"Favoriser le brassage a toujours été le rôle des villes"

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(Crédits : DR)
À la tête de La Fabrique de la cité, think tank créé à l'initiative du groupe Vinci autour du développement urbain, Cécile Maisonneuve analyse les évolutions des villes et partage avec « La Tribune » les enseignements de récents travaux portant sur les lieux publics et les nouvelles générations urbaines.

LA TRIBUNE - Qu'est-ce qu'une ville durable ?

CÉCILE MAISONNEUVE - C'est une ville qui se construit et se développe en conciliant les trois dimensions environnementale, économique et sociale. Elle doit réussir sa transition énergétique en mettant en place des politiques de sobriété énergétique et en étendant les usages de l'électricité (notamment dans la mobilité) tout en décarbonant son électricité.

Sur le plan économique, la question centrale est celle de l'attractivité des talents et des investissements, c'est-à-dire la capacité à créer un écosystème favorable à l'innovation et au développement économique. Enfin, sur le plan social, ce qui se joue notamment via la métropolisation, c'est l'inclusivité de la ville, sa capacité à accueillir toutes les classes socio-économiques, mais également les différentes générations, ainsi que les personnes d'origine étrangère ou de genres différents. Certaines cités tendent à devenir des objets de luxe. C'est alors la ville dans son intégralité, et non plus seulement certains quartiers, qui devient inaccessible aux classes moyennes. À l'inverse, une métropole comme Boston, qui a eu le triste privilège d'être classée ville la plus inégalitaire des États-Unis, tente de conserver ses classes moyennes, les commerces et services associés, ainsi que la mixité de revenus, de ressources et de culture qui va avec.

Ces enjeux sont-ils particulièrement nouveaux ?

Trouver l'équation entre ces différentes composantes, favoriser le brassage, cela a toujours été le rôle d'une ville. Mais la contrainte environnementale, qui n'a jamais été aussi forte, appelle à repenser l'urbanisme et les services urbains. Et ce qui fait évoluer encore plus la donne, c'est la révolution numérique, qui nous offre une opportunité extraordinaire : alors que la ville s'est construite autour des infrastructures et du bâti, pour la première fois nous avons la possibilité de comprendre comment les gens y vivent, y habitent ou s'y déplacent. Qu'il s'agisse de mobilité ou de vie dans les bâtiments, les nouvelles technologies nous permettent d'avoir un aperçu extrêmement précis des habitudes des citadins, de nous placer ainsi du côté de la demande des villes. Une vision non plus centrée sur les infrastructures mais plutôt sur les usages.

Le secteur des transports semble celui où cela se perçoit le plus aujourd'hui...

Concernant la mobilité, le xxe siècle a été celui d'un mix entre usage massif de la voiture individuelle, avec des transports collectifs plus développés dans le coeur des villes, ce qui a contribué à l'étalement urbain. Aujourd'hui, la demande de mobilité est totalement bouleversée par plusieurs lames de fond : le glissement de la propriété à l'usage, le brouillage des frontières entre le collectif, qui était nécessairement public, et l'individuel, forcément privé. Désormais se développe une offre de transport collectif de petite capacité, publique à Helsinki, privé à Boston, avec des startups comme Bridj, qui permet de compenser les fermetures de lignes de transport public non rentables. Autre tendance à l'oeuvre, l'électrification, jusqu'ici réservée aux transports collectifs (métro ou tramway), infiltre maintenant le secteur de la voiture individuelle. Dernière grosse tendance, le développement du transport à la carte, c'est-à-dire une individualisation accrue de la demande de mobilité. En complément d'une offre rigide, des dispositifs de point à point vont pouvoir changer la donne, notamment pour une clientèle de personnes peu mobiles - les personnes âgées, par exemple - ou encore dans les liens entre l'urbain et le périurbain.

Par contraste avec cette accélération du temps dans le secteur de la mobilité, le bâtiment, lui, reste très inertiel. Il nécessite des investissements lourds, de la planification, des temps de construction longs... et, dans le même temps, il est très atomisé, dépendant ainsi de multiples décisions individuelles. Le numérique n'a pas encore de conséquences structurantes sur ce secteur.

Vous avez mené récemment une étude sur le rapport des « Millennials » à la ville. Quels en sont les principaux enseignements ?

Pour des gens nés avec le numérique, comme les Millennials ou génération Y, il est parfaitement naturel qu'une ville soit connectée. C'est pour eux une redondance. Mais en menant cette étude, nous avons réalisé que parmi eux, au-delà de cette caractéristique commune, il existe un monde entre les futurs CSP++, qui auront le loisir de vivre et de travailler dans la métropole de leur choix, et ceux qui pourront à peine changer de quartier dans une même ville. En termes de mobilité, de logement ou encore d'environnement, on ne peut pas adopter une approche globalisante des Millennials, qui sont aussi tributaires des réalités socioéconomiques que les générations qui les ont précédés. Globalement, ils ont une sensibilité environnementale très forte, mais aucune notion des impacts de leur connectivité permanente sur l'environnement. Ils ne réalisent pas que l'ère numérique signifie un accroissement des usages de l'électricité, qu'il s'agit là des deux faces d'une même médaille. La sobriété ne fait pas encore partie des usages de la jeunesse connectée...

Vous travaillez également sur les espaces publicsenville. Pourquoi ?

