Sophie Pécriaux : "Continuons d'éduquer plutôt que d'imposer"

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Sophie Pécriaux, présidente de City One
Sophie Pécriaux, présidente de City One (Crédits : DR)
[#8mars #DroitsDesFemmes] Dans le cadre de la Journée Internationale des Droits des Femmes, La Tribune propose à des femmes engagées dans l'entrepreneuriat, la mixité globale et l'égalité économique femme-homme de s'exprimer sur leurs actions, convictions et expériences de terrain. Sophie Pécriaux est fondatrice et présidente de City One, leader de l'accueil en entreprise.

Il y a 27 ans, lorsque j'ai créé mon entreprise, le secteur de l'accueil était profondément stéréotypé. J'avais d'ailleurs pu l'expérimenter moi-même, puisque j'ai été hôtesse d'accueil pendant mes études. J'ai alors pu constater à quel point le regard porté sur les hôtesses était dérangeant. Il faut quand même dire les choses telles qu'elles sont : parce que le métier était intrinsèquement mal perçu, nous recevions peu de considération. C'était si choquant que j'ai décidé qu'il était temps de faire bouger les lignes. Une de mes convictions fondamentales est que nous pouvons et nous devons être acteurs du changement que nous souhaitons.

De fait, la création de City One s'est réalisée dans cet engagement vers un monde plus juste et égalitaire. Mon aspiration première n'a jamais été d'être mon propre chef d'entreprise au fond ; mais surtout de développer une société qui permettrait de partager mon ambition et mes valeurs de respect et d'inclusion, de proposer à ceux qui souhaiteraient me suivre, une aventure enrichissante. Et je dois dire qu'en tout point, cette aventure a été des plus bénéfiques. D'abord, parce qu'elle m'a permis, à ma juste mesure, de bousculer les codes, de créer des possibilités entrepreneuriales non « genrées », et d'être accompagnée par des collaborateurs qui depuis des années partagent mes convictions et poursuivent nos engagements au quotidien. Pour autant, les débuts vers la mixité n'ont pas été faciles !

Changer les mentalités prend du temps. Il faut bien comprendre que le secteur de l'accueil, il y a 30 ans, n'était proposé qu'aux femmes, excepté bien sûr les postes de direction. Aujourd'hui encore, sur les 3 leaders de l'accueil en France, je suis la seule femme à être fondatrice et présidente d'entreprise. Néanmoins, nous avons réussi à ouvrir le chemin vers d'autres possibilités : à force de pédagogie et de messages éducatifs sur le secteur de l'accueil, City One aujourd'hui, est une entreprise parfaitement paritaire. C'est une grande fierté bien sûr, mais c'est surtout une façon de prouver qu'une entreprise qui vit dans la mixité globale et sans inégalité de salaires, c'est tout à fait réalisable. Pour y parvenir, il nous a fallu faire beaucoup de pédagogie auprès des hommes pour qu'ils acceptent d'être agents d'accueil sans préjugé de genre ; nous avons également fait ce chemin main dans la main avec nos clients habitués à voir des femmes « hôtesses » d'accueil. Éduquer le regard collectif empreint d'un certain sexisme ordinaire, a été un travail de longue haleine. Durant tout le temps où je suis restée à la présidente du SNPA (Syndicat National des Prestataires de Service d'Accueil), nous nous sommes engagés à utiliser d'autres terminologie que celui d'hôtesses ou hôtes. Aujourd'hui, nous avons orienté les métiers de chargé(e) d'accueil vers la valorisation des compétences au détriment des stéréotypes. Ce qui a permis aux hommes d'avoir leur place dans ce métier initialement réputé féminin.

Cette culture de l'altérité, nous l'avons portée au-delà des inégalités femmes-hommes, en engageant notre politique sociale dans la promotion de la diversité la plus globale, ce qui permet d'inclure tous les individus quelques soient leurs origines, leur parcours et leur spécificité.

Je suis profondément convaincue que l'éducation changera le monde. Nous avons ce devoir de transmission aujourd'hui. Transmettre, au travers d'exemples concrets, qu'une entreprise engagée dans la mixité globale est un levier de croissance pour l'économie. City One fait partie de ces exemples. Plus que l'imposition des quotas, qui risquent, à vouloir prendre la voie rapide pour accélérer la parité à tout prix, de recruter des femmes juste parce qu'elles sont des femmes et non pas pour leurs compétences, je préfère prendre une voie plus sûre : celle qui prend le temps d'éduquer et non pas d'imposer. C'est ensemble que nous pouvons faire bouger les lignes, dans la compréhension collective la plus totale.

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