Le port de Hambourg, vitrine allemande de la « smart city »

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Neuf millions de conteneurs transitent chaque année par le port de Hambourg. Pour réguler le trafic, quelque 90 capteurs disposés dans le port surveillent en permanence la circulation et relaient ces informations au Port Road Management Center, centre névralgique du port, où travaillent 70 informaticiens.
Neuf millions de conteneurs transitent chaque année par le port de Hambourg. Pour réguler le trafic, quelque 90 capteurs disposés dans le port surveillent en permanence la circulation et relaient ces informations au Port Road Management Center, centre névralgique du port, où travaillent 70 informaticiens.
Hambourg travaille avec Cisco Systems à sa transformation en « port intelligent ». Le géant américain veut quant à lui faire de la ville une vitrine pour conquérir le marché allemand des smart cities.

Le casse-tête est de taille pour Sebastian Saxe. Avec des navires toujours plus gros et plus nombreux sur les mers, le nombre de conteneurs explose dans les ports mondiaux. Et avec lui, celui des camions venus chercher à quai leurs cargaisons. Chaque jour, plus de 30.000 véhicules empruntent le principal axe de circulation du port de Hambourg. Dont environ 12.000 camions. Le directeur informatique des autorités portuaires HPA (Hamburg Port Authority) veille à la bonne coordination de l'incessant chassé-croisé de navires, trains et véhicules sur les 7.200 hectares du port. Son ennemi numéro un : ces longues files de poids lourds qui encombrent les axes.

« Quand un bateau arrive en retard, des bouchons se forment. Car ce n'est pas seulement un camion mais jusqu'à 14.000 poids lourds qui viennent récupérer leurs conteneurs. Les grands Panamax [navires géants, ndlr] en transportent 12.000 à 14.000 », souligne-t-il.

Le mathématicien travaille depuis 2009 avec une équipe de 70 informaticiens à l'optimisation du trafic dans le cadre du projet baptisé « smartPort ». Une déclinaison spécifique à Hambourg de la ville intelligente. En clair : utiliser des solutions technologiques innovantes pour gagner en efficacité. Environ 90 capteurs disposés dans le port surveillent ainsi en permanence la circulation et relaient ces informations au Port Road Management Center, le centre névralgique du port. Sebastian Saxe vient d'ajouter une nouvelle arme à son arsenal : l'application anti-bouchons. À la manière d'un GPS, celle-ci informe en temps réel les chauffeurs de poids lourds, équipés de tablettes, de l'heure d'arrivée des navires ou encore des voies de circulation à emprunter. Le système est complété par des capteurs installés sur des places de parking du port, grâce auxquels les chauffeurs peuvent localiser les emplacements disponibles, les réserver, et y attendre l'arrivée des navires.

Après avoir été testée auprès d'une cinquantaine de camions, l'application est devenue disponible en téléchargement en janvier, pour 6 euros dans sa version complète. « Le modèle commercial était prêt », souligne Sebastian Saxe. Et il fallait aller vite : le dirigeant prévoit de la présenter lors de la grande conférence mondiale des ports, organisée à Hambourg en juin. L'occasion parfaite pour se positionner comme précurseur dans ce domaine et commercialiser son dispositif.

Mais il s'agit aussi de répondre à un besoin urgent : alors que déjà 9 millions de conteneurs transitent chaque année par le port de Hambourg, les autorités portuaires s'attendent à un trafic annuel de 14 à 17 millions de conteneurs d'ici à 2025. Or, les capacités logistiques du port atteignent selon elles leurs limites dès 10 à 11 millions de conteneurs.

« Le port de Hambourg dispose d'une surface limitée et nous ne pouvons pas, comme à Rotterdam, simplement agrandir la surface portuaire », explique le dirigeant.

De fait, Hambourg se situe à l'intérieur des terres, sur l'Elbe, à 130 kilomètres de la mer du Nord. D'où le recours aux solutions intelligentes. En filigrane, il s'agit bien pour Hambourg de rester dans la compétition mondiale.

Kiosque numérique et réverbères intelligents

Ce projet « pionnier », comme le décrit Sebastian Saxe, s'inscrit dans le cadre de la coopération conclue en avril 2014 entre Hambourg et le spécialiste américain des réseaux informatiques, Cisco Systems. Chaque partenaire a contribué à l'investissement, qui s'élève pour le port à « un montant à six chiffres ». Cisco refuse quant à lui de communiquer sur son engagement.

