« Dans l’Internet fixe, le train du très haut débit accélère »

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En juillet dernier, Antoine Darodes a pris la direction de la nouvelle Agence du numérique.
En juillet dernier, Antoine Darodes a pris la direction de la nouvelle Agence du numérique. (Crédits : DR)
Près de trois ans après le lancement du France Très haut débit, qui doit permettre aux particuliers et aux entreprises de l’Hexagone de disposer d’une connexion Internet à grande vitesse pour faire face à leurs besoins digitaux d’ici à 2022, Antoine Darodes fait le point. A la tête de l’Agence du numérique, créée récemment par le gouvernement pour piloter cet énorme chantier, il juge qu’« on se rapproche de la vitesse de croisière », malgré les récentes critiques liées aux retards de ce programme.

LA TRIBUNE - Le train du Très haut débit est-il vraiment parti? Où en est-on?

ANTOINE DARODES - Le train est parti en 2013, lorsque le gouvernement a lancé le Plan France Très haut débit, qui vise à déployer de nouvelles infrastructures numériques sur l'ensemble du territoire d'ici 2022. Mais c'est un train à 20 milliards d'euros d'investissement, il met du temps à prendre de la vitesse. Les deux premières années ont permis de lancer les travaux, s'assurer que toutes les collectivités avaient un projet, et donc à préparer l'accélération à laquelle on assiste. Depuis la fin de l'année 2015, on se rapproche de la vitesse de croisière et nous sommes passés de 27% à 47 % de très haut débit [en termes de couverture des locaux, Ndlr].

Sur la zone AMII (les zones moyennement denses regroupant les périphéries des grands centres urbains ou les petites villes), on a beaucoup critiqué Orange. L'opérateur est accusé de ne pas y aller pour préserver la « rente » de ses actuels abonnés ADSL. Qu'en dites-vous?

Dans le cadre du plan, les opérateurs se sont engagés à déployer des réseaux de fibres optiques jusqu'à l'abonné [ou FTTH, pour « Fiber to the home »] sur l'intégralité de la zone AMII. L'opérateur Orange s'est donc engagé dans esprit de partenariat depuis le début. Une méfiance a pu s'installer à l'égard d'Orange, mais les faits démontrent qu'elle est injustifiée : depuis la fin du second semestre 2015, l'opérateur est désormais totalement engagé dans le déploiement de réseaux FTTH, avec plus de 1,3 millions de locaux supplémentaires éligibles à la fibre en 2015, et a annoncé une nouvelle accélération pour atteindre jusqu'à 1,7 millions de locaux par an à partir de cette année. Orange a joué son rôle de partenaire et on voit que le conventionnement avec les collectivités et l'Etat fonctionne, même s'il faut rester vigilant pour s'assurer du maintien de ce partenariat transparent.

SFR est aujourd'hui pointé du doigt pour ses retards dans le déploiement de la fibre, et plus particulièrement en zone AMII comme à Lille. Cela vous inquiète-t-il?

Dans un premier temps, la fusion entre SFR et Numericable a pu mettre en suspens certaines décisions d'investissement du nouveau groupe, qui dispose de réseaux câblés dans des communes où il devait déployer des réseaux FTTH. Il y a eu désormais eu une clarification, avec la reprise par Orange de certains engagements de déploiement de SFR. Le plus important, c'est de disposer de visibilité. C'est la demande qui a été faite par les ministres aux opérateurs. On reste donc très vigilant dans la manière dont SFR respecte ses engagements. Si ce n'est pas le cas, nous verrons si un autre opérateur souhaite s'en charger et, à défaut, ce sera un réseau public construit par les collectivités territoriales, avec le soutien financier de l'Etat. Je ne suis donc pas inquiet car nous avons une procédure qui fonctionne. Nous rendons également publics les déploiements des opérateurs privés en zone AMII sur notre observatoire France THD. Chacun peut ainsi savoir quel opérateur doit déployer dans sa commune et où en sont les déploiements. Dans le même temps, il ne faut pas oublier que SFR a investi plusieurs centaines de millions d'euros pour moderniser son réseau câblé qui permet de fournir du très haut débit à plus de 9 millions de locaux.

Concernant les Réseaux d'initiative publique (ou RIP, dans les campagnes et les zones les moins peuplées du territoire), les petits opérateurs d'infrastructures se plaignent que les grands fournisseurs d'accès à Internet (Orange, SFR, Bouygues Telecom et Free) traînent les pieds pour commercialiser leurs offres... Or ils en ont besoin pour rentabiliser leurs investissements. Que comptez-vous faire pour améliorer cela?

Il y a une légitime attention, préoccupation, sur la commercialisation des RIP. Je tiens à rappeler qu'à ce stade, les RIP du plan ont des taux de pénétration similaires à ceux des réseaux de la zone AMII. Il n'y a donc rien d'alarmant. On prépare désormais la massification de la commercialisation, on travaille activement à des chantiers d'harmonisation, aussi bien technique opérationnel que tarifaire, qui vont permettre de faciliter des grands FAI sur les RIP.

Une Richard La Tribune

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