Dans l'espace salon du Grand Palais, quatre adolescents font une pause à l'écart des assauts de para escrime. Un bob Paris 2024 vissé sur la tête, Léon, malvoyant de 12 ans, squatte le fauteuil roulant de Yanis, de trois ans son aîné, qui s'est rabattu sur un transat, comme son copain de petite taille Angelo, 16 ans, et Tom, 13 ans, diminué par une hémiparésie. Autour de la table basse, la conversation entre ces jeunes venus de Bretagne à l'invitation de leur comité handisport est branchée sur 1000 volts, seulement interrompue par des pics de décibels descendus des gradins. « Le moment le plus fort pour moi, ça a été la cérémonie d'ouverture, attaque Yanis. J'ai été choqué de voir les tribunes remplies de valides, alors que je pensais que ça n'intéressait personne. »
Ce qu'Angelo, lui, retient plus encore que les performances des athlètes qu'il admire, « c'est qu'on ne voit plus les handicaps ». Yanis, qui se targue de battre des joueurs valides au badminton équipé d'une prothèse, reprend : « Ici, au lieu de fixer d'abord ma jambe qui manque, on me regarde dans les yeux. Tout à l'heure, un groupe qui voulait se prendre en photo a accepté que je la fasse. D'habitude on me dit "non, on va se débrouiller". » Léon, admirateur du sprinteur Timothée Adolphe, qu'il a pu suivre grâce au système de tablettes tactiles du Stade de France, lui coupe la parole. « À l'école, on me répète : "Tu ne peux pas, tu es malvoyant." On s'apitoie sur mon sort. Dans la rue, trop de gens arrêtent de parler quand je passe. Vivre ça à Paris, ça nous change. »