Partagez plus que des livres

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(Crédits : DR)
Swapbook est une jeune start-up de l’économie circulaire qui propose aux étudiants et lecteurs d’acheter et revendre leurs livres entre eux, au sein de leur campus ou de leur ville, et de construire un réseau d’entraide autour de valeurs éducatives, culturelles et environnementales.

De retour d'un voyage humanitaire au Laos, Laure Desegaulx, qui vient de finir son master en finance à Dauphine, retrouve sa petite chambre étudiante et une pile de livres dont elle n'a plus besoin. Prenant son courage à deux mains, elle décide de revendre ses livres chez Gibert Jeune, une opération qui s'est vite révélée épuisante et frustrante pour l'étudiante. Laure repart en effet avec une bonne partie de ses livres et une somme ridicule en poche, comparée au prix d'achat de ses livres. La jeune entrepreneure lance alors une étude auprès d'un panel de 1000 étudiants et réalise que 60% des personnes interrogées ne revendent pas leurs livres. La démarche leur paraît trop longue, difficile et surtout peu valorisante pour leur porte-monnaie et aussi en termes d'expérience.

Une seconde vie pour vos livres

C'est ainsi qu'est née l'idée de Swapbook, une application d'achat et revente de livres entre étudiants et lecteurs qui porte des valeurs éducatives, culturelles et environnementales. À l'heure où l'édition souffre d'un phénomène de surproduction, et de saturation par la nouveauté, Swapbook propose à ses utilisateurs de faire circuler leurs livres en allongeant leur durée de vie. Lisez mieux et achetez moins cher, tel est le message adressé par Swapbook à ses utilisateurs. L'équipe, composée de Nadine Mouchet, qui vient de l'édition scolaire, et de Lorette La Torre, jeune diplômée de l'université, s'appuie sur une étude du Ministère de la Culture qui démontre que le livre d'occasion ne s'oppose pas au livre neuf et entretient même des rapports vertueux parmi les amoureux du livre. Swapbook se sert du numérique pour soutenir le livre papier.

Une lecture verte et solidaire

Le discours de la start-up touche les nouvelles générations, en recherche de modes de consommation plus vertueux et durables, porteurs de valeurs sociales. Swapbook défend le tissu associatif, en signant des partenariats avec les associations étudiantes, auxquelles elle reverse une partie de ses bénéfices. Une rencontre avec l'association « Zéro waste France », décide la start up à rédiger un « Manifeste pour une lecture plus verte et solidaire ». Acheter des livres d'occasion permet non seulement de réduire son empreinte carbone, mais aussi de lutter contre la désinformation. « En téléchargeant l'application Swapbook, vous vous enrichissez par la lecture et vous luttez contre l'infobésité» peut-on y lire.

La start-up interroge ses utilisateurs et les bibliothécaires qui sont aux premières loges pour observer les usages des étudiants. Qu'on ne s'y trompe pas, le livre reste le support préféré des étudiants et des français. On y étudie avec son ordinateur, en s'enrichissant du contenu des livres qui permettent de se construire des savoirs charpentés. Aucune étude sérieuse n'a encore prouvé l'efficacité du numérique sur les apprentissages. Bien au contraire, les chercheurs en sciences de l'éducation ont démontré que les écrans dispersaient notre attention et nous empêchaient de nous concentrer. Un livre d'une chercheuse en neuroscience, Marianne Wolf, intitulé « Readers come home ! » compare même la montée des populismes avec la baisse de la lecture. La lecture sur support numérique abolit notre esprit critique et nous incite à croire ce que nous lisons, sans réfléchir, souligne la chercheuse. La lecture sur support papier permet en revanche de développer notre esprit critique et développer une empathie indispensable pour vivre dans une société apaisée.

Les fondatrices de Swapbook en sont convaincues : le numérique doit se mettre avant tout au service de l'homme et du savoir. En contribuant à développer et animer des « communautés apprenantes solidaires » autour du livre et d'autres services à valeur éducative, on peut faire évoluer le modèle de nos universités.

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