L'accord avec le groupe américain prévoit une série d'autres projets pilotes, aussi bien dans le port que dans la ville de Hambourg. Parmi eux : des réverbères équipés de capteurs qui ne s'allument qu'en cas de circulation, des feux de signalisation intelligents permettant d'optimiser le trafic... ou encore un kiosque numérique qui devrait être installé cette année dans l'un des centres commerciaux de la ville. La cabine équipée d'une caméra permet de communiquer en direct avec un employé de mairie et propose différents services administratifs. « Ces projets sont actuellement à l'étude », souligne Alexandra Schubert, directrice du département de stimulation de l'activité économique de Hambourg.

Cisco systems veut en faire sa « vitrine »

Hambourg a déjà fait appel à Cisco, qui a assuré la standardisation du réseau du port et celui de la ville. Une même technologie qui permet de facilement transposer les innovations d'un terrain à l'autre.

« Le port de Hambourg nous offre un cadre formidable, car on y trouve les mêmes problématiques que dans les villes. La circulation ne cesse d'y croître en raison du trafic des camions, il y a des problèmes de parking... », explique Uwe Northmann, responsable du développement commercial de Cisco en Allemagne.

Cisco ambitionne de faire de Hambourg une vitrine de la ville intelligente. Ce thème est « absolument stratégique » pour le groupe qui y travaille depuis sept ans, souligne Uwe Northmann. Comme Cisco, d'autres grands groupes tels que IBM, Microsoft ou Siemens convoitent ce marché mondial naissant.

« Qu'il s'agisse de Berlin, Munich, Düsseldorf ou Cologne, il existe partout des initiatives sur le thème de la ville intelligente. Hambourg est pour nous un exemple pour d'autres villes, auxquelles nous pouvons dire : "Regardez ce qui fonctionne aussi en Allemagne, pas besoin d'aller voir ailleurs en Europe ou dans le monde." »

Avec ses capteurs et autres dispositifs de collecte d'informations, la smart city soulève cependant de nouvelles questions, dont celle de l'accès aux données personnelles. La centralisation toujours plus poussée des données fait craindre un scénario à la Big Brother.

« C'est un thème important », tient à rassurer d'emblée Uwe Northmann, qui souligne que le groupe et la ville tiennent informée l'autorité de protection de données de Hambourg de l'avancée du projet.

« Les projets fonctionnent avec des données anonymes : le mouvement d'une voiture est par exemple enregistré, mais on ne sait pas à qui le véhicule appartient », explique de son côté Alexandra Schubert, de la ville de Hambourg.

« Il est important que la question de la protection des données accompagne très tôt le projet pour empêcher qu'il ne prenne une mauvaise direction, rappelle quant à lui le responsable de l'autorité de protection des données de Hambourg, Johannes Caspar. La question est de savoir si Cisco sera chargé uniquement des questions techniques ou s'il traitera également les données collectées. S'agira-t-il par ailleurs de données personnelles ? À ce stade, nous n'avons pas encore de réponses à ces questions. »

Un enjeu électoral pour la "ville-Land"

Autre sujet sensible : la protection de ces nouvelles méga-infrastructures de réseaux contre le piratage informatique.

« Je ne veux pas voir quelqu'un contrôler l'ouverture de mes écluses avec un manche de commande derrière son écran, résume Sebastian Saxe. C'est un thème très important et on y travaille. Cisco et d'autres fabricants adoptent également des approches innovantes dans ce domaine. »

La question de la ville intelligente devient par ailleurs un enjeu politique local.

« Le maire de Hambourg [Olaf Scholz, du Parti socialdémocrate SPD, ndlr] prépare une stratégie d'ensemble sur ce thème, qui vise à rassembler les différents projets déjà existants dans la ville », raconte Anjes Tjarks, porte-parole chargé des questions économiques chez les Verts, parti de l'opposition.

« Le maire veut montrer qu'il prend en main l'avenir de la ville », explique-t-il, alors que la ville-Land de Hambourg élira en février son nouveau Parlement.

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