Berlin se mobilise pour devenir plus "smart"

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Une vue de Berlin, en arrière-plan, la fameuse Fernsehturm, la tour-relais de signaux de radio et de télévision, qui culmine à 386 mètres.
Une vue de Berlin, en arrière-plan, la fameuse Fernsehturm, la tour-relais de signaux de radio et de télévision, qui culmine à 386 mètres. (Crédits : Reuters)
Avec un nombre croissant de start-up, la capitale allemande vise le premier plan dans la bataille mondiale des smart cities. La ville, dont le social-démocrate Michael Müller vient de reprendre les rênes, est en train d'élaborer un plan directeur.

Lisa a l'oeil sur les canalisations berlinoises. Elle mesure les niveaux d'eau, contrôle les vannes des égouts. Les jours de fortes pluies, elle s'active pour empêcher que les réservoirs ne débordent et que les eaux usées de la capitale ne se déversent dans la Spree, la rivière qui traverse Berlin. Lisa, c'est le nom du système centralisé des canalisations de la capitale allemande. Une vraie salle de contrôle automatisée installée dans le quartier de Friedrichshain. Alors qu'on estime qu'entre 3 et 4 millions de mètres cubes d'eaux usées se jettent tous les ans en moyenne dans la Spree, la modernisation du réseau, commencée il y a vingt ans, permet aujourd'hui d'éviter 15 % de cette pollution.

Lisa fait partie de ces 40 initiatives répertoriées par le récent rapport de la fondation Technologie Berlin, chargée de faire l'inventaire des acteurs et projets dans le domaine de la ville intelligente. La smart city, aujourd'hui identifiée comme une thématique stratégique pour les métropoles mondiales, doit répondre aux besoins de villes toujours plus grandes. Gérer efficacement le ramassage des ordures, éviter l'encombrement des réseaux de transport ou encore réduire la consommation d'énergie... le tout grâce aux possibilités offertes par les nouvelles technologies.

Si le Sénat, l'organe exécutif de la villeLand, a commencé à s'intéresser à l'été 2013 à cette thématique, certains projets ont été développés bien avant la naissance du concept de ville intelligente. « Avec une croissance annuelle de 50 000 habitants, nous avons dû aborder ces sujets depuis longtemps », explique Stefan Franzke, chez Berlin Partner, l'agence privée chargée par la ville de générer de la croissance.

Mais Berlin souhaite également en faire un secteur d'avenir pour l'économie locale.

« Avec ses universités, ses instituts de recherche, la présence d'entreprises comme Siemens, General Electric et Bosch, et ses nombreuses start-up, Berlin dispose de savoir-faire qu'elle peut mettre à profit dans ce domaine », souligne-t-il, alors que 40 000 start-up voient le jour dans la capitale allemande chaque année, selon le Sénat. « La ville a connu de très fortes mutations et sait composer avec le changement », ajoute Anne-Caroline Erbstößer, auteur du rapport à la fondation Technologie Berlin. « Sa population ouverte et hétérogène est prête à accueillir et à participer à des projets innovants », souligne-t-elle, évoquant par exemple le succès des services d'autopartage ou des jardins urbains dans la capitale.

Mais l'atout de taille de Berlin face aux autres villes mondiales reste ses vastes espaces encore disponibles. Quand les autres métropoles se retrouvent bien à l'étroit derrière leurs périphériques. C'est le point fort du projet du Urban Tech Republic, l'un des sites berlinois conçus pour porter le développement d'innovations, avec le parc technologique d'Adlershof, fondé en 1991 à l'est de la ville sur le site de l'ancienne académie des sciences de la RDA, le CleanTech Business Park à Marzahn, ou encore le campus Euref dans le quartier de Schöneberg.

Une vitrine mondiale pour l'innovation allemande

The Urban Tech Republic s'installera à l'emplacement de l'aéroport Tegel, l'une des deux aérogares de la capitale, qui doit bientôt fermer ses portes : ce sont là 495 hectares, à 15 minutes du centre-ville et du siège du gouvernement. « Un cadeau pour le développement économique de la ville » s'enthousiasme Bernhard Hildebrand, directeur marketing du projet. « Berlin dispose de surfaces incroyables, et on l'envie pour cela ». Le projet consiste à réunir sur un même site universités, instituts de recherche, start-up et grands groupes, et porte précisément sur le développement de solutions technologiques pour les villes. L'idée : inventer, développer mais également produire sur place des innovations avant de les vendre aux quatre coins du monde, notamment en Asie, où les mégalopoles explosent. À la clé, selon les estimations des porteurs du projet : 15000 à 17000 emplois, l'installation de 800 entreprises, et un chiffre d'affaires annuel de 2 milliards d'euros.

