Joan Clos : "Les villes doivent faire irruption dans le marché de l'énergie"

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Une bonne urbanisation n'est pas une question d'argent: au contraire, elle en crée!, martèle l'homme politique catalan.
"Une bonne urbanisation n'est pas une question d'argent: au contraire, elle en crée!", martèle l'homme politique catalan. (Crédits : Reuters)
[ CITIES FOR LIFE ] Présent au sommet mondial "pour des villes inclusives, innovantes et résilientes", organisé par la mairie de Paris avec "La Tribune", l'ancien maire de Barcelone et actuel directeur de ONU-Habitat, prône une reprise en main de la planification des villes. Elle passerait aussi par la création d'infrastructures de production d'énergie renouvelable locales.

LA TRIBUNE - Quels seront, selon vous, les plus grands défis des villes dans les prochaines décennies ?

JOAN CLOS - Les principaux défis auxquels sont confrontées les villes des pays en voie de développement -développement de quartiers informels, mauvaise qualité des constructions- sont tous liés à leur croissance extrêmement rapide, dont découle un défaut de planification, de régulation et de moyens financiers. Dans les pays développés, il sera essentiel de contenir la nouvelle émergence des inégalités, d'assurer que les villes restent accessibles, mais aussi d'adapter les milieux urbains au vieillissement de la population et aux menaces du changement climatique. Cette complexité demande une nouvelle entente entre autorités internationales, nationales et locales.

Concrètement, en matière de lutte contre le changement climatique, que peuvent faire les autorités locales ?

Dans beaucoup de villes, les municipalités sont bien plus actives que leurs gouvernements. Cependant, le modèle d'urbanisation dominant, encore trop fondé sur l'énergie fossile, n'est pas durable, et évolue lentement. Certes, pour un marché mondial vraiment décarboné, de nouveaux accords entre gouvernements et producteurs d'énergie sont nécessaires. Les maires pourraient toutefois significativement bousculer le statu quo en créant des infrastructures de production d'énergie renouvelable locales. Une telle irruption d'instances locales dans le marché de l'énergie représenterait sans doute une rupture positive.

Et en matière d'inclusion ?

En Occident notamment, il est urgent d'établir des cadres légaux en mesure de garantir que les prix des logement restent abordables, en réservant à l'habitat une place centrale dans les politiques urbaines comme, physiquement, dans les villes. partout, il est indispensable de revenir aux fondements de la planification urbaine, qui semblent avoir été oubliés. Les villes ont perdu leur densité caractéristique. Or, si les plus riches peuvent faire face aux coûts (transports, rattachement aux réseaux de services etc.) d'une telle raréfaction, les gens les plus pauvres, notamment dans les pays en voie de développement, n'en ont pas les moyens. Cette dispersion est en plus un facteur de baisse de la productivité des villes. Mais ce danger n'est pas véritablement compris.

Quels sont, selon vous, les leviers du changement ?

Quand on parle de ville du futur, on met beaucoup l'accent sur les nouvelles technologies, qui toutefois ne sont pas si centrales et n'ont pas besoin d'être encouragées. Une bonne urbanisation n'est pas non plus une question d'argent: au contraire, elle en crée ! Ce qui est cher, pour les individus comme pour la communauté, c'est plutôt une mauvaise urbanisation, obéissant aux seules lois du marché. En revanche, le changement demande sans doute un engagement politique, vis-à-vis de choix qui ne sont pas toujours très populaires.

Après Habitat III, êtes-vous plutôt optimiste ou plutôt pessimiste quant à l'avenir des villes?

Je suis optimiste, tout simplement parce que l'économie moderne est étroitement dépendante des villes et qu'investir dans une bonne urbanisation génère de la valeur.

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