Plan très haut débit : encore du pain sur la planche pour l’Etat et les opérateurs

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D'après une étude récente, près de 70% des européens bénéficient déjà du très haut débit fixe.
D'après une étude récente, près de 70% des européens bénéficient déjà du très haut débit fixe. (Crédits : © Lisi Niesner / Reuters)
Lors d’une conférence à Bercy, les responsables du programme visant à offrir à tous les Français une connexion Internet ultra-rapide ont fait état d’une couverture en très haut débit de 44,3%. Un chiffre faible au regard des autres pays de l’Union européenne, et qui a notamment été impacté par la baisse des investissements de SFR lors du rachat par Numericable l’an passé.

Il souffle sa deuxième bougie. Lancé au printemps 2013, le plan France très haut débit a célébré ses deux premières années d'existence en grande pompe, lors d'une conférence organisée jeudi soir à Bercy. L'objectif ? Faire le point sur ce vaste programme gouvernemental visant à offrir à tous les Français un Internet ultra-rapide d'ici à 2022. Aux côtés d'industriels et investisseurs du secteur, Emmanuel Macron, le ministre de l'Economie et des Finances et Sébastien Soriano, le président de l'Arcep, le gendarme des télécoms, étaient présents. Pierre angulaire du plan très haut débit, les quatre grands opérateurs télécoms étaient de la partie, avec Stéphane Richard, le patron d'Orange, Eric Denoyer, le DG de Numericable-SFR, Maxime Lombardini, le DG d'Iliad (Free) et Olivier Roussat, le PDG de Bouygues Telecom.

Dans son discours d'introduction, Emmanuel Macron s'est félicité de l'« avancée nouvelle » du plan, qui repose essentiellement sur le déploiement de la fibre optique directement chez l'habitant. « 44,3% du territoire est actuellement couvert par le très haut débit [ou THD, c'est-à-dire avec une vitesse égale ou supérieure à 30 Mb/s, Ndlr], contre 34,6% fin 2013 », a-t-il souligné. Pourtant, ce score n'est guère flatteur. Le mois dernier, une étude du cabinet IHS Technology sur l'évolution de la couverture du très haut débit a une fois encore fait état du retard français en la matière : d'après ses spécialistes, près de 70% des européens disposent, eux, déjà du THD.

L'« attentisme » de SFR

Evidemment, ce retard est à mettre en perspective avec le choix français de tout miser sur le déploiement massif du FTTH (Fiber to the home, soit la fibre jusque chez l'habitant). De fait, il s'agit actuellement de la technologie la plus prometteuse et efficace en termes de connectivité, grâce à des tubes en verre flexibles et extra-fins permettant la transmission de données via des signaux lumineux. A travers le plan THD, le gouvernement veut déployer la fibre sur tout le territoire nationale. Sans pour autant s'interdire d'autres technologies (avec les satellites ou l'ADSL améliorée, par exemple) pour certaines zones peu peuplées et difficiles d'accès. Reposant sur un partenariat public-privé, le plan THD mobilise de lourds investissements, à hauteur de 20 milliards d'euros sur dix ans. Là où d'autres pays de l'UE ont fait le choix de moderniser leurs infrastructures existantes pour augmenter progressivement les débits, la France a fait un choix radical, en faisant du FTTH un standard, qui a vocation à remiser, dans quelques années, le vieux réseau cuivré aux oubliettes.

A Bercy, on qualifie donc le chantier du THD de « plan d'anticipation ». « On est quand même dans un secteur, celui des infrastructures, où le temps est nécessairement long », nous dit-on. Toutefois, un bon connaisseur du dossier affirme que les responsables du plan THD espéraient bien un niveau de couverture meilleur que celui actuellement affiché. Parmi les freins évoqués, le fait que SFR ait levé le pied sur ses investissements l'an dernier, est pointé du doigt. De fait, l'opérateur au carré rouge s'est montré « attentiste » en attendant que l'Autorité de la concurrence donne son feu vert à son rachat par Numericable, constate notre source. Mais ce faisant, la décision de SFR a eu « un effet en termes de production et de livraisons des prises [FTTH, Ndlr] au premier trimestre 2015 ».

Des collectivités boudées par les opérateurs

A la conférence annuelle du plan THD, Eric Denoyer s'est donc efforcé de lever toute ambiguïté sur les ambitions du groupe concernant le déploiement de la fibre. Avec la nouvelle entité, « on a revu nos objectifs à la hausse », a-t-il assuré, promettant « des investissements massifs sur la fibre et la 4G » à hauteur de 1,5 à 2 milliards d'euros par an. Pour le DG de Numericable-SFR, le groupe veut quasiment doubler son nombre de prises éligibles à la fibre optique d'ici 2020, à 15 millions d'unités.

