Face à l'incendie qui ravage la forêt de Fontainbleau, le premier de cette ampleur en Île-de-France, la docteur en communication Ghyslaine Pierrat propose des mesures concrètes pour lutter contre le fléau des feux de forêts.
Neuf incendies sur dix démarrent par la négligence, la bêtise ou la malveillance. Face à ce constat implacable, une question me hante : comment notre société en arrive-t-elle à fabriquer des individus capables de détruire des vies humaines, la nature, les animaux par pur nihilisme, par vraie folie, ou par cruauté ?
Mon ton est aujourd’hui citoyen et pressant. Il appartient aux politiques d’être enfin dans le concret et dans l’action pour retrouver la confiance de nos contemporains. Ce n’est pas juste l’été et ses énièmes pyromanes.
Ce ne sont pas de simples faits divers : c’est le symptôme d’un mal profond, marqué par la perte de repères, l’ensauvagement et la faillite de la santé mentale. Pour endiguer cela, il ne suffira pas de punir après coup. Des mesures structurelles sont nécessaires. Les parades existent. Bougeons-nous !
La parade sociétale et scolaire : opposer la culture au zapping
Il faut réinterroger notre manière de faire société : réapprendre le respect absolu du vivant dès le plus jeune âge, et réparer un système psychiatrique et social à l’abandon qui laisse les dérives individuelles exploser au grand jour.
À cet égard,la parade scolaire est une priorité absolue. Face aux interrogations légitimes sur l’âge des pyromanes et des profils de plus en plus jeunes mis en lumière par les statistiques, la programmation de cours spécifiques et de témoignages de pompiers dans les classes devient une évidence.
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Chacun s’indigne de la nouvelle inculture d’enfants trop ancrés dans le zapping et plus assez dans le passage éducatif des livres, des temps longs, de la réflexion. L’indignation est le corollaire de notre esprit rationnel. Certes, mais il faut désormais « la » traduire en solutions concrètes.
La parade digitale : le numérique au secours des massifs
À l’anniversaire des dix ans du formidable VivaTech, chacun a pu voir les progrès fulgurants de l’imagerie et de la tech. L’intelligence artificielle couplée aux caméras 4K doit être déployée sur des points hauts (châteaux d’eau, pylônes) ou directement dans les arbres.
Posons-nous les vraies questions : combien coûte un incendie dévastant Fontainebleau par rapport au coût de quelques centaines de caméras ? Comment installer ces points de vision dopés à l’IA pour balayer les massifs 24h/24 ?
Des spécialistes de l’IA se feront un plaisir d’aider les décideurs. Ces caméras détectent une colonne de fumée suspecte à 20 km en moins de trois minutes – bien avant l’œil humain – et alertent directement les pompiers. En parallèle, des capteurs connectés (IoT) doivent être placés au sol dans les zones ultra-sensibles.
Ces « barrières virtuelles » analysent les gaz de combustion (comme l’hydrogène) dès qu’un feu prend, même sous une végétation dense, permettant d’envoyer les secours avant que les flammes ne dépassent la cime des arbres. Enfin, les drones et les satellites doivent survoler les massifs en temps réel pour cartographier les zones sèches et repérer les départs de feux totalement isolés.
La fréquence de ces passages est à intensifier. La création de cellules technologiques dédiées à proximité des forêts et des zones à risques est une simple mesure de bon sens.
La parade policière et territoriale : l’espace au service de la sécurité
Nous savons que l’origine du feu de Fontainebleau est criminelle et volontaire. L’horaire du sinistre est précieux : localiser tous les portables à proximité au moment critique constitue la première des investigations. Policiers et gendarmes connaissent leur métier ! Donnons-leur juste les moyens réglementaires et supplémentaires pour agir. Rendre la forêt « incombustible » ? Est-ce possible ? On peut au moins essayer !
On ne peut pas mettre un policier derrière chaque arbre, naturellement. Mais on peut modifier le terrain pour compliquer la tâche des incendiaires et freiner la négligence. Le débroussaillement obligatoire (OLD) est l’arme numéro un pour protéger les habitations en brisant la continuité du feu. Quid des troupeaux de chèvres pour compléter ce travail ?
Certains maires dans le Sud du pays y ont recours : ça a marché. Les lois ont d’ailleurs durci les sanctions financières pour les propriétaires récalcitrants. Mais on ne peut pas rester dans cette seule logique punitive. C’est comme pour les affaires étrangères : n’appréhendons pas cette question de sécurité sans intégrer la géographie. Simple bon sens.
Pour que le feu s’arrête net et que les camions de pompiers circulent rapidement, il faut aménager des barrières naturelles (champs, coupes rases stratégiques, routes forestières entretenues). Anticiper les scénarios des secours semble une évidence, et pourtant. Créons des cellules modernes associant géographes, spécialistes du feu, pompiers et élus de terrain pour innover dans la neutralisation des risques.
Une colonne de fumée sur le territoire doit être repérable dans le quart d’heure ! Tel doit être notre objectif. Enfin, qu’en est-il de la fermeture ponctuelle de certains massifs ? Interdire purement et simplement l’accès aux forêts les jours de grand vent et de canicule (via les alertes « Météo des forêts ») doit être assumé. Pas de présence humaine égale élimination de 90 % des risques. Certes, c’est une mesure radicale, mais elle reste ponctuelle et exceptionnelle.
La parade judiciaire et citoyenne : briser l’impunité
Il est évident que les sénateurs et les députés doivent intensifier leurs propositions de loi, poser des questions au gouvernement (QAG) et s’associer activement à la recherche de solutions de terrain.
Sur le plan scientifique, les cellules de recherche des causes d’incendies (qui associent gendarmes, pompiers et forestiers) réalisent un travail d’experts remarquable. Même à partir d’un tas de cendres, ils parviennent à retrouver le point de départ exact, le type de combustible utilisé, et à remonter jusqu’au criminel grâce au profilage et aux caméras de chasse dissimulées dans les bois.
La vigilance et le signalement citoyen forment notre dernier rempart. Les patrouilles de bénévoles (comités communaux) et la sensibilisation du public sont cruciales. Si quelqu’un adopte un comportement suspect en lisière d’un massif (voiture garée bizarrement, rôdeur), le réflexe du signalement immédiat au 17 ou au 112 peut sauver des milliers d’hectares.
La folie humaine existera toujours. Mais en combinant l’IA pour la détection précoce, des terrains nettoyés pour stopper la propagation et une surveillance accrue, on réduit considérablement son pouvoir de destruction.
Avec ces solutions techniques, judiciaires, d’aménagement et de bon sens, le pays a l’opportunité de montrer l’exemple dans la neutralisation définitive de ce fléau.