Elections aux Etats-Unis : et si l’algorithme de Google déterminait le vainqueur ?

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Question soulevée par l'étude : une démocratie peut-elle accepter de confier autant de pouvoir à une multinationale qui échappe à tout contrôle ? (Photo d'illustration: le 15 juin 2015, conférence de Mobli Media pour lancement de son nouveau moteur de recherche qui veut concurrencer Google.)
Question soulevée par l'étude : une démocratie peut-elle accepter de confier autant de pouvoir à une multinationale qui échappe à tout contrôle ? (Photo d'illustration: le 15 juin 2015, conférence de Mobli Media pour lancement de son nouveau moteur de recherche qui veut concurrencer Google.) (Crédits : Reuters)
Des chercheurs américains ont fait une découverte qui fait froid dans le dos: il y aurait un "effet de manipulation des moteurs de recherche". Dans leur étude, ils pointent du doigt l’influence que pourrait avoir l’algorithme de Google sur l’issue de l’élection présidentielle.

Laisse-t-on trop de pouvoir à Google ? C'est l'interrogation posée par une étude publiée à la mi-août dans la revue Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS). Les chercheurs se sont penchés sur le véritable pouvoir des algorithmes des moteurs de recherche, dans le but de déterminer si oui ou non, celui de Google, qui domine le marché, peut éventuellement représenter un danger pour la démocratie en influençant, par l'ordre des résultats, la perception des électeurs sur les candidats. Et donc, leur manière de voter...

Découverte de "l'effet de manipulation du moteur de recherche"

Au terme d'une expérience de plusieurs mois, réalisée sur 4.500 sujets dans deux pays, les chercheurs arrivent avec une théorie, qu'ils ont baptisé le "Search engine manipulation effect" (SEME), ou "l'effet de manipulation du moteur de recherche".

Leurs conclusions font froid dans le dos. La méthode de l'enquête est la suivante : les chercheurs ont divisé les participants, de manière aléatoire, en trois groupes. Chacun disposait de quinze minutes pour rechercher en ligne des informations sur deux candidats à une élection fictive, sur la base de 30 articles reprenant leurs positions et propositions sur différents thèmes.

Pour déterminer si l'ordre des articles qui s'affiche sur le moteur de recherche influe sur le vote, les chercheurs ont manipulé l'algorithme pour que le candidat A soit favorisé dans le groupe 1, que le candidat B soit favorisé dans le groupe 2, et que les résultats soient équilibrés dans le groupe 3.

Avant de commencer l'expérience, les participants devaient lire une description de la personnalité et du programme des deux candidats. Ils devaient aussi indiquer celui qui leur inspire le plus confiance, celui qui leur paraît le plus sympathique et celui pour lequel ils pensaient, a priori, voter.

L'ordre des résultats influence entre 20% et 60% des indécis

A la fin du quart d'heure de recherche, l'équipe a reposé les mêmes questions au panel. Surprise (ou pas) : lors de tous les tests, au moins 20% des électeurs indécis basculent vers le candidat favorisé par le moteur de recherche. Une proportion qui peut atteindre 60% chez certaines catégories de la population, notamment les plus pauvres et les moins éduqués.

"L'impact peut être encore plus important dans les pays dominés par un seul moteur de recherche", précise l'étude.

Aux Etats-Unis, Google pèse environ 70% du marché de la recherche en ligne, mais la proportion monte à 90% en Europe...

"En sachant que les élections se gagnent souvent avec une marge de moins de 10 points, Google peut potentiellement influer sur l'issue du scrutin", en déduisent les chercheurs. Le tout, sans que les utilisateurs en aient conscience, juste par le pouvoir d'un algorithme de recherche dont personne ne connaît les secrets et que personne ne peut contrôler.

Une étude à relativiser, mais riche d'enseignements

Voilà qui donne beaucoup de pouvoir -et de responsabilité- à Google comme aux autres géants de la high-tech. Et soulève une question majeure : une démocratie peut-elle accepter de confier autant de pouvoir à une multinationale qui échappe à tout contrôle ?

Bien sûr, les résultats de cette enquête doivent être relativisés car Internet n'est pas le seul moyen d'information pour les électeurs indécis. En revanche, le Net prend une place de plus en plus importante à chaque élection, au point que les candidats mettent au point de véritablement stratégies numériques, à l'image de Barack Obama, champion dans ce domaine en 2008 et en 2012. Pour autant, les résultats de l'étude montrent une capacité d'influence massive, de nature à influer considérablement sur le vote.