A côté des conséquences liés à aux suspensions d'investissements chez SFR, l'Association des villes et des collectivités pour les communications électroniques et l'audiovisuel (Avicca) fustigent « le retard dans l'utilisation des Réseaux d'initiative publique (RIP). Ceux-ci concernent le raccordement des zones en dehors des grandes agglomérations, où les opérateurs ne vont pas spontanément par soucis de rentabilité. Ici, les collectivités territoriales bénéficient d'aides de l'Etat pour leurs déploiements. Président de l'Avicca, Patrick Chaize estime que les opérateurs télécoms ne jouent pas toujours le jeu :

«Au moment où le très haut débit décolle enfin, l'absence actuelle des opérateurs majeurs est insupportable et incompréhensible sur le terrain, pour les collectivités pionnières. [...] Nous ouvrons nos réseaux aux opérateurs, dans des conditions industrielles, à des tarifs subventionnés. Si ceux qui sont en place continuaient de préférer les rentes de la situation actuelle sur le haut débit, les collectivités n'auraient d'autre choix que de constater la carence d'initiative privée, et de s'organiser pour faire éclater un oligopole de fait, d'une manière ou d'une autre. »

Face à ces freins, le gouvernement espère donc passer à la vitesse supérieure. Emmanuel Macron a rappelé tout une batterie de mesures récentes visant à accélérer le chantier du THB. Certaines figurent dans la loi sur la croissance, l'activité et l'égalité des chances économiques.  On y trouve notamment « l'obligation de pré-raccorder les immeubles neufs », à compter du 1er juillet 2016. Ou encore la création d'un statut de « zone fibrée », défendu par l'Avicca, qui permettra, à certaines communes d'accélérer la transition du réseau cuivre vers le réseau FTTH.

Un enjeu de compétitivité

D'autres mesures figurent aussi dans le cahier des charges 2015 du plan THD, avec notamment un système d'aide pour raccorder plus vite les PME qui souhaitent - ou ont grand besoin - d'une connexion ultra-rapide. Et pour cause, à l'heure du numérique roi, les enjeux de compétitivité liés au déploiement du THD sont colossaux. Des startups en passant par les industries installées, comme l'aéronautique ou la grande distribution, tous ont besoin de ces accès Internet dernier cri pour rester en pointe.

En outre, la possibilité d'accéder à un Internet performant constitue aussi un enjeu de service public. La semaine dernière, les 9èmes Assises du très haut débit, à Paris, ont largement insisté sur ce point, évoquant notamment le spectre d'une nouvelle fracture numérique. « Sans Internet, aujourd'hui, on est économiquement handicapé », a claironné Emmanuel Macron, qui a rappelé l'objectif d'en finir (enfin) avec les zones blanches, non-couvertes en 2G ou en 3G, à horizon 2016-2017.

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Commentaires
a écrit le 18/07/2015 à 10:12 :
44,3% de couverture pour le très haut débit. On se demande comment est calculé ce chiffre. Quand on voit que, seulement pour une simple communication, il existe encore de nombreuses zones blanches. Et ce sont les collectivités locales qui doivent chercher des solutions alternatives et investir. Après on leur reproche d’augmenter leurs dépenses
Comment peut on croire qu’un jour le réseau cuivré disparaitra sur tout le territoire. Cela fait rire ceux qui ne peuvent pas utiliser leur téléphone mobile de chez eux et qui ont des connexions internet difficiles voir impossibles
L’article évoque bien ce problème mais le titre est trompeur
Maintenant le très haut débit est indispensable pour les entreprises mais pour les particuliers une connexion ADSL de qualité suffit.
Chez moi, j’ai 11 Mbps et cela suffit pour regarder la TV. Commençons par garantir ce niveau à tous les particuliers, disons un minimum de 16 Mbps alors que le débit max de mon contrat Orange est à 22 Mbps. Ce serait plus efficace que de déployer du très haut débit de pointe dont la plupart n’ont pas besoin. Par contre, le jour le très haut débit arrivera chez nous, les opérateurs ne manqueront pas de nous proposer des abonnements plus cher, meme si c’est le résultat d’un investissement des collectivités locales. Dépenses publiques et profits privées
a écrit le 18/07/2015 à 4:00 :
La France dégringole sur ce plan là aussi. Le pays de l'échec et de la jalousie n'est pas constructif. On n'investit plus. Normal. Pourquoi investir en France?
a écrit le 17/07/2015 à 23:50 :
Alors qu'avoir un ADSL de qualité est largement suffisant pour le grand public. Non, tout le monde ne pirate pas et même quelques personnes ont aussi une antenne rateau ou une parabole. Descendez de votre perchoir, 5 minutes...
Réponse de le 19/07/2015 à 6:55 :
Pensez aux entreprises !

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