Berlin mise sur Tegel pour opérer sa réindustrialisation, alors que la ville, autrefois première place industrielle du pays, a perdu après la réunification 60 % de ses emplois dans le secteur.

« Tegel est un projet politique : nous avons besoin d'une industrie, nous devons à nouveau créer des emplois dans cette ville, d'où un parc technologique », résume Peter Strunk, un des représentants du projet.

L'idée est également d'en faire une vitrine pour les délégations étrangères en visite à Berlin. Et de se tailler une réputation internationale. À l'image de Barcelone devenue une référence avec son congrès dédié à la ville intelligente, Berlin lancera en mai son salon Metropolitan Solutions, auparavant organisé à Hanovre. Le géant américain spécialiste des réseaux Cisco Systems, qui lorgne également sur ce marché naissant des smart cities européennes, vient par ailleurs de choisir Berlin pour installer l'un de ses six centres mondiaux d'innovation.

Reste à rendre Berlin « intelligente ». Le Sénat travaille depuis quelques mois à la rédaction d'un plan directeur. Le document doit définir une stratégie d'ensemble qui manque encore à la ville, ainsi qu'un engagement politique nécessaire, alors que Berlin cherche à décrocher un financement européen, dont l'échéance de candidature est en mai. La ville n'avait pas participé à un premier programme similaire, mais entend bien rafler la mise dans ce deuxième tour, dans le cadre duquel elle travaille avec Paris et Bologne. Le budget berlinois actuel ne prévoit aucune enveloppe spécifique pour la ville intelligente.

« Ce thème est encore relativement nouveau », explique Britta Havemann, au département économique du Sénat. « Nos sources primaires de financement reposent actuellement sur les financements octroyés aux niveaux européen et fédéral. »

Projets de Wi-Fi gratuit et de bornes électriques

Le Sénat doit également régler en priorité deux dossiers potentiellement embarrassants dans l'édification d'une smart city. D'abord, le projet de réseau wi-fi gratuit, annoncé depuis des années et toujours dans les limbes. L'exécutif vient de lancer un énième appel d'offres pour trouver un partenaire privé avec lequel lancer les travaux. Autre dossier en suspens, très retardé : l'appel d'offres lancé en 2012 pour doter la ville de bornes de recharge pour véhicules électriques... Le chantier de l'électromobilité semble plus généralement prendre du retard dans la capitale allemande, sélectionnée en 2012 comme « vitrine » dans le cadre d'un programme national. Avec une flotte actuelle de 1.800 véhicules électriques et environ 500 points de charge... on est loin des ambitions initiales (100.000 voitures électriques à Berlin en 2020).

Michael Müller (SPD, parti social-démocrate) vient de prendre la tête de la mairie de Berlin, à la suite de la démission de Klaus Wowereit, à ce poste depuis treize ans. Le nouveau maire, ancien sénateur en charge du développement urbain, connaît bien la thématique de la ville intelligente et devrait la porter au coeur de son mandat.

Un autre chantier l'attend : inclure les Berlinois dans le développement de ce projet, où les données personnelles jouent un rôle central. « Une procédure participative relativement large doit être lancée avec la présentation du plan directeur », souligne Britta Havemann. De leur côté, les responsables de The Urban Tech Republic attendent impatiemment la fermeture de Tegel, conditionnée à l'ouverture du nouvel aéroport BER, sens cesse repoussée. L'intérêt de leurs partenaires reste fort, assurent-ils.

« Nous sommes prêts à lancer le projet dès qu'on nous donne les clés. »

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Commentaires
a écrit le 01/01/2015 à 11:25 :
J'ai hâte d'y être !
Vivement Février...
a écrit le 31/12/2014 à 12:19 :
bon courage les Teutons. Et le chemin sera long très long pour devenir smart avec leurs gros sabots et leur wurst-chiucroute et leur bertha.
Réponse de le 31/12/2014 à 17:04 :
C'est perdu d'avance avec leur langue.

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