L'espace public incarne le vivre ensemble. Or, dès lors que les villes vont devenir plus denses - la ville durable est une ville dense car elle consomme moins -, qu'en est-il des espaces publics ?

L'inclusivité de ces lieux est un point qui a, jusqu'à présent, été très peu mis en pratique, alors que c'est une dimension fondamentale de l'inclusivité dans la ville, largement mise en avant par la recherche urbaine. Ce caractère inclusif de l'espace public concerne les différentes générations, les personnes à mobilité réduite - personnes âgées, handicapées -, mais aussi les femmes. Repenser l'éclairage, la morphologie ou le revêtement de ces espaces, c'est travailler à une meilleure mixité des genres.

Le numérique peut-il, là aussi, nous aider à remodeler les espaces publics ? Ce sont des lieux massifs de production de données, qui peuvent aider à améliorer la circulation automobile, la qualité de l'air ou le confort sonore. Mais, pour bien comprendre ce qui se joue ici, il importe de compléter ces réflexions par des enquêtes de terrain menées par des sociologues et des ethnologues, et de collaborer avec les citadins afin de mieux définir leur ressenti et leur expérience de ces espaces communs.

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a écrit le 02/12/2016 à 15:41 :
au contraire il faut raser des villes entières et y replanter des arbres
la plupart des villes n'ont aucune utilitée
a écrit le 02/12/2016 à 9:28 :
Non. Les villes n'ont aucun "rôle".
Quant à vouloir expliquer l'existence des villes par un rôle historique qui leur serait dévolu, c'est une vision totalement ignorante de l'histoire et des comportements humains.

Ce sont des lieux particuliers de par leur organisation territoriale, rien de plus.
Si la nature de ses habitants et de leurs relations en fait un lieu de brassage et que celui-ci apporte quelque chose, alors ce sera le cas. Rien de plus et rien de moins.

Vouloir les doter de cette "mission" relève des chimères constructivistes et collectivistes qui n'ont eu de cesse que d'imposer aux autres la manière de voir et de faire. Qu'on laisse les gens décider de ce qu'ils veulent ou non. Allez vous occuper de vous et laisser les autres faire de même.

A force de conférer de prétendus droits et devoirs à des instances qui ne sont en rien équipées ni mandatées pour ce faire on aboutit à des enfers. Au nom du bien comme il se doit.
Réponse de le 02/12/2016 à 15:04 :
Oui tu as raison, les villes n'ont aucun rôle, une ville c'est comme un village ou un champ de blé. Une ville c'est comme un désert aussi, y a personne qui y habite et qui côtoie des milliers d'autres, qui discute, qui partage, qui ressent, qui rencontre. Tu as raison, une ville c'est une grotte avec une seule personne. Bravo, merci de nous éclairer avec ta sagesse infinie, oh grand manitou.
Réponse de le 02/12/2016 à 20:02 :
Joli prose et poésie. Merci. C'est toujours mieux de se faire traiter de c en chanson...
Cela dit, je crains que tu ne soies un peu rapidement passé à côté du sujet. C'est important puisque tu défends une vision qui est celle des constructivistes si je comprends bien. Les choses existent parce qu'elles sont organisées pour remplir une fonction. C'est le top down. Un édile, un seigneur, un illuminé, peut-être même un grand manitou décideront et les autres feront et on discutera (ou pas) du rôle que doivent remplir tel ou tel aspect. C'est une conception qui exclu de fait la liberté individuelle puisque le seul fait de vivre sur un espace déterminé te rend tributaire de décisions auxquelles tu n'a pas participé.
Le fait que des villes soient le lieu de vie de milliers de gens n'a aucun rapport avec le fait qu'elle soient instrumentalisées par quelques uns.
C'est quoi l'étape d'après? On va te dire ce que tu dois faire et quand et comment? Tant que cela correspond à ce que tu veux ou crois vouloir, tu seras le grand manitou toi-même. Mais quand ce ne sera plus le cas... bien entendu je suppose que les droits de ceux qui ne sont pas d'accord ne comptent pour rien, sans quoi tu ne tiendrais pas ce discours... tout cela, cette vision porte un nom dans l'histoire.
Réponse de le 03/12/2016 à 20:13 :
Oh oui dis nous c'est quoi un brassage et explique nous tes idées sur c'est quoi une ville et le constructivisme, oh grand manitou.
Réponse de le 04/12/2016 à 1:48 :
C'est beau cette capacité de raisonner. Au moins tu ne cherches pas à faire dans le détail ou la calomnie. Pas moins troll pour autant. C'est si facile et c'est pas trop dur pour les neurones. Allez, je te laisse, je ne voudrais pas te faire faire un claquage.
a écrit le 01/12/2016 à 10:02 :
Et surtout il serait temps de remettre des bancs publics, que les architectes conçoivent les villes pour faciliter les rencontres et non ces multiples lieux glacés froid et brillants dans lesquels nous ne pouvons que passer sans jamais nous y arrêter parce que rien n'est prévu pour.

Les villes se sont construites sur le thème de la rapidité et c'est bel et bien cela qui empêche le contact social, difficile de discuter quand vous courrez.

Maintenant pas de bonne politique lié au vivre ensemble sans un système économique raisonnable et non esclavagiste comme notre néolibéralisme actuel, quand on ne pense pas on ne parle pas.

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