Marché de la literie et du mobilier de la chambre : le Made in France est-il forcément un gage de qualité ?

 |  | 1787 mots
Lecture 9 min.
(Crédits : DR)
La crise du coronavirus n’a pas épargné le marché du mobilier en France, dont le chiffre d’affaire a particulièrement chuté en avril dernier (- 84,9%). Néanmoins, grâce à la vente en ligne ou le click and collect, certaines marques ont pu maintenir le cap, bon gré mal gré. De plus, le secteur a enregistré 4,1% de croissance en 2019, d’après les chiffres publiés par la FNAEM (Fédération française du Négoce de l’Ameublement et de l’Équipement de la Maison). Quelle réalité se cache derrière ces chiffres ? Les meubles français sont-ils vendus en France ? Si oui, est-ce toujours synonyme de qualité ? Dans le secteur de la literie, l’importation est parfois nécessaire pour bénéficier de matières premières durables. Explications.

Le mobilier de la chambre pris d'assaut par la concurrence internationale

Pour qui s'intéresse un peu au marché du mobilier de la chambre, les informations ne sont pas faciles à trouver. Notamment concernant la provenance des produits sur lesquelles certaines marques restent assez opaques. Sans doute parce que la majorité des meubles sont encore produits à l'étranger. Une tendance à la hausse puisque les importations ont augmenté de 20% en l'espace de 10 ans en France. La Chine reste aujourd'hui le premier exportateur mondial - ses exportations s'élevaient encore à 1,4 milliard d'euros en 2018 (chiffres de INSEE, Insee Focus, 9/10/19) - et c'est de loin le premier pays fournisseur en France, devant l'Italie, l'Allemagne et la Pologne. Le mobilier de chambre n'est pas en reste, c'est d'ailleurs la raison pour laquelle le matériau de base des meubles de fabricants prend la forme de panneaux de particules de bois agglomérées, le mélaminé, qui présente le double avantage d'être plus léger et surtout moins cher que le bois massif. Des arguments de taille quand on sait que les voyages sont parfois longs pour faire arriver les produits jusqu'à l'Hexagone.

Cependant, nous sommes rarement peu informé que le fait que le bois en mélaminé peut polluer nos intérieurs parce qu'il contient de nombreuses colles qui émettent des substances toxiques, comme le formaldéhyde, une substance polluante inodore.

Quand aux meubles en bois massif que l'on trouve sur le marché français, ils sont majoritairement fabriqués à partir de bois exotiques ou européens, mais qui partent en Asie pour être industrialisés puis reviennent en Europe pour être commercialisés. Autrement dit, c'est le parti pris de la main d'oeuvre à bas coût versus un fort impact écologique.

Ensuite, parmi les entreprises qui privilégient la fabrication française, nous pouvons retrouver de nombreux meubles réalisés à base de bois en mélaminé. C'est le cas de certaines commodes vendues par des distributeurs français online, qui privilégient pourtant le Made In France. Il convient donc de bien vérifier la composition du mobilier, même celui fabriqué en France.

En revanche, il est également possible de se rapprocher de menuisiers locaux qui peuvent encore produire des meubles et lits à partir de différentes essences de bois.

Certaines marques sortent également du lot en fabriquant des meubles en bois massif en France, avec du bois directement issus des forêts françaises. Kipli, par exemple, propose plusieurs types de lits en bois massif français et fabriqués en Normandie ainsi qu'un sommier tapissier en épicéa des Vosges fabriqué en Sologne.

Une autre solution, l'achat de mobilier ancien. Selency, un site de brocante en ligne créé en 2014, est une vraie mine d'or pour qui aime chiner. On y trouve de tout et notamment des pièces uniques de mobilier : semainiers en pin massif, commodes vintage conçues par des ébénistes, tables de chevet des années 1960... Le bois massif est à l'honneur. Et la démarche de la marque, responsable, permet qui plus est de donner une seconde vie à des meubles d'occasion.

Les matelas : du synthétique au naturel, il y a un grand pas

Avec la hausse du pouvoir d'achat et d'un nombre record de transactions immobilières dans l'ancien, la consommation française de literie est repartie à la hausse en 2019 après une année de stagnation pour culminer à 2,47 milliards d'euros.

En France, on importe surtout de Belgique pour ce qui est de la literie, mais aussi d'Allemagne, d'Europe de l'Est (Pologne, Lituanie) et d'Europe du Sud (Espagne, Portugal, Italie).

De manière générale, l'industrie française du matelas souffre de sa faible compétitivité sur sa literie d'entrée/milieu de gamme. Et dans la catégorie des matelas - sur lesquels on passe ⅓ de notre vie - c'est le synthétique qui l'emporte : en Europe, ils représentent 90% des matelas vendus. En France, on retrouve à peu près la même répartition sachant que dans les 27% de matelas en latex (caoutchouc alvéolaire), le latex synthétique est majoritaire.

Les matelas synthétiques offrent certes un accueil souple mais leur durée de vie est relativement faible (7 années en moyenne) et ils ont tendance à s'affaisser plus rapidement. En cause : leur composition. Ils sont en effet constitués de mousses synthétiques à base de polyuréthane, un dérivé de pétrole, ou de viscoélastique, autrement dit des matières qui résistent peu dans le temps.

