La crise du coronavirus provoque une large introspection dans la société tout entière sur ce qu'il conviendrait de changer pour aborder le « monde d'après ». Les politiques environnementales, les politiques de santé publique, le sort fait aux séniors, l'aménagement des villes, la surconsommation, le traitement des inégalités, la recrudescence des violences faites aux femmes, ont figuré en bonne place dans les débats, les discussions, les articles de presse, mobilisant les plus brillantes intelligences, lesquelles, en fait de « monde d'après », ont rapidement convenu que ces sujets étaient anciens et que le seul impact de la crise sanitaire n'était pas de nature à les faire évoluer rapidement même si elle a en souvent révélé la terrible acuité. Il en est de même avec le capitalisme, pointé du doigt comme la source de la plupart des maux dénoncés par ailleurs, puisque l'on lui devrait à la fois les excès de la mondialisation, la montée des inégalités, le réchauffement climatique, la toute-puissance de l'argent, la corruption, l'exploitation éhontée des matières premières, la mainmise sur les affaires du monde d'une nouvelle oligarchie de milliardaires... et autres cataclysmes à venir. Les appels, de toutes parts, à la réforme du capitalisme se font de plus en plus pressants. Ils n'émanent plus seulement de ses habituels pourfendeurs - la gauche, les syndicats, les écologistes - mais aussi des responsables économiques eux-mêmes, d'experts, d'universitaires et d'économistes.
Et la crise sanitaire a encore accentué les critiques et alimenté les débats, réclamant un capitalisme plus humain, plus attentif aux intérêts de la société, ouvert au dialogue avec les ONG et s'engageant de façon plus active dans la « croissance durable ». Qui ne souscrirait pas à ces objectifs ? La première question qui se pose est : qui va commencer ? Les attaques contre le capitalisme sont aussi anciennes que le capitalisme lui-même.
Bien avant Karl Marx, la détention d'argent, la spéculation, la Bourse ont alimenté de nombreux écrits critiques (dont ceux de Balzac). Après la Première Guerre mondiale les jeunes économistes de l'école de Vienne qui prônaient la libéralisation des échanges et de la circulation des capitaux au niveau mondial se sont heurtés à la fois aux gouvernements mais aussi au déploiement des mouvements communistes et syndicaux.