L'algorithme de Google, comme celui de Facebook, fait partie des secrets les mieux gardés de la planète. On sait toutefois que les équipes de Google modifient leur algorithme environ 600 fois par an, mais la firme ne communique pas sur ses raisons et ses finalités.

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Commentaires
a écrit le 03/09/2015 à 16:56 :
Je reste fidèle au vote papier ... en plus d’une hypothétique fraude informatique , la garantie de l’anonymat reste ! Ce n'est pas Google qui va voter à ma place !
a écrit le 03/09/2015 à 16:07 :
Depuis le temps que je n'utilise plus gogole... Bon, sinon, c'est pas gogole qui me l'a dit, mais vu la récession généralisée en cours, la prévision que certaines banques us calanchent semble se confirmer. Le fdic va encore avoir du boulot. Peut-être le dernier qui aura du boulot, d'ailleurs...
Réponse de le 03/09/2015 à 17:09 :
il semble que la "FDIC" n'était en service chez MADOFF !
Réponse de le 03/09/2015 à 19:55 :
Le fdic est l' "assurance" des banques et sert aussi à revendre les mortes. Quel rapport avec madoff..??
a écrit le 03/09/2015 à 15:25 :
Le rédacteur semble découvrir le pouvoir de la presse et de l'influence en général. La presse est financée comme la télévision parce qu'elle influence les décisions. Il s'agit d'une action de lobby. C'est ainsi que certains partis sont interdits d'avoir un journal mais que l'on peut acheter tel sachant qu'il est de droite ou un autre sachant qu'il est de gauche. On y mêle information, sports, éditorialistes, publicités et amusement dans un joyeux cocktail qui fait que tout est traité sous une forme de banalisation qui semble vérité. Certains par exemple croient que ce qui est dit par "les guignols" est dit par la personne réelle. Il en est de même pour le cinéma qui retrace des pages d'histoire en en transformant la réalité ou encore des professeurs qualifies de "hussards de la république" qui faussent la vérité dès l'enfance. Il y a encore les livres : celui qui dit qu'il n'y a plus de pétrole pour en faire monter le prix. Ces gens sont payés pour le pouvoir de manipulation dont ils disposent. Ce qui gêne ici pour nos élites n'est pas que le citoyen soit trompé mais que cette tromperie vienne de l'extérieur, qu'elle soit éventuellement le fait d'un autre. Comment dit-on, qui a vécu par l'épée périra par l'épée...?
a écrit le 03/09/2015 à 15:22 :
Répétez 100 fois que c est mal par des individus bien mis et décoré de rose et toute une frange de la population va répéter que c est mal . Google n a rien inventé , sauf que ses moyens sont gigantesques .
a écrit le 03/09/2015 à 15:06 :
L'équipe électorale de B. Obama avait conclu que c'est en fait le porte à porte qui a permis de gagner les voix indispensables à son élection. Les nouvelles technologies certainement, mais le face à face humain sans aucun doute dans certaines couches de la population qui sont les plus éloignées de la politique.
a écrit le 03/09/2015 à 14:48 :
Et si un jour une grande partie de la population en avait assez d'être manipulée par ces apprentis sorciers ? Il se pourrait qu'alors ces pseudos puissances disparaissent. Il suffit d'ailleurs de leur couper le courant, notre technologie est très fragile.
On constate que face à Daesh ou à des gouvernements, disons, moins accommodants les dirigeants de ces sociétés font profil bas, en un mot,et vulgairement, ils s'écrasent.
Sur un autre sujet, puisqu'ils veulent notre bien, qu'attendent-ils pour construire des usines de dessalement d'eau de mer en Californie pour irriguer la région ?
On peut vivre sans Apple.
On peut vivre sans Google.
On peut vivre sans Facebook.
Mais on ne peut pas vivre sans eau.
a écrit le 03/09/2015 à 13:54 :
Le pouvoir de Google est tellement évident et gigantesque. Le démontrer est si facile. Effrayant dans les mains d'une société privée...
Réponse de le 03/09/2015 à 14:37 :
Oh tu sais, avec le vote électronique, pas besoin de google, regarde le vieux doc "hacking democracy"...

En France nous avons nous aussi le vote électronique...

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