Quand on sait en plus que les types de polluants les plus à risque sont contenus dans les matelas synthétiques, il y a de quoi s'inquiéter. En témoigne la présence de COV - ou composés organiques volatils - ces particules qui voyagent dans l'air d'un point A à un point B en générant des émissions toxiques. Un phénomène qui rend l'air de nos espaces intérieurs assez peu sain voire même, potentiellement cancérigène. Il y a 15 ans, Campagne Nationale Logement menée par l'Observatoire de la Qualité de l'Air Intérieur de 2003 à 2005, montrait déjà que "le pourcentage de logements français ayant des teneurs en COV plus élevés à l'intérieur du logement qu'à l'extérieur est de 68% à 100%" et "le formaldéhyde est le COV le plus abondant en masse dans les logements". Les chiffres parlent d'eux-mêmes et ne vont malheureusement pas en s'arrangeant.

A l'instar de la plupart des meubles non massifs, les mousses synthétiques sont réalisées à partir de matières importées. Et c'est souvent un mix de mousses qui fait l'âme du matelas. De nombreuses nouvelles marques en ligne proposent des matelas avec plusieurs couches : mousse en polyuréthane, mousse à mémoire de forme, et mousse en latex synthétique.

Si les matelas en mousse synthétique ne sont a priori pas recommandés pour notre santé, ils ne le sont pas davantage pour l'environnement. Non seulement ils ne sont pas durables, mais en plus leur recyclage n'est pas encore géré de façon optimale. Considérés comme des déchets volumineux, les matelas ne sont pas pris en charge par les services de collecte des ordures ménagères habituel. Un matelas laissé à l'abandon mettra donc 100 ans à se dégrader. Et malheureusement, ce sont des situations qui nous sont familières : tout le monde est déjà passé au moins une fois devant un dépôt sauvage - parfois situé non loin d'un point de collecte d'ailleurs - et qui polluent les abords des villes ou des campagnes.

Cependant, la plupart des villes proposent une collecte spéciale des encombrants, soit à date régulière, soit sur rendez-vous. Encore faut-il être au courant. En France, ce sont près de 120 000 tonnes de déchets que génère l'enfouissement des matelas collectés.

Cela dit, de plus en plus d'enseignes proposent aujourd'hui de reprendre votre ancien matelas, étant partenaires avec Eco-mobilier, un éco-organisme, agréé par l'Etat, ayant pour but de collecter et valoriser le mobilier usagé en lui offrant une seconde vie, en le recyclant ou en l'utilisant comme source d'énergie. Ce service peut être gratuit comme chez Kipli, ou moyennant argent pour certaines grandes enseignes internationales comme Ikea.

Dans cet univers tout de synthétique vêtu, le naturel tente néanmoins de percer. Portée par des marques engagées et soucieuses de leur impact environnemental, cette alternative se matérialise sous forme de matelas en coton, laine ou fibres de coco. La laine est utilisée depuis assez longtemps dans le domaine de la fabrication de matelas, c'est pourquoi on trouve parfois des entreprises dans lesquelles on se transmet un savoir-faire depuis plus de 50 ans, comme c'est le cas pour Ardelaine.

Limité pendant un temps aux magasins très spécialisés (et très chers), le latex naturel a tendance à se démocratiser avec l'arrivée de marques comme Kipli, qui vend ses matelas latex 100% naturel directement en ligne. En quelques clics, ce sont des matelas de 7 à 64 kg qui peuvent arriver chez vous.

Il est important d'être attentif également à la housse qui habille les mousses. Celle-ci provient souvent de France mais est souvent composé de fibres synthétiques, principalement du polyester. On trouve également des housses en coton ou coton biologique, lin, soie... Vous trouverez également des housses en laine produites par des entreprises spécialisées, comme Ardelaine ou Fil de Laine. Elles proposent toute une gamme de produits fabriqués en laine, une matière naturelle et renouvelable qui peut composer également l'âme du matelas.

En quoi le latex 100% naturel est-il une alternative durable pour les matelas ?

Dans la famille des alternatives naturelles, le latex 100% naturel est une pioche intéressante pour remplacer les dérivés de pétrole. Obtenu à partir de lait d'hévéa, un arbre originaire du Brésil, le latex confère au matelas confort et durabilité (15 ans de garantie en moyenne), en plus d'être écologique. Anti-bactérien et anti-acarien, le matelas en latex 100% naturel est aussi plus sain pour l'homme.

En revanche, peu d'usines produisent du latex en Europe - la plupart de la production s'effectuant majoritairement en Amérique du Sud et en Asie du Sud Est, avec 12M de tonnes par an. Il n'y en a d'ailleurs que trois situées en Italie, en Belgique et Bulgarie. Impossible donc de trouver des matelas latex 100% naturel fabriqués en France (en dehors de la mise de la housse). Plus chers, ils s'avèrent néanmoins être un bon investissement sur la durée et pour la santé. Pour un matelas 160x200 par exemple, il faut compter plus de 2000€ en magasin. Quelques marques comme Kipli ont décidé de vendre leurs produits sans intermédiaire autrement dit sans faire appel à un distributeur pour les commercialiser, rendant ainsi les prix plus accessibles.

Depuis l'arrivée des grands distributeurs dans le secteur du mobilier comme IKEA et Walmart à l'international, ou encore Castorama et But à l'intérieur de nos frontières, le mode consommation de meubles a complètement changé. Là où on achetait des pièces originales en bois massif qui duraient pendant des années il y a 50 ans, aujourd'hui les prix cassés sur des produits d'entrée de gamme, un peu moins résistants et moins naturels, nous incitent à renouveler notre mobilier plus souvent. A jeter plus. A racheter plus souvent parce qu'on sait... que ce n'est pas cher. Alors finalement, c'était mieux avant ? Plusieurs marques tentent aujourd'hui de changer la donne. Un challenge de taille les attend mais la croissance de certaines d'entre elles laisse à penser que le vert a le vent en poupe. Affaire à suivre...

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :