussi le social, l'environnement, l'éducation... Tu rencontres les associations, les directeurs de labos, les grands groupes, les startups, les collectifs... Si tu décrètes, tu n'y arrives pas... », dit-il. « Finalement, ils ont compris que le numérique était évidemment transversal », dit-il. Lui, qui parle vite et parfois fort, a dû s'adapter au rythme de la collectivité.

« Ce n'est pas facile de faire pivoter une bébête de 5 000 personnes. J'aimerais que certains projets aillent plus vite, mais finalement, on y arrive », concède-t-il.

Cool, mais exigeant

S'il semble en général plutôt « cool », il se reconnaît un peu « exigeant », jusqu'à valider l'ensemble du programme du festival de la Digital Week, sauf la page 74 où... est restée une coquille. Mineure, mais coquille quand même. Plus agacé encore par le projet de wi-fi gratuit sur la ville qui met deux ans à voir le jour...

« Pour moi, sur tous les projets, c'est zéro défaut », assène celui qui a raté son bac une première fois pour avoir passé son temps à surfer... sur les vagues des Sables-d'Olonne.

« Francky, tu as fait pleurer ta mère... », le sermonne son père, ouvrier maçon. Depuis ce jour-là, Francky a enchaîné les études, abandonné l'idée de devenir kiné, préféré la recherche aux études d'ingénieur, s'est régalé en décortiquant les statistiques du loto sportif, a présenté sa thèse sur l'intelligence artificielle, est devenu un expert sur « le raisonnement des ontologies au niveau méta », a été titularisé maître de conférences à l'université de Nantes, a co-créé le projet Neurokiff, lié à la relation des données physiologiques et aux émotions... S'il ne fait plus pleurer sa mère, ce dont il est le plus fier, c'est d'un compliment du conférencier, prospectiviste et surfeur Joël de Rosnay - rencontré au cours de l'été dernier - pour qui : « comme dans le surf, la vie n'est pas de trouver un équilibre, c'est de rester en déséquilibre contrôlé », que Francky savoure.

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TIME LINE

  • 1970 Naissance aux Sables-d'Olonne, marié, deux enfants
  • 1991 DUT Informatique, IUT de Nantes
  • 1993 MIAGE Polytech Nantes, maîtrise d'Informatique appliquée à la gestion d'entreprises
  • 1994 DEA, puis thèse au LINA (Laboratoire d'informatique de Nantes Atlantique)
  • Depuis 1999 Maître de conférences, enseignant-chercheur en informatique
  • 2010 Fondateur et responsable de la Cellule iRéalité/Capacités SAS
  • 2012 Vice-président Numérique de l'université
  • 2014 Adjoint à la maire de Nantes chargé du Numérique et de l'innovation et conseiller métropolitain
  • 2014 Administrateur d'Atlanpole

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