Transport : « Pas question de se faire coloniser par les géants du Net »

Frédéric Cuvillier est un pragmatique : l'open data est essentiel dans le transport, mais il refuse que l'État « pèche par naïveté » face aux géants de l'Internet. Les données sur les transports sont très sensibles, pas question, pour lui, qu'elles ne soient pas d'une fiabilité maximale pour le citoyen.

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Frédéric Cuvillier, ancien secrétaire d'État aux Transports.
Frédéric Cuvillier, ancien secrétaire d'État aux Transports.

LA TRIBUNE - La mobilité intelligente, enjeu économique majeur des métropoles, repose sur l'ouverture de données des grands opérateurs publics de transports, qui semblent réticents face à la concurrence des sociétés du numérique (Google, Waze, Moovit...) ou du privé (Orange, Thales...). Vous semble-t-il possible de faire travailler ces deux mondes ensemble ?

Frédéric Cuvillier - Il faut replacer l'État au centre du jeu, c'est essentiel. Le 11 février, j'ai lancé le débat sur l'ouverture des données publiques dans le domaine des transports et Francis Jutand, membre du conseil national du numérique, va l'animer. La SNCF, la RATP, le Gart [Groupement des autorités responsables de transport,
ndlr] mais aussi des start-up, des associations d'usagers et de chercheurs y sont associés. Je ne veux absolument pas opposer les opérateurs publics de transports aux sociétés numériques sur l'ouverture des données publiques. Il faut au contraire faire travailler ces différents mondes ensemble, avec un objectif clair : optimiser les services numériques offerts aux voyageurs et maximiser l'avantage économique de l'open data en France.

LT - Existe-t-il un business model qui permette à la SNCF et à Google de cohabiter sur un même marché ?

FC - Je l'ai dit et je le répète : pour soutenir la filière d'excellence française des transports intelligents, j'amorce le retour de l'État tout à la fois stratège, facilitateur et aiguillon d'innovation. Qu'est-ce que cela veut dire ? Tout simplement que la question n'est pas d'organiser la cohabitation entre les géants du Web d'une part et les entreprises publiques de transports d'autre part. Vous le savez, je ne suis pas un dogmatique, je suis un pragmatique. Il s'agit pour moi de repenser l'ouverture des données publiques en matière de transport autour de l'usager et des entreprises qui créent des emplois et de l'activité économique en France. Je lance donc ce débat sur l'ouverture des données pour une durée de six mois. Il portera sur les opportunités dont peuvent bénéficier les usagers, mais aussi sur les règles qui doivent encadrer une telle initiative. Il n'est pas question de pécher par naïveté et de se faire coloniser par des géants de l'Internet à l'appétit féroce. L'objectif est d'émettre des recommandations à tous les acteurs concernés et d'accompagner progressivement la France dans ce mouvement mondial de réutilisation des données publiques liées à la mobilité, sans fragiliser pour autant la position des opérateurs français.

LT - Les données transports sont des données relativement sensibles qui touchent le coeur de l'organisation de la ville. Jusqu'à quel point faut-il les ouvrir, ou contrôler leur enrichissement ?

FC - Le mouvement de l'open data - dans les transports comme dans d'autres domaines postule l'ouverture maximale des données. C'est un postulat que je fais mien dans le travail que nous menons avec Francis Jutand. Toutefois, la donnée transports nécessite une exigence particulière en matière de qualité et de fiabilité. Une donnée publique déficiente entraverait la mobilité des voyageurs au lieu de l'optimiser. Par exemple, un horaire de bus erroné mis en ligne induirait le voyageur en erreur et serait contre-productif, surtout dans des zones peu desservies. La puissance publique a donc pour mission d'offrir aux communautés du Web le maximum de données, mais ces données doivent être vérifiées pour être fiables. C'est une exigence pour les usagers et pour les entrepreneurs du secteur.

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Commentaires 2
à écrit le 21/10/2014 à 19:56
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En voilà un qui ferait mieux de la fermer, après avoir annoncé des économies de plusieurs dizaines de million d'euros se retrouve le bec dans l'eau sans pouvoir expliquer comment 7ou 800 millions d'euros ( taboues, fanfares et orchestre) se retrouve...

le 07/11/2014 à 9:43
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çà c'est du commentaire éclairé et qui apporte beaucoup au débat !!!

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