EP veut digitaliser les acteurs de l'immobilier et de l'habitat

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Pierre Leroy et Yann Person, fondateurs d'EP
Pierre Leroy et Yann Person, fondateurs d'EP (Crédits : DR)
Collecteur de milliards de datas sur l'immobilier hexagonal, le spécialiste nantais de la rénovation énergétique EP ouvre son système d'informations et propose des solutions personnalisables aux banques, assurances, énergéticiens et professionnels de l'immobilier pour structurer et digitaliser leur filière. Tout récemment installé sur 2.500 m², l'acteur nantais de la rénovation énergétique veut faire émerger l'écosystème français de la Proptech.

« Nous sortons du virage technologique », admettent Pierre Leroy et Yann Person, fondateurs d'EP. Créée il y a dix ans autour de la rénovation énergétique de l'habitat, la startup nantaise s'enracine pour mieux décoller. Au cours des trois dernières années, elle a investi 7 millions d'euros en Recherche et Développement faire évoluer son offre et... son modèle économique. Dans la logique du partenariat engagé avec la MGEN, qui s'est traduit par la création du carnet intelligent d'entretien et de gestion de la maison Izigloo, fourni en marque blanche au mutualiste, EP a décidé d'aller plus loin. En tout cas bien au-delà de la simple rénovation énergétique et de la mise en relation entre particuliers et artisans.

« L'habitat est à la fois une porte d'entrée et de sortie, mais aussi un acte stratégique pour de nombreux propriétaires pour qui le ROI porte bien sûr la valeur intrinsèque du bien. Or, face à des coûts de possession qui ont grimpé de +40% en sept ans, on s'efforce de proposer des services pour maitriser l'inflation du coût du logement », indique Pierre Leroy.

Grâce aux milliards de données acquises au cours de la dernière décennie et aux algorithmes mis au point, EP s'est dotée d'un système d'information transversal inédit. Izigloo revendique 100.000 membres. Chaque adresse postale est enrichie de 700 à 3.000 données techniques, pour les plus qualifiées. Des datas et surtout un savoir-faire sur lesquels, la startup veut maintenant capitaliser.

Quatre offres pour digitaliser les entreprises

Avec 50 millions de bâtiments modélisés, 100 millions de terrains vectorisés et 8 millions d'annonces immobilières analysées, ce système va s'ouvrir - à l'exception des données personnelles- aux startups et acteurs de la rénovation, du bâtiment, de l'immobilier, de la banque, de l'assurance, de l'énergie...

« Tous ont besoin de données pour évangéliser leur clientèle. Mais, tous ne possèdent ou ne maitrisent pas le savoir-faire nécessaire. Surtout, on va leur permettre de digitaliser leur environnement et/ou leur filière », explique Yann Person.

Une manière, aussi, d'éviter les grains de sable. D'ici le mois de juin, EP lancera la plateforme « Business et Services » autour de quatre offres ; gestion de l'habitat, digitalisation des équipes, intelligence des données, et un ensemble de services numériques (Api et data) pour customiser des logiciels ou plateformes. Chacune d'elle d'articulent autour de plusieurs modules. Conçue autour du carnet numérique de l'habitat, la solution « Home management » proposera des services liés au déménagement, aux choix de l'énergie, de l'assurance, des travaux, etc.

Celle, baptisée, « Business driver » fournira un certain nombre d'applications comme une bourse aux chantiers, des services de recherche immobilière et foncière, de financement de la rénovation... qui permettront de digitaliser les opérations. Une autre apportera des « reporting » pour améliorer la gestion du risque, etc.

Une nouvelle levée de fonds pour 2019

Parallèlement à cette offre en B to B, EP cible, à l'instar de ce qu'elle a fait avec la MGEN, des tiers de confiances, comme les grands groupes, qui pourront déployer une solution, en marque blanche, en choisissant de mettre en œuvre tel ou tel module, selon leur stratégie.

« En général, qui veut rénover son habitation cherche sur Google.
Or, pour être référencé, le tarif des mots clés est passé de 10 à 30 voir
40 euros. Et même 300 euros aux États-Unis ! Si notre combat est d'économiser des euros dans les frais de rénovation de l'habitat, ce n'est pas pour les dépenser sur Google »,
affirme Yann Person.

