Oncologie : anticorps conjugués, une nouvelle arme de précision contre le cancer
Valérie Devillaine

Les anticorps conjugués permettent d'utiliser des chimiothérapies plus puissantes.
LTD/Pfizer
PROPOSÉ PAR
Pfizer, l'innovation thérapeutique - Actualités et analyses
Valérie Devillaine

Les anticorps conjugués permettent d'utiliser des chimiothérapies plus puissantes.
LTD/Pfizer
Chimiothérapies, radiothérapies, immunothérapies, thérapies ciblées... L'arsenal des traitements contre le cancer est riche et ne cesse de s'enrichir. Mais le cancer reste la première cause de mortalité chez l'homme et la seconde chez la femme. La recherche y engage des efforts importants.
Dans ce cadre, une nouvelle approche thérapeutique prometteuse a fait son apparition. On parle d'anticorps conjugués ou conjugués anticorps-médicaments. Ils laissent entrevoir des traitements contre le cancer, plus efficaces, moins contraignants et aux effets secondaires atténués.
L'idée révolutionnaire des conjugués anticorps-médicaments est de lier, via un fragment de liaison chimique, deux types de traitements déjà connus : une chimiothérapie et un anticorps monoclonal. Il faut rappeler que le cancer relève d'une prolifération incontrôlée de cellules devenues malignes et de la perte de fonction normale de ces cellules. Les chimiothérapies visent à bloquer cette prolifération, et sont souvent efficaces, mais ce faisant, elles s'attaquent aussi aux cellules saines, qui doivent se multiplier pour assurer le renouvellement de cellules vieillissantes.
C'est ainsi que ces traitements sont responsables d'effets secondaires parfois délétères qui peuvent rendre trop agressifs les médicaments les plus efficaces. Les anticorps monoclonaux, eux, sont une classe de médicaments développés il y a environ 25 ans. Ils ont été conçus pour reconnaître les cellules tumorales, s'y fixer, et par exemple indiquer ainsi au système immunitaire du patient qu'il doit lutter contre ces intrus.
En liant ces deux éléments, les anticorps conjugués permettent d'utiliser des chimiothérapies plus puissantes, sachant qu'elles n'agiront que sur ou au voisinage direct de la tumeur, et non partout dans l'organisme. Les anticorps peuvent aussi être liés à des agents radioactifs, qui vont ainsi agir comme une radiothérapie très précisément ciblée. « Ces anticorps conjugués connaissent une vraie explosion ces dernières années. Ils sont très efficaces contre le cancer du sein, du côlon, les lymphomes... », détaille le Pr Jean-Yves Blay, directeur général du Centre de lutte contre le cancer Léon-Bérard, à Lyon.
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Sont-ils pour autant la panacée ? « Malheureusement, l'idéal n'existe pas, » commente le Pr Blay. « Les anticorps ne reconnaissent pas toutes les cellules cancéreuses ou ne se fixent pas à elles, ou ils reconnaissent aussi des cellules saines et engendrent donc encore des effets indésirables. Mais c'est une question de temps pour développer des combinaisons plus spécifiques, moins toxiques et contre d'autres types de cancers. »
Ce domaine pharmaceutique nécessite des investissements importants. En effet, « il faut développer les anticorps, les chimiothérapies, et la liaison entre ces éléments, ce qui en fait des médicaments très coûteux », explique encore le Pr Blay. Pour mettre au point de nouveaux anticorps conjugués, Pfizer vient d'acquérir la société Seagen, pour Seattle Genetics, une plateforme américaine « leader dans ce domaine », décrit le Dr Jérôme Krulik, directeur médical Oncologie de Pfizer en France.
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« Certaines molécules sont déjà disponibles aux États-Unis et pourraient être prochainement approuvées en France. Nous développons notamment des traitements contre les cancers urologiques, particulièrement difficiles à soigner, en nous appuyant sur une cible appelée HER2, déjà connue dans le cancer du sein. Nous avons aussi un programme important contre le cancer du poumon », détaille-t-il. Des résultats sont attendus dans les deux ans à venir.
Valérie Devillaine