Votre cœur s'est emballé devant le rugby à 7 ? Attendez-vous à le sentir palpiter pour le rugby fauteuil. Corentin Le Guen, qui lance avec ses partenaires le tournoi paralympique jeudi contre le Danemark, pourrait disserter des heures sur les déluges d'essais - parfois plus de cent par match -, les prolongations irrespirables, les chocs entre fauteuils d'une quinzaine de kilos. « Dès mes premières minutes, alors que j'avais 17 ans, ce sport a été une évidence, retrace-t-il. Je me suis senti épuisé mais comblé par l'effort et par la révélation que ma vie pourrait être meilleure. » Débarrassée du spectre de la dépendance totale qui le menaçait depuis un accident survenu deux ans plus tôt, en 2009. Il a alors 15 ans, pèse 86 kilos, joue troisième ligne à Nuits-Saint-Georges (Côte-d'Or). Après une touche, plusieurs joueurs s'effondrent sur lui. Ses cervicales cèdent. Il ne peut plus bouger.
Une figure du rugby veille sur lui : Didier Retière, alors entraîneur adjoint du XV de France, est un ami de sa famille. Un an et demi après le drame, il organise une rencontre entre l'ado accidenté et Adrien Chalmin, jeune international de rugby fauteuil. Lui aussi est un abîmé du XV, après en avoir été un espoir. En 2005, ce deuxième ligne de 2,03 mètres et 107 kilos, formé au pôle France aux côtés de Maxime Médard, Fulgence Ouedraogo ou Louis Picamoles, vient de signer un contrat professionnel avec Clermont. Il a 19 ans, revient de la Coupe du monde junior en Afrique du Sud quand, dans un match amical à Vannes, un regroupement le laisse paralysé. « Le rugby, c'était ma vie, se souvient Adrien Chalmin. Je me suis même dit que je reprendrais l'entraînement au bout de six mois, alors que j'avais perdu 50 kilos. J'étais dans le déni. Mais jamais dans le ressentiment vis-à-vis de mon sport. »