« Du coup, on préfère s'appuyer sur des groupes qui partagent les mêmes valeurs coopératives que nous. Eux, ont besoin de fidéliser leur clientèle et nous de conquérir de nouveaux clients, c'est gagnant-gagnant », souligne Pierre Leroy.

De la plus modeste à la plus sophistiquée des formules, le coût d'usage de cette solution d'acquisition de données, de digitalisation et de services coûterait de 30.000 à plus de 200.000 euros.

« Pour l'installation de photovoltaïque, la construction individuelle ou les agents immobiliers, ce sont des outils de recherche foncière qui peuvent générer d'importants gains opérationnels », assure Yann Person, qui reconnait une mue importante dans le positionnement d'EP, passée de la « simple » rénovation énergétique à la digitalisation d'entreprises.

Trois ans après une levée de fonds de 3 millions d'euros (1) réalisée auprès de la MGEN, EP, dont le chiffre d'affaires en croissance attendrait 5 millions d'euros, compte appuyer sur l'accélérateur. La startup envisage un nouvel appel de fonds en 2019 pour aller, cette fois, s'aventurer sur les marchés européens.

Faire émerger la Proptech française

« C'est aussi tout l'enjeu de la Proptech que nous voulons faire émerger ici », atteste le duo fraichement installé dans le bâtiment UNIK, construit par la financière Magellan, au cœur de l'île de Nantes. Loué en totalité par EP, ce lieu de 2.500 m², est aujourd'hui partagé avec la Cantine Numérique -hébergée suite à l'incendie de son local en nombre 2016- qui, en 2020, devrait rejoindre l'existe industriel de la Halle 6, actuellement en cours de réhabilitation.

Dès lors, EP récupèrera un millier de mètres carrés qui lui permettra de pousser les murs de l'écosystème Proptech. Car, outre une cinquantaine de salariés, le spécialiste de la rénovation énergétique accueille près d'une dizaine de startups intervenant dans l'univers de l'immobilier et de l'écosystème numérique. À l'image de Bloc in Bloc, Take a desk, Emoko, Externatic... et le fonds d'investissement Go Capital.

« L'ambition est de constituer un bâtiment Totem de la Proptech et de faire rayonner l'écosystème en France et en Europe. Encore méconnu et très en retard dans l'hexagone, ce secteur représente, pourtant, la deuxième source de levées de fonds aux USA derrière les Fintech. En France, c'est encore timide, mais des fonds, comme Proptech Capital et d'autres, commencent à s'y intéresser », affirme Theo Olivier, fondateur de Take a desk et gestionnaire de l'espace Proptech au sein d'UNIK.

Lui, qui vise un développement rapide à Paris, Rennes et Angers, a trouvé le lieu idéal pour mettre en application son positionnement. À savoir, la mise en relation d'espaces disponibles dans les grandes entreprises et des travailleurs indépendants ou des startups, au gré d'une plateforme de services dédiés.

« On est à la fois show-room, desker comme une startup lambda, animateur de la plateforme et co-gestionnaire de Proptech », dit-il.

Dans cette ruche où cohabite une ambiance studieuse et détendue, la taille et la configuration du lieu aménagé sur 3 niveaux ont permis de jeter les bases de l'écosystème Proptech.

Pour les deux fondateurs d'EP, « ce bâtiment concrétise la dynamique engagée. Pas seulement avec les startups d'Unik, mais aussi avec des gens comme le spécialiste des enchères immobilières Kadran hébergée au Startup Palace, Immodvisor sur le Village by CA, le Club immobilier Nantes Atlantique (CINA) ou le cluster Novabuild. Tout le monde est le bienvenu de Nantes ou d'ailleurs. Jusqu'aux habitants des logements voisins d'UNIK, qui le jour du « printemps des voisins », seront conviés sur le toit-terrasse pour leur faire découvrir ce qu'on fait à côté de chez eux... Et entre amuse-gueules et datas, pourquoi ne pas les embarquer comme panel ou beta testeur ?... »

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(1) Ce financement s'ajoute aux 2,80 millions d'euros investis par la mutuelle depuis novembre 2014 et à l'accompagnement de Bpifrance à hauteur de 1,88 millions d'euros.

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