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Bientôt une nouvelle tour Montparnasse plus "généreuse"

Photo de Giulietta Gamberini

Giulietta Gamberini

Publié le 03 mars 2018 à 07:00 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 01:15

tour montparnasse

tour montparnasse

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Avant les Jeux olympiques de 2024 la tour Montparnasse aura fait peau neuve. Plus clair et verdoyant, le nouveau bâtiment sera aussi plus accueillant et ouvert sur la ville. Tel est du moins le pari de Nouvelle AOM, le collectif qui a remporté ce projet de 300 millions d'euros.

L'architecte hollandais Rem Koolhaas avait imaginé un double visage, opaque d'un côté et doré de l'autre. Les Chinois de l'agence Mad une façade déformée permettant de refléter la tour Eiffel à l'envers. Le français Dominique Perrault était allé jusqu'à proposer la construction d'un deuxième bâtiment atteignant 300 mètres de hauteur...

Comparé aux plus fous des six autres projets finalistes, celui qui a remporté le concours pour la rénovation de la tour Montparnasse (voir les photos) n'est sans doute pas le plus esthétiquement ambitieux. Esthétiquement. Car le choix d'abandonner une vision des tours en tant qu'objets emblématiques exprimant l'ego de leurs architectes est, pour l'équipe gagnante, Nouvelle AOM (du nom de l'agence AOM qui a conçu la tour à la fin des années soixante), aussi assumé que novateur, puisqu'il vise à basculer vers une approche plus « généreuse » à l'égard des utilisateurs comme de la ville.

Une pluralité de « cerveaux »

Créé à l'occasion du concours international lancé en 2016 par le syndicat des copropriétaires de l'Ensemble immobilier Tour Maine Montparnasse (EITMM), Nouvelle AOM est un collectif réunissant les trois agences de cinq architectes parisiens : Franklin Azzi, Frédéric Chartier, Pascale Dalix, Mathurin Hardel et Cyrille Le Bihan. Leur projet est donc issu d'un travail en équipe qui devait non seulement leur permettre d'atteindre une taille compétitive par rapport aux gros cabinets internationaux concurrents, mais surtout de soumettre chaque idée au « crash test » d'une « pluralité de cerveaux », et de faire ainsi émerger les « ingrédients » les plus « justes », expliquent les associés.

«Principal élément de différenciation avec les équipes d'autres pays, aucune inspiration au sens premier du terme n'a en effet guidé le projet »,souligne Franklin Azzi.«Les tours sont souvent des logotypes, des simplifications d'une idée visibles de loin. Mais la tour Montparnasse n'étant en compétition avec aucune autre à proximité, une démarche simpliste consistant à construire juste un "bel" édifice n'aurait aucun intérêt à Paris :sa puissance est déjà suffisante », expliquet-il.

Plutôt que sur l'idée d'un « projet silhouette », Nouvelle AOM a donc choisi de mettre l'accent sur « une vision de près » et « axée sur les usages ».

Dépasser le traumatisme

L'équipe chargée du projet s'est installée à l'intérieur du bâtiment, où elle a observé l'existant et travaillé pendant un an à comment lui donner « une nouvelle vie ». Un historien a également été mis à contribution afin de mieux comprendre le contexte socio-économique de la construction de la tour, entre 1969 et 1973, le symbole d'innovation qu'elle devait représenter pour ses concepteurs, ainsi que les raisons du traumatisme qu'elle a constitué pour de nombreux Parisiens.

«Pendant longtemps nous ne savions pas quoi faire», insiste Cyrille Le Bihan, «c'est la tour elle-même qui nous a inspirés».

Une conviction déjà partagée par ces cinq quadragénaires - enfants lorsque la tour Montparnasse était déjà sur pied - est notamment sortie renforcée de cette démarche : celle de la nécessité de respecter le patrimoine que, malgré tout, elle représente. Si la démolition du bâtiment, parfois suggérée tout au long de l'histoire de la tour parisienne, « aurait été une aberration écologique » et avait d'ailleurs été exclue par l'appel à projets de l'EITMM, le projet de Nouvelle AOM se veut ainsi particulièrement « chirurgical ». Concentré sur la façade et l'intérieur, il n'impacte que 1% du squelette - ce qui devrait aussi réduire les nuisances et le bilan carbone des travaux, dans un esprit « de continuité et de réhabilitation plus que de construction d'un nouvel objet ».

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Le patrimoine mis en valeur

Une approche d'économie circulaire s'est d'ailleurs immédiatement imposée comme le pendant naturel de cette démarche. L'une des idées distinctives du projet de Nouvelle AOM consiste en effet dans la réutilisation des vitres originales. Peu performantes en termes d'isolation et peu appréciées en raison de leur couleur sombre, elles seront remplacées à l'extérieur par des vitres transparentes, mais 70 % seront réemployées et valorisées à l'intérieur en tant que « peau » du coeur de la tour (les 30 % restantes étant destinées aux remblais). C'est sur ces vitres que défilera la signalétique dynamique portant les infos d'organisation du bâtiment, de météo etc.

«Elles représenteront ainsi à la fois l'histoire et l'élément de plus grande modernité »,souligne Franklin Azzi.

Pendant les quelque quatre ans de travaux prévus (entre 2019 et 2024), lorsque les 40.000 mètres carrés de vitrages démantelés seront stockés sur place, un laboratoire de fabrication du mobilier sera d'ailleurs monté au pied du chantier, afin de rendre plus visible et de partager l'ensemble de cette démarche :

«Les riverains pourraient même s'approprier des morceaux de ce patrimoine »,souligne Pascale Dalix.

Un quartier vertical

Pour susciter davantage d'adhésion, voire injecter un peu d'amour dans les yeux des Parisiens, Nouvelle AOM parie en effet surtout sur la « générosité » de la nouvelle tour. « À la différence de Beaubourg, qui pourtant au départ était considéré comme laid, et de la tour Eiffel, qui a failli être démolie quatre fois, la tour Montparnasse n'a pas réussi à être aimée car elle est toujours restée inaccessible », analyse Franklin Azzi, pour qui « il y a de la beauté aussi dans le succès d'usage ».

«Nous voudrions qu'à l'avenir les Parisiens puissent aussi venir ici, y compris en famille, comme on va au centre Pompidou», renchérit Cyrille Le Bihan.

Le projet prévoit donc aussi une « reprogrammation » de la tour, jusqu'à présent occupée à quasiment 100 % par des bureaux, à l'exception du restaurant au sommet. La nouvelle tour accueillera ainsi davantage d'espaces touristiques, des cafés et des restaurants, un hôtel, mais aussi une crèche, un jardin suspendu, une serre agricole, une programmation artistique de formes variées à tous les étages...

«Ce sera un véritable quartier vertical, intégrant une approche d'inclusion de tous les publics et de toutes les diversités», résume Pascale Dalix.

Un gain global à partager

Les architectes parient que cette mixité de fonctions profitera à l'ensemble des 40 copropriétaires de la tour, car « en créant de la vie on améliore aussi le cadre de travail », résume Franklin Azzi. Si, dans le nouveau projet, certains voient leurs lots déplacés, voire disparaître, « le projet représente un gain global », assure Cyrille Le Bihan : 12.000 personnes pourront être accueillies chaque jour dans la tour, contre 6.000 aujourd'hui. Nouvelle AOM en est convaincue : c'est pour cette « générosité » qu'elle a reçu le plus grand nombre de votes des copropriétaires. Les « arrangements » nécessaires à une redistribution équitable seront donc sans doute trouvés.

Giulietta Gamberini

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