Jean-Lou Racine, le "data maniaque"

Frédéric Thual

Frédéric Thual
La révélation remonte à une « Learning Expedition » de 2012 à San Francisco, durant laquelle il découvre les centres de recherche d'IBM, de Waze, de Zappos - filiale d'Amazon...
« Là, j'ai compris que l'on avait changé de siècle, qu'il n'y avait pas débat : le sujet, c'était la data », répète à l'envi Jean-Lou Racine, cofondateur de l'agence nantaise de communication Web Le Phare à l'origine du mouvement Datamaniaques.
Lancé en juillet dernier, cet appel a été entendu par une centaine d'entreprises et de startups sensibles au sujet. Principalement des acteurs du numérique, mais aussi des entreprises plus traditionnelles, comme le groupe textile Mulliez-Flory. Spécialisé dans le vêtement de travail, il pilote le projet Autonex, initié par le Centre européen des textiles innovants (Ceti) autour du vêtement connecté. Un programme porté par un consortium composé d'électroniciens, d'experts du traitement des signaux, de spécialistes des nanocomposants, d'ingénieurs chimistes et de médecins, et qui devrait bien évidemment générer une multitude de données.
Objectif : véhiculer le message, faire du buzz, créer des rencontres et partager les données. Si l'initiative n'a pas vocation à générer directement du business, « elle a le mérite de formaliser un collectif, comme on peut le voir aux États-Unis, pour vulgariser cette approche. Une évangélisation pour des prises de décision qui seront, à terme, guidées par les données. Là, on entrera dans le business », soutient Fabien Poulard, fondateur de la startup Dictanova, qui a fait des datas son coeur de métier.
« On veut supprimer les silos, créer des emplois, valoriser les marques et transmettre des connaissances pour inventer la relation client de demain... », précise celui qui fut à l'origine des premiers sites Internet du leader mondial des chariots de manutention Manitou ou de l'hôtelier Best Western France, en 1995.
Il s'agit d'aller bien au-delà des simples CRM et sortir de la focalisation sur les outils.
Marathonien amateur et fondu de ciel étoilé « plus instinctif que diplômé », comme il se définit, Jean-Lou Racine se découvre très vite une passion pour le marketing et les réseaux. Et joue collectif. « En pleine tourmente Internet », il fonde l'agence Le Phare en l'an 2000 avec le designer Bruno Loirat et Vincent Caillaud, venu du Québec avec une vision technologique et méthodologique novatrice. Des compétences « qui n'existaient pas dans une seule tête » et qui accompagnent « les entreprises afin qu'elles deviennent moteur de leur destin ».
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Le trio fait émerger de nombreux réseaux. Jean-Lou, lui, intègre le réseau Entreprendre, dont il créera l'entité régionale Pays de la Loire neuf ans plus tard. Pour multiplier les contacts, il s'implique dans la plateforme régionale d'innovation Design'In, l'Association des décideurs du numérique ADN Ouest et, plus récemment, il s'est rapproché de Nantes Atlantique Place Financière. L'homme de marketing et de communication tisse sa toile. Jusqu'à la prise de participation dans la startup Kiplin, fondée en décembre 2014 par Vincent Tharreau, dans laquelle les dirigeants de l'agence ont décidé d'investir.
« Avec Kiplin, l'idée de départ était de proposer des challenges, du type "faites 5000 pas par jour". On a conceptualisé la démarche autour d'expériences connectées, partagées sous la forme de voyages virtuels thématiques comme "le tour du monde en 80 jours", "le Paris-Brest", "la Route 66", "l'évasion d'Alcatraz"... » Soutenue et hébergée par le groupement hospitalier Le Confluent, la startup s'attache aujourd'hui à la qualité de vie au travail, à la prévention et aux parcours santé dans des schémas collectifs, propices à la multiplication des datas.
« Des prismes qu'elle n'avait pas imaginés au départ, c'est ça le pivot », estime le datamaniaque, qui voudrait ébaucher un référentiel pour établir une cotation des entreprises non plus à partir des ressources financières, peu significatives pour les startups, mais au regard de leur « capital data »...
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