Après des années de vaches maigres, comment Twitter est enfin devenu rentable

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L'oiseau bleu Twitter annonce donc un deuxième trimestre consécutif dans le vert. Son chiffre d'affaires s'établit à 665,9 millions de dollars, soit une augmentation de 21% sur un an. Et les bénéfices sont au rendez-vous.
L'oiseau bleu Twitter annonce donc un deuxième trimestre consécutif dans le vert. Son chiffre d'affaires s'établit à 665,9 millions de dollars, soit une augmentation de 21% sur un an. Et les bénéfices sont au rendez-vous. (Crédits : Reuters)
Le réseau social a dégagé des bénéfices pour le deuxième trimestre consécutif de son histoire. Le fruit d'une mutation vers la publicité vidéo et le développement international, amorcée depuis le retour de Jack Dorsey en 2015 à la tête du navire.

Les beaux jours arrivent aussi pour Twitter. L'embellie financière remarquée au dernier trimestre de 2017 - un bénéfice de 91,1 millions de dollars, soit près de 75 millions d'euros, mettant fin à 16 trimestres consécutifs de pertes depuis son introduction en Bourse - s'est confirmée dans les résultats financiers du premier trimestre 2018.

À la fête, l'oiseau bleu annonce donc un deuxième trimestre consécutif dans le vert. Son chiffre d'affaires s'établit à 665,9 millions de dollars, soit une augmentation de 21% sur un an. Twitter a même dégagé un bénéfice de 61 millions de dollars (environ 50 millions d'euros), alors qu'il perdait 61,5 millions de dollars il y a un an. Le bénéfice ajusté par action, référence à Wall Street, atteint 0,16 dollar alors que les attentes étaient fixées à 0,11 dollar, petite surprise du chef pour les marchés.

Twitter a même repris le chemin de la croissance du nombre d'utilisateurs : le réseau social affiche désormais 336 millions de twittos actifs par mois. Un regain de vitalité qui dépasse les attentes des analystes et qui soulage les marchés : l'action Twitter vaut désormais près de 30 dollars, soit près du double d'il y a un an.

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Twitter Q1 2018

[Évolution du nombre d'utilisateurs actifs mensuels. Twitter n'a gagné que 9 millions de nouveaux membres en un an, mais 6 millions sur les seuls trois derniers mois. Source : Twitter. Cliquez pour agrandir le graphique.]

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Performances dans la publicité vidéo et à l'international

En panne de croissance, Twitter avait fini par désespérer les marchés et les analystes à cause de son incapacité à trouver un modèle économique pérenne. Twitter perdait ainsi 645 millions de dollars en 2013, 578 millions en 2014, 521 millions en 2015, 457 millions en 2016 et 108 millions en 2017.

Une véritable hémorragie qui s'était traduite au fil des ans par une fuite des talents en interne, de multiples réorganisations et plans d'actions, et le retour du patron historique Jack Dorsey à l'automne 2015. S'en suivait de nombreuses errances stratégiques, au point où il a été brièvement envisagé de transformer Twitter en une coopérative d'intérêt général. En pleine tempête boursière, Jack Dorsey demandait en 2017 "de la patience" pour appliquer sa stratégie finalement basée sur l'augmentation de la publicité vidéo et la modification de l'algorithme du site pour valoriser le contenu à forte valeur ajoutée.

Lire aussi : Twitter rejette l'idée de devenir une coopérative mais envisage un modèle premium payant

Le temps lui donne finalement raison. Le travail de fourmi réalisé en interne pour mieux comprendre les attentes des annonceurs, ont permis à Twitter de dégager 575 millions de dollars de revenus publicitaires au premier trimestre, soit 86,4% du chiffre d'affaires global de l'entreprise, et un gain de 100 millions de dollars sur un an. Les revenus issus des vidéos sont en forte hausse et pèsent désormais "plus de 50%" du chiffre d'affaires publicitaire. En France, le réseau social a lancé à l'automne les publicité en "pre-roll", c'est-à-dire qui se lancent automatiquement une fois que l'utilisateur lance une vidéo d'un média partenaire. Damien Viel, le DG France de Twitter, déclarait ainsi à Stratégies vouloir faire des "in-stream video ads" le "premier produit publicitaire de Twitter à très court terme" :

Depuis dix-huit mois, Twitter est engagé dans un vaste plan de transformation : dans les plans média, nous quittons notre silo social pour aller chercher les budgets télé multi-écrans et ceux de la vidéo en ligne", indiquait-il à Stratégies.

Cette croissance est aussi tirée par l'international, qui représente désormais 48% des revenus globaux de Twitter (38% il y a un an). Le chiffre d'affaires réalisé à l'international a augmenté de 53% sur un an. C'est aussi à l'international que Twitter gagne le plus d'utilisateurs : 5 millions de nouveaux membres au cours des trois derniers mois, contre seulement 1 millions aux États-Unis.

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Twitter CA Q1 2018

[Évolution du chiffre d'affaires de Twitter : +21% sur un an, tiré par l'international. Source : Twitter. Cliquez pour agrandir le graphique]

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Répit de courte durée ou assainissement durable du modèle économique ?

Habitué aux contre-performances, Twitter va-t-il enfin s'engager sur la durée sur la voie de la croissance et des bénéfices ? C'est l'espoir de ses dirigeants, qui s'attendent à rester dans le vert sur l'ensemble de l'année 2018. Mais dans la lettre aux actionnaires, le groupe se veut prudent.

S'il compte augmenter ses effectifs jusqu'à 15% pour mieux vendre ses espaces publicitaires et mieux contrôler la qualité des contenus présents sur sa plateforme, la croissance des revenus et du nombre d'utilisateurs pourrait ralentir, notamment à cause du mouvement de défiance dans la société vis-à-vis des réseaux sociaux (notamment Facebook) et des géants du Net américains en général.

Car Twitter fait toujours face aux défis de la propagation des "fake news", de la propagande terroriste et du harcèlement en ligne. Il est également dans le viseur des régulateurs, comme Facebook et les autres. Les analystes anticipent des impacts possibles de ce contexte sociétal et réglementaire sur ses performances.

Lire aussi : Harcèlement en ligne : Facebook et Twitter sous pression des actionnaires

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Commentaires
a écrit le 26/04/2018 à 13:34 :
"Le temps lui donne finalement raison. "

Oui mais combien d'entreprises seraient pérennes actuellement si on leur avait laissé plus de 10 ans et des financements illimités pour se refaire la cerise ?

Ben toutes oui ou pas loin, c'est pas ça la loi de l'offre et de la demande, ça c'est de la manipulation économique parce que les investisseurs ont été stupides d'investir là dedans mais comme en néolibéralisme le riche ne doit pas perdre d'argent, les banques les soutiennent jusqu'à ce qu'ils en gagnent. CE n'est ni plus ni moins que l'expression d'un privilège désastreux.

Regardez BAYER-MONSANTO et la fortune que cela va couter de lui tenir la tête hors de l'eau et pas que d'un point de vue pécunier, humainement c'est un désastre également.

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