Bandeau Législatives (région)

Auvergne Rhône-Alpes : quelle place pour le nain face au géant ?

 |   |  904  mots
C'est finalement le député maire du Puy-en-Velay, Laurent Wauquiez, qui portera l'étendard des Républicains face au président sortant Jean-Jack Queyranne.
C'est finalement le député maire du Puy-en-Velay, Laurent Wauquiez, qui portera l'étendard des Républicains face au président sortant Jean-Jack Queyranne. (Crédits : Décideurs en région)
[ #Regionales 2015 ] La « minuscule » Auvergne va convoler avec « l'immense » Rhône-Alpes. Pour la première, les raisons économiques de se réjouir sont réelles. Et si la construction d'un nouveau territoire aussi hétérogène s'annonce périlleuse, le potentiel de la future septième région d'Europe suscite aussi l'excitation.

Sur le « papier », le mariage de l'Auvergne et de Rhône-Alpes est, de loin, le plus déséquilibré de tous ceux qui vont recomposer la cartographie des régions françaises. L'agglomération du « nain et du géant », comme le circonscrit le directeur Auvergne de la Banque de France Maxime Maury, ou plutôt l'annexion du premier au second, c'est celle d'un territoire qui ne représente que 1/7e de son voisin en termes de PIB, qui est esseulé au milieu des volcans et prisonnier de son enclavement géographique.

C'est celle d'un espace de 26.000 km2 qui a prospéré sous la coupe, aussi généreuse qu'écrasante, du poids lourd Michelin (108.000 salariés dans le monde) et du semencier Limagrain (8.000 collaborateurs), d'une filière agricole peu « sexy » à l'ère du tout-numérique, et d'un célèbre club de rugby abonné aux places de finaliste. Voilà pour l'image d'Epinal, c'est-à-dire une réalité aussi indiscutable que partielle.

Indiscutable, et dans les détails inquiétante si l'on y juxtapose d'autres constats : la résilience industrielle, la croissance tendancielle et l'indice du climat des affaires y sont faibles, la démographie est déséquilibrée, la double dynamique d'investissement et d'exportation est insuffisante, enfin l'absence d'une liaison à grande vitesse vers Paris constitue un obstacle élevé à l'attractivité - notamment en matière de recrutement de personnels de haut niveau. Mais elle est partielle, car l'Auvergne, ce sont aussi des filières industrielles significatives (agroalimentaire, aéronautique, santé, métaux ou plasturgie), un réseau de PME bien capitalisées - l'ampleur des crédits accordés et le risque de défaillance sont sensiblement meilleurs que la moyenne nationale -, un foncier abondant et pécuniairement attractif, un réseau autoroutier dense et une épargne importante, un enseignement supérieur et des centres de recherche reconnus (Michelin y relocalise d'ailleurs l'essentiel de ses forces), enfin un capitalisme familial et patrimonial qui a solidifié le tissu socio-économique.

Dans ce contexte, les décideurs économiques d'Auvergne « regardent » le nouvel ensemble avec un mélange d'excitation, de résignation et d'inquiétude. Excitation, car l'aspiration vers la locomotive rhônalpine devrait dynamiser mécaniquement leur activité, mais aussi résignation et inquiétude, d'une part sur l'issue d'un assemblage qui est celui de toutes les hétérogénéités - géographiques, identitaires, culturelles -, d'autre part sur le mouvement de délocalisation vers la métropole lyonnaise des centres décisionnels, résultant des inévitables fusions de services, antennes et autres directions régionales.

Créer de la cohérence dans le territoire

Une capitale qui, de plus, devrait étendre sa suprématie dans le sillage d'un « fait métropolitain » de plus en plus dominant, et auquel d'autres territoires que l'Auvergne seront sensibles. Plus ou moins favorablement. Ainsi dans « les » Savoie, historiquement rétives à la géographie de Rhône-Alpes, décideurs politiques et économiques pourraient être tentés d'intensifier leurs stratégies de développement vers la Suisse de Genève et de Lausanne.

La tâche qui attend le futur président de la Région est donc considérable. Créer une cohérence dans un territoire qui s'étend, d'Aurillac à Évian, sur 500 kilomètres, amalgamer d'importantes et dissonantes singularités, composer avec des contraintes et des objectifs budgétaires drastiques, densifier les filières d'excellence et les opportunités de coopération sans dépouiller ou seulement affaiblir les territoires déjà fragiles... Il lui faudra beaucoup de doigté, savoir serpenter dans les méandres des fructueux réseaux de financements européens, et surtout faire preuve d'une indiscutable double faculté de « rassembler » et de « trancher ». La nouvelle région représentera 11,5 % du PIB hexagonal, occupera le septième rang des régions européennes et approchera la taille de la Suisse en population et de l'Autriche en PIB. Qui donc semble promis à être le « facilitateur » de l'économie régionale, tour à tour le maître d'ouvrage et le maître d'oeuvre d'un « écosystème interdisciplinaire, entrepreneurial et tourné vers l'innovation » ainsi espéré par la communauté patronale ?

graph alpes

Laurent Wauquiez est-il l'homme de la situation ?

Cette dernière avait longtemps espéré l'ancien commissaire européen et élu savoyard Michel Barnier, et c'est finalement le députémaire du Puy-en-Velay, Laurent Wauquiez, qui portera l'étendard des Républicains face au président sortant Jean-Jack Queyranne. Un Queyranne dépositaire d'un bilan contrasté, lâché par une partie de sa majorité et combattu par les Verts, coincé par son inimitié avec le puissant président de la Métropole de Lyon, Gérard Collomb, et les instances locales et nationales du PS, et donc finalement de moins en moins à même d'espérer un troisième mandat.

En dépit d'une coalition avec les centristes de l'UDI et du Modem encore très fragile, son adversaire peut être confiant. Mais une fois élu - s'il l'est -, sera-t-il l'homme de la situation ? Sa personnalité et ses convictions clivantes, ses responsabilités nationales aux côtés du « candidat » Nicolas Sarkozy, ses ambitions personnelles « hors limites », sont-elles adaptées au vertigineux chantier régional qui exige une implication totale et la volonté/ faculté de fédérer au-delà des clivages idéologiques et des chapelles partisanes ? « Qu'on me juge sur pièces », exhorte-t-il. Les chefs d'entreprise d'Auvergne et de Rhône-Alpes l'attendent de pied